Lozère Logistique Scénique : Dans l’ombre des scènes lozériennes

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Lozère Logistique Scénique (LLS), le fragile équilibre d’un outil unique et indispensable au territoire.

Hommes de l’ombre et pourtant omniprésents, ils font jaillir la lumière et vibrer les tympans à travers tout le département. Festivals, spectacles, théâtre, afterworks… Rares sont les événements, petits ou grands, derrière lesquels ne se cachent pas Fabrice Condon, Tom Margalejo et Patrick Chaudesaigues, les trois vaillants techniciens de Lozère Logistique Scénique (LLS).

« L’un des a priori sur notre métier consiste à croire que nous faisons beaucoup la fête, explique Fabrice. Mais en réalité, c’est un travail énergivore et très chronophage. » Chronophage parce qu’il commence souvent bien avant que le rideau ne se lève, avec l’étude des fiches techniques, l’anticipation des contraintes d’espace et de sécurité, les échanges avec les artistes… « La moindre erreur risque de se payer le jour J. »

Un jour tiré au cordeau : préparer les flight cases, charger le camion, monter la scène, installer sons et lumières, assurer les balances… Pendant les prestations, faire tourner la régie, gérer les imprévus et la sécurité autour de la scène. Et lorsque les projecteurs s’éteignent, tard dans la nuit, il faut encore démonter, trier les éléments défectueux, charger le camion, rentrer à l’entrepôt. Le lendemain : décharger, ranger, réparer, avant de repartir pour une nouvelle mission.

Un métier à hauts risques

On l’aura compris, la vie de régisseur ne laisse que peu de place au relâchement : « Dans cette ambiance festive les sollicitations sont nombreuses, notamment autour de l’alcool. Mais à part un verre à de rares occasions, nous refusons systématiquement », poursuit Fabrice, pour qui l’hygiène de vie ne se négocie pas.

Et pour cause : travail en hauteur et de nuit, manutention lourde, électricité, lasers, risques sonores, produits chimiques liés aux machines à fumée, pyrotechnie… « À part le risque radioactif, on regroupe quasiment tous les dangers des accidents du travail. Avec la pression, la fatigue, du son dans les oreilles toute la journée, on peut vite faire une erreur. Or, on ne peut pas se permettre d’endommager du matériel haut de gamme ou de risquer un accident. »

Les coupes budgétaires posent de gros problèmes

Car Fabrice le rappelle : contrairement à une idée très répandue, Lozère Logistique Scénique n’est pas un service du Département, mais une association loi 1901, au fonctionnement proche de celui d’une entreprise privée. « Le Département nous verse 75 000 € de subventions de fonctionnement par an, 20 000 € d’investissement et met un local à notre disposition. Mais nous investissons chaque année entre 60 000 et 70 000 € en matériel. Rien que notre système de son coûte 300 000 €. C’est ce qui fait notre réputation de sérieux et ce qui incite les artistes à revenir en Lozère. Sans trésorerie, on ne peut pas fonctionner correctement. »

Or, LLS subit les coupes budgétaires drastiques imposées au milieu de la culture. À titre personnel, avec une perte de 5 000 € de subvention par an depuis quatre ans, mais aussi de manière collatérale : « Même les gros festivals sont en difficulté. Les prix explosent et le public se contente d’un festival plutôt que deux ou trois. Certaines structures ferment parce qu’elles ne peuvent plus payer l’électricité. Les associations ont de moins en moins de marge, alors on essaie de facturer au plus serré, sauf qu’une fois qu’un tarif est fixé, il est difficile de revenir dessus l’année suivante. Pourtant nos charges, elles, continuent de grimper. »

Une fragilité humaine

Pris entre le marteau et l’enclume, Fabrice, Tom et Patrick continuent d’assurer avec sérieux une part importante de la vie festive et culturelle de la Lozère : « Pour l’instant ça passe, mais humainement c’est compliqué. J’aimerais trouver un système qui nous permette de souffler un peu, avec du renfort extérieur, mais la situation financière des associations et des collectivités ne s’y prête pas. Et si l’un de nous tombe malade, c’est à nous de payer un intermittent pour le remplacer » poursuit Fabrice, qui ne s’est autorisé aucun arrêt maladie en 28 ans. Mais les intermittents extérieurs se font rares : « Ils ne veulent plus venir en Lozère aux tarifs proposés. Clairement, le fossé se creuse entre nous et les autres départements. »

« Bien sûr, tempèrent les techniciens, il y a la richesse des rencontres humaines et l’incroyable privilège d’être au cœur d’une véritable ébullition culturelle. » La pérennité de ce fonctionnement à flux tendu, sans marge de manœuvre ni filet de sécurité, dépasse aujourd’hui le simple cadre de la passion ou de l’engagement individuel. LLS incarne les fragilités d’un modèle culturel sous tension et interroge notre capacité collective à préserver cet outil unique et privilégié, dont peu de territoires ruraux peuvent se prévaloir.

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