Le tribunal administratif de Montreuil a désavoué la « cheffe de service des seniors » qui avait été exclue pendant un an de la mairie du Blanc-Mesnil, en octobre 2022, pour avoir « abusé de la confiance » d’une octogénaire et pour le « management très inapproprié » de son équipe.
La requérante trouvait pourtant cette sanction « disproportionnée » : elle n’avait eu « aucune sanction depuis le début de sa carrière » et ses « états de service » étaient « excellents », faisait-elle valoir aux juges administratifs. « Aucun entretien de recadrage » n’avait d’ailleurs été fait par ses supérieurs pour « évoquer les tensions » internes à son service. Cette fonctionnaire « de catégorie C » – la plus basse des trois – n’avait par ailleurs eu « aucune formation ou accompagnement » pour devenir « encadrante », se défendait-elle.
Vingt euros par jour contre des gouttes dans les yeux
« Il est reproché à Mme X. d’avoir abusé de la confiance d’une octogénaire du service dont elle avait la responsabilité et, après s’être progressivement rapprochée d’elle afin de gagner sa confiance, d’avoir obtenu d’elle un certain nombre d’avantages pécuniaires et matériels à des fins personnelles », commence toutefois par recontextualiser le tribunal administratif de Montreuil dans un jugement du 14 octobre 2025, qui vient d’être rendu public.
La vieille dame s’était plainte en 2021 d’avoir donné de l’argent à la requérante pour « payer des courses, des fournitures scolaires pour ses enfants, de l’essence, des restaurants et des vêtements pour un voyage au Canada ». Elle avait aussi participé au paiement d’une « cuisine » à hauteur de « 1 000 euros », détaillent les juges. « Elle lui donnait 20 euros par jour pour que Mme X. lui mette des gouttes dans les yeux. Mme X. l’a accompagnée chez sa sœur, qui lui a donné 500 euros. Enfin, Mme X. lui a demandé d’inscrire son nom sur son testament. »
Concernant le management de la requérante, les « témoignages précis et concordants » du directeur général des services (DGS) de la mairie du Blanc-Mesnil et de cinq agents du service « Seniors » avaient relevé qu’elle tenait « un langage inapproprié et vulgaire » : elle avait tendance à « insulter » ses subalternes, à « crier » et à « manquer de respect » à leur égard. « Les agents témoignent de ce que Mme X. est une manipulatrice et évoquent une volonté de nuire aux agents qui la contredisent », résume le tribunal.
Une « proximité supposée avec la compagne du maire »
La cheffe de service avait notamment « utilisé de sa proximité supposée avec l’élue du secteur, compagne du maire de la commune, pour dissuader les agents de dénoncer les faits à ses supérieurs ». Pour sa défense, la requérante avait dit « subir une forte pression » de cette même « élue de secteur », pression « dont elle souhaitait préserver ses agents ». Leurs relations s’étaient en effet dégradées après que l’élue avait « contacté » l’octogénaire pour qu’elle lui « précise la nature » de ses « relations » avec la cheffe de service Seniors…
Mais « Mme X. critiquait régulièrement le maire, notamment parce qu’elle n’avait pas obtenu une promotion, rappelle au demeurant le tribunal. À la suite de ses dégradations avec l’élue de secteur, elle a également émis des critiques à son encontre, l’accusant notamment de racisme et de mettre en place des pratiques discriminatoires. Elle évoquait, devant les agents du service, les relations que l’élue entretenait avec son époux. »
« Mme X. a demandé aux agents de son service de l’accompagner faire ses courses, de déposer son plus jeune fils à l’école chaque matin et de préparer ses vacances familiales en recherchant sur le temps de travail des locations, énumèrent encore les juges. Elle obligeait les agents à rédiger ses courriels depuis sa boîte mail et elle s’absentait régulièrement sans autorisation du service pour récupérer son fils à l’école. »
« Si Mme X. soutient que l’agent à qui elle a demandé de déposer son fils à l’école est sa belle-fille et qu’il s’agissait en réalité d’un service rendu dans le cadre familial, une autre agent du service avec qui elle n’entretenait aucun lien familial s’est ensuite sentie obligée de conduire le fils de Mme X. à l’école », note le tribunal administratif de Montreuil.
« Eu égard à la nature et à la gravité des faits reprochés ainsi qu’à la nature de ses fonctions impliquant une proximité avec un public vulnérable, la commune du Blanc-Mesnil n’a pas commis d’erreur d’appréciation quant à la proportionnalité de la sanction, conclut-il. La circonstance selon laquelle aucune suite pénale n’aurait été donnée à la plainte de l’usagère ne remet pas en cause la matérialité et le caractère fautif des faits reprochés. »
/GF (PressPepper)
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