Ce jeudi 2 avril, le procès de Jérémy Gisclon, alias Jeremstar, s’est ouvert en ce début d’après-midi. Une audience qui se tient dans une salle comble, avec de nombreuses personnes présentes au sein du tribunal, mais aussi à l’extérieur. L’influenceur est jugé aux côtés de deux autres prévenus (deux étant absents). Tous comparaissent libre.
L’accès au tribunal judiciaire de Nîmes est compliqué ce jeudi 2 avril. Devant les grilles, un attroupement de personnes, majoritairement des adolescents, tente d’accéder à l’enceinte du palais de justice. Une affluence qui a nécessité un renfort des effectifs de police pour garantir la sécurité.
La raison d’un tel engouement ? Le procès de l’influenceur Jeremstar – Jérémy Gisclon de son vrai nom – qui est jugé, aux côtés de deux autres prévenus (deux étant absents à l’audience), pour s’être introduit dans les arènes, le 19 septembre dernier, lors de la feria des Vendanges. L’influenceur, avec deux autres hommes, avait notamment sauté dans l’arène en brandissant une banderole pour dénoncer la corrida.
L’influenceur obligé de se changer avant l’ouverture des débats
Juridiquement, il leur est reproché « l’entrée sur une aire de compétition d’une enceinte sportive troublant le déroulement de la compétition ». Une infraction du code du sport pour laquelle ils encourent un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.
À l’ouverture des débats, la présidente Anne Carine David a rappelé que pour « assurer le bon déroulement des débats, il est demandé une tenue neutre ». Elle a donc demandé à l’influenceur, qui est venu avec un tee-shirt sur lequel est inscrit « Torturer des taureaux est un crime », de se changer avant de revenir sur les faits de ce 19 septembre.
Ce jour-là, après une préparation au préalable entre deux militantes, la décision est prise d’organiser une action « coups de poing, très visible » aux arènes de Nîmes pour dénoncer la corrida. Les deux femmes, qui sont poursuivies pour complicité, contactent alors d’autres militants mais aussi l’influenceur du fait de « sa grande visibilité sur les réseaux sociaux ». Les cinq prévenus achètent alors des billets pour la corrida du 19 septembre et, après la mise à mort du second taureau, trois d’entre eux, dont Jeremstar, sautent dans l’arène. L’un se blesse à la cheville au moment de la chute.
« Le but était de dénoncer cet acte barbare »
La présidente rappelle toutefois que le procès ne porte pas sur la corrida elle-même — légale en France — mais uniquement sur l’intrusion et l’éventuel trouble à l’ordre public. Elle interroge alors les prévenus sur le moment choisi pour intervenir, afin d’évaluer les risques encourus par le public ou les participants. « Hormis le taureau qui est séquestré, qui ne peut pas s’enfuir, je ne vois pas quel problème de sécurité cela présentait », explique Jérémy Gisclon. Quant au trouble à l’ordre public, il précise que l’action n’a duré que quelques secondes et que, rapidement, le spectacle a pu reprendre son court. « Je ne regrette pas, je suis fier d’avoir fait cet acte. Le but était de dénoncer cet acte barbare, suivi par des gens avides de sang. Ce que je regrette seulement, c’est de faire perdre du temps à la justice car je pense qu’elle a des choses plus importantes à traiter », poursuit-il.
Me Guillaume Barnier, qui représente la société Casas and Co, délégataire des arènes et qui s’est constitué partie civile, les infractions reprochées aux prévenus sont totalement caractérisées. Sur la notion de « compétition sportive » notamment, il rappelle la tenue, au même moment, de l’UTS au sein des arènes de Nîmes. L’avocat chiffre les préjudices économiques et d’atteinte à l’image, liés selon lui à la « mauvaise publicité » générée par l’intrusion, à près de 6 700 euros. Il réclame également 3 000 euros au titre des frais de justice. « Si vous n’entrez pas en voie de condamnation, ça serait un très mauvais message. On créerait une certaine possibilité de dire que l’on peut s’introduire sur la piste des arènes. Comment continuer l’organisation d’un spectacle taurin sereinement ? », plaide-t-il.
Pour le procureur Frédéric Kocher, les éléments constitutifs de l’infraction sont réunis : intrusion dans une enceinte sportive et trouble à l’ordre public. Il considère également que la corrida peut être assimilée à une compétition sportive, évoquant la présence d’adversaires, d’une zone sécurisée et d’un public venu assister à un « combat ». Il requiert des peines d’amendes de 5 000 à 6 000 euros avec une interdiction de paraître dans les arènes de Nîmes.
Décision mise en délibéré en juin
Les avocats de la défense ont unanimement demandé la relaxe de leurs clients. Le conseil de l’influenceur conteste notamment la qualification sportive avancée par la partie civile, rappelant que les arènes accueillent également des concerts. « Si vous reconnaissez que la corrida est un sport, alors elle ne peut plus être considérée comme une tradition locale ininterrompue », argumente-t-il, soulignant que c’est précisément ce statut qui fonde aujourd’hui sa légalité en France. « Votre rôle est d’appliquer la loi, pas d’envoyer un message. »
En dernier mot, Jérémy Gisclon dénonce « l’hypocrisie » entourant le dossier : « Ce qui dérange, ce n’est pas le trouble causé, c’est le fait d’être contre la corrida. » L’un de ses co-prévenus adopte un ton plus offensif : « Si la justice continue de ne pas protéger les victimes que sont les taureaux, nous continuerons, nous les activistes, à enfreindre les lois. » Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement sera rendu le 9 juin prochain à 13 h 30.








