Le monde du cinéma est sans foi ni loi, et il l’a bien compris. Pendant plusieurs années, un faux agent de casting a semé les larmes et le dégoût dans le milieu artistique à Paris mais aussi en régions. La technique du faux agent était simple et diabolique. Usurpant l’identité de vraies directrices, il proposait à de jeunes comédiennes de participer à un film d’envergure. Le but : obtenir des vidéos dénudées à de jeunes femmes parfois mineures. Selon nos informations, le jeune mannequin d’une vingtaine d’années a été interpellé cette semaine et sera jugé l’an prochain au tribunal de Paris.
Un projet pour la suite de la Vie d’Adèle
Pour Léa, le vol d’intimité a commencé comme pour toutes les victimes. Un message d’une directrice de casting reçu à la fin février 2026. La jeune femme de 20 ans est habituée de ce genre de contacts. « Je suis dans une école de théâtre et je passe des castings toutes les semaines », relate-t-elle. Par message, la directrice, lui propose un projet de film : une suite de La Vie d’Adèle, film d’Abdellatif Kechiche qui avait fait parler par ses scènes érotiques. Le synopsis vendu : un nouveau volet mettant en scène la jeune soeur de la protagoniste du premier long-métrage.
La jeune femme est intéressée pour participer à l’audition. De l’autre côté du téléphone, la directrice est bienveillante, mais pressante. « Elle m’a demandé si j’étais à l’aise avec la nudité. Elle parlait super bien. Ça mettait en confiance. Elle a commencé à me demander des vidéos. » Pour illustrer sa demande, la directrice envoie plusieurs images d’autres jeunes femmes et même un compte Instagram de l’une d’entre elles, parlant de « ses meilleurs actrices ». Il s’agit en réalité de précédentes victimes de l’arnaque.
« Je me suis effondrée en larmes »
Léa envoie une première vidéo à moitié dénudée. « Elle me dit que je suis très bien et que je suis très naturelle ». L’agent artistique demande une deuxième vidéo. À chaque fois, un élémént similaire : le port d’un collant noir déchiré. La jeune comédienne s’exécute. Mais à la troisième demande, encore plus osée, elle commence à douter.
« Ça me paraissait louche. Elle me disait de ne pas m’inquiéter. Que pleins d’actrices le faisaient. J’ai demandé sa carte d’identité. J’ai reçu en photo celle de la directrice de casting. Je commençais à voir que c’était une arnaque. La personne parlait en mode énervée. J’ai fait une recherche pour retrouver la directrice de casting. J’ai trouvé son téléphone, qui était différent de celui qui me parlait. J’ai appelé et la véritable agente m’a dit que c’était une arnaque. Je me suis effondrée en larmes », témoigne Léa.
Au moins huit victimes identifiées
La jeune femme ne le sait pas, mais elle est loin d’être la seule à avoir été victime de « castfishing ». L’individu qui se cache derrière les faux comptes enchaîne les fausses demandes auprès de très jeunes femmes. « Ça fait bien trois ans que ça dure. C’est de la manipulation et du pressing. La façon dont il procède, c’est très cohérent », nous informe la directrice usurpée dans l’affaire visant Léa. « Huit victimes se sont déjà signalées, mais il pourrait y en avoir plus », poursuit l’agente, qui indique que l’une d’entre elles était mineure au moment des faits.
Afin de mettre fin à ces agissements, plusieurs plaintes d’agences et de comédiennes ont été déposées. « Nous sommes une dizaine à avoir porté plainte », nous indique la directrice, qui a accompagné plusieurs victimes, dont Léa, au commissariat. Une enquête a été ouverte, et après plusieurs semaines, un homme a été placé en garde à vue. Âgé d’une vingtaine d’années, il est modèle dans le monde du mannequinat. « Il a déclaré avoir été lui-même victime de faits similaires, et a expliqué avoir fait ce qu’il a fait juste pour sensibiliser les jeunes comédiennes », nous souffle sarcastiquement une source proche de l’affaire. L’individu a par ailleurs déjà été condamné pour des faits similaires dans une affaire à Lyon en 2019.
« Ça me dégoûte »
Malgré cette interpellation, Léa ne décolère pas. La jeune femme a été impactée par ce qu’elle a subi : « Je pensais que ça pourrait plus m’arriver ce genre de choses. J’ai eu honte de ce qui s’est passé, je me suis sentie super mal. Je m’en voulais énormément. Ça a déclenché des crises d’angoisse dans les jours qui ont suivi. » Pour la victime, l’usurpateur a profité du milieu ultraconcurentiel du cinéma : « Le truc qui m’énerve, c’est un milieu ou on rêve tous d’avoir ce genre de casting. On est désespérées. »
Mais comment éviter ces arnaques sordides ? « Il y a une chose très importante que peu d’écoles de théâtre disent, c’est qu’il y a une convention collective du cinéma qui date du 17 mai 2024. Cette dernière stipule qu’en aucun cas il ne peut être demandé à un artiste de se dénuder ou de réaliser des scènes de sexe. C’est très cadré et très respecté par tout le monde », nous détaille la directrice de casting.
XX XX XX/a>.











