Le malfaiteur de 42 ans comparaît pour la seconde fois de la semaine devant la cour d’assises du Gard, en compagnie d’un comparse, pour des faits anciens commis au préjudice d’un couple de buralistes de Laval-Pradel, un petit village proche de La Grand-Combe, là où il a tué la jeune fille de 18 ans en février 2023.
« Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était il y a 15 ans, et dans 15 ans je m’en souviendrai encore. Et jusqu’à ma mort ! » Aux assises du Gard, les nerfs à fleur de peau, Laurent, 60 ans, revit dans la douleur, ce vendredi 27 mars l’agression à domicile qu’il a subie avec sa femme, le 1er décembre 2011 à Laval-Pradel.
À l’époque, il tient le seul bar-tabac de ce village d’un millier d’habitants, au nord d’Alès. Il ferme son commerce, il est 19 heures, il rentre chez lui à pied. « Dans la chambre ma femme était attachée, bâillonnée ».
Deux hommes cagoulés et armés à leur domicile
Le couple est aux mains de deux hommes, cagoulés et armés, qui vont les dépouiller, voler 18 000 € de cigarettes au tabac, et s’enfuir avec leur voiture.
Au palais de justice de Nîmes se joue en cette fin de semaine un drôle d’épilogue judiciaire. Une grave agression, jugée dans des délais hors-norme. Et une seconde échéance pour un accusé qui vient juste d’écoper d’une peine massive, à la hauteur du crime qu’il a commis.
Car dans le box se trouve Mafhoud Hansali, 42 ans, condamné mercredi 25 mars à la réclusion criminelle à perpétuité, pour le meurtre de Sihem, 18 ans, en février 2023 à La Grand-Combe. Il a assuré qu’il ne ferait pas appel. Et il est à nouveau face à de graves accusations.
« Je vais répondre aux questions, monsieur » lâche-t-il d’une toute petite voix au président Pasta, qui l’interroge sur son parcours de vie.
« On s’est vu récemment » élude le magistrat qui vient de présider le premier procès. « Mais nouveaux jurés, nouveaux magistrats, donc on refait tout ». Mahfoud Hansali acquiesce.
À l’époque des faits, ce malfaiteur récidiviste a été impliqué dans des braquages, et condamné à 12 ans de prison, pour s’être attaqué à la Foir’Fouille à Alès, avec des complices. Mais il nie s’en être pris au buraliste de Laval-Pradel et à sa femme, tout comme son complice, Mike, 37 ans, son beau-frère qui a eu deux enfants avec sa sœur aînée.
Les indices sont faibles, l’enquête tourne à l’archéologie judiciaire : le laboratoire qui a fait une expertise capitale a fait faillite. « C’est le problème de juger des affaires quinze ans après » soupire le président.
La position des accusés, mis en cause quatre ans après le home-jacking, n’a pas changé depuis le départ. « Toujours innocent ! » lâche Mike, qui risque gros : il est libre, et n’a passé qu’un mois et demi en détention en janvier 2016. Beaucoup trop pour lui : « ça a changé mon quotidien, je suis mis comme un criminel alors que j’ai passé l’intégralité de ma vie à travailler » explique-t-il.
Côté charges, on projette des photos, et on discute de ressemblances entre leurs visages et les images des caméras des distributeurs de billets, où les voleurs ont utilisé les cartes de leurs victimes, plus ou moins bien cagoulés. On parle de grain de beauté sur la main, de tache sur une pommette.
Pendant l’enquête, Mahfoud Hansali a nié connaître le couple de buralistes. Une autre photo sème le trouble : celle de l’équipe de foot de Laval-Pradel, où il sourit, sous le même maillot que le tenancier de l’unique bar-tabac du village, qui était aussi le siège de l’OM (Olympique Minier) du village.
« C’est impossible de jouer au foot au Pradel et de ne pas connaître le bar de Laurent », assure Christophe, qui a le bras d’Hansali sur l’épaule sur la photo. Verdict mardi 31 mars.







