C’est une de ces audiences qui marquent qui s’est déroulée il y a quelques jours devant le tribunal judiciaire de Dieppe. Un couple, habitant près de Saint-Saëns (Seine-Maritime) y comparaissait pour privation de soins ou d’aliments à ses deux enfants, pour des violences habituelles sur des enfants mineurs et vulnérables. Du sordide renforcé par la procédure présentée par la Présidente d’audience.
Misère sociale et misère humaine
Sur signalement de trois aides à domicile qui intervenaient chez eux pour s’occuper de deux enfants âgés aujourd’hui de 12 et 15 ans et qui souffrent du syndrome de l’X fragile, le père âgé de 63 ans et la mère âgée de 57 ans se sont vus retirer ces enfants et poursuivis pour des faits dignes des Misérables : selon ces accusations, ils laisseraient les enfants sales, dormir dans des draps souillés, manger des croquettes pour chien, boire de l’alcool.
Et un jour qu’il changeait la fillette, le père n’aurait rien trouvé de mieux que de sourire quand le chien est venu lécher le bas-ventre de l’enfant. Misère sociale, misère intellectuelle, misère humaine, difficile de ressentir la moindre compassion face à ce type de faits.
Besoin d’aide pour le couple
À la barre du tribunal, la femme, elle-même victime du même syndrome et qui culpabilise de l’avoir transmis à ses enfants s’exprime peu. Manifestement dans la famille, c’est l’homme qui domine, rustre, s’appuyant sur une éducation qu’il a lui-même reçue. Les aides à domicile l’ont dit, il ne fait rien à la maison, et cette dernière est sale et en désordre.
L’homme pourrait se montrer complètement abattu ou au contraire en colère, il n’en est rien. Il affirme et réaffirme qu’il conteste tous les faits qui lui sont reprochés même si les deux admettent qu’ils ont besoin d’être aidés car ils n’en peuvent plus.
L’un et l’autre veulent pouvoir reprendre la vie commune.
Me Dulière intervient au nom de l’AVIM qui a été nommée administrateur ad hoc pour les enfants. Elle évoque un environnement sordide où les enfants sont cloîtrés depuis des années et elle regrette que les signalements aient tardé empêchant les services sociaux d’intervenir plus tôt. Elle sollicite 1 000 euros pour chaque enfant de préjudice moral.
L’avis du Parquet
Le Parquet admet que les parents vivent une situation compliquée avec deux enfants handicapés à prendre en charge, mais il estime que leur responsabilité est engagée dans les désordres constatés et que les violences sont avérées. Il rappelle qu’elles ne sont plus tolérées depuis bien longtemps. Il gradue la responsabilité des parents estimant que si la femme a sans doute fait ce qu’elle a pu, ce qui ne l’exonère pas des faits qui lui sont reprochés, l’homme est encore plus coupable car en plus des faits il n’a guère aidé son épouse.
Il requiert une peine de 18 mois de prison assortis d’un sursis probatoire pour lui et 6 mois de la même peine pour elle en demandant qu’ils fassent l’objet de soins psychologiques et qu’ils soient obligés de suivre un stage de responsabilité parentale.
Du côté de la défense
La tâche de Me Cressent-Biot pour la femme et de Me Ménard pour l’homme ne s’annonce pas facile dans un dossier d’apparence aussi sordide mais elles vont s’employer avec méthode et détermination à démonter tous les arguments de l’accusation.
Pour elles, tout part des assiduités auxquels se serait livré le père à l’encontre d’une ou plusieurs aides à domicile et elles auraient imaginé ce stratagème du signalement pour ne plus avoir à intervenir dans la famille. Elles soulignent que les témoignages de ces intervenantes vont à l’encontre de celui d’un de leurs anciens collègues qui est également intervenu à ce domicile et surtout des éducateurs des IME où les enfants sont scolarisés qui n’ont jamais relevé le moindre problème de propreté, de malnutrition ou de traces de violences.
Le verdict
Pendant de longues minutes, les prévenus vont attendre le verdict. Mais pour eux ce sera la délivrance puisque le tribunal les relaxes de tous les objets de la prévention et lève de ce fait toutes les interdictions liées à leur placement sous contrôle judiciaire.
C’est désormais un juge aux affaires familiales qui va devoir gérer la suite et notamment le devenir des enfants qui, semble-t-il, depuis qu’ils ont été placés dans des organismes spécialisés évoluent favorablement.
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