Des bouteilles de champagne achetées avec la carte bleue du conseil de l’ordre des médecins de Paris. Des médecins condamnés pour divers motifs (viol, homicide involontaire) et inscrits au tableau de l’ordre comme étant retraités. Le conseil de l’ordre des médecins de Paris (Cdom 75) a été dissous par l’Agence régionale de santé (ARS) ce lundi 13 avril. Une décision « rare », comme l’indique Tanguy Bodin, directeur de la délégation départementale de l’ARS. « C’est déjà arrivé à Paris, mais pour en arriver à ce qu’un ministre demande au Conseil national de l’Ordre des médecins de dissoudre un conseil départemental, c’est que les faits remontés sont au moins inquiétants, commente-t-il. L’ordre de Paris n’a pas rempli ses missions et n’était pas à la hauteur d’un ordre parisien. » Le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), missionné pour vérifier les activités de l’Ordre des médecins et qu’actu Paris s’est procuré, éclaire les dysfonctionnements qui ont mené à cette dissolution.
Un psychiatre condamné pour agression sexuelle
Des délais « excessifs » ont été relevés dans le traitement des plaintes contre les médecins défaillants. « Ce manquement dans la transmission et ce défaut de traçabilité peuvent avoir un impact grave », selon Tanguy Bodin. Seulement dix des 138 plaintes reçues en 2024 et 2025 concernant des médecins chargés d’une mission de service public avaient fait l’objet de suites disciplinaires.
« Dans certains cas, l’absence de transmission soulève des questions sur le jugement de l’absence de faute déontologique et l’obstruction faite aux plaintes étudiées », estime le rapport. Et de citer le cas d’une plaignante ayant décrit des comportements et propos dégradants qui auraient été prononcés par le médecin à son encontre ; bien que le médecin en question fasse l’objet de plusieurs procédures pénales pour des faits similaires, le conseil a estimé qu’il n’avait « pas contrevenu » aux règles déontologiques et n’a donc pas transmis cette plainte à la chambre disciplinaire.
Le rapport mentionne ainsi plusieurs cas de figure dans lesquels le suivi pénal des médecins de l’Ordre n’a pas été assuré. Un médecin inscrit au tableau en tant que pédiatre retraité, faisant l’objet d’une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis et interdiction définitive d’enseigner et d’exercer pour des faits d’homicide involontaire ; un médecin inscrit au tableau en tant que médecin généraliste retraité, définitivement condamné pour détention d’images pédopornographiques et propositions d’ordre sexuel à un mineur ; ou encore un médecin inscrit au tableau en tant que psychiatre « n’exerçant pas par décision personnelle », condamné définitivement à une interdiction pénale d’exercer pendant deux ans pour des faits d’agression sexuelle.
Des dépenses injustifiées
Le rapport souligne aussi de « sérieuses irrégularités de gouvernance » et notamment une obscure gestion des comptes. « Concernant les facilités de stationnement accordées à Paris aux médecins, la liste tenue par le Cdom contient les noms de 22 conseillers ordinaux dont certains ne répondent pas aux conditions d’éligibilité », note le rapport.
L’IGF mentionne aussi le manque de transparence dans l’utilisation de la carte bleue qui a bénéficié à « des personnes qui n’étaient ni des conseillers ni des salariés du conseil départemental » et a servi à l’achat de bouteilles de vin, de champagne et de cadeaux dont le motif n’est pas justifié. Enfin, les élections organisées par le conseil ont été annulées deux fois d’affilée pour des irrégularités, comme le mentionne l’arrêté motivant la dissolution du Cdom.
De nouvelles élections à l’été
Pour assurer la suite, quatre médecins ont été nommés pour assurer les fonctions de l’Ordre jusqu’à l’élection d’un nouveau conseil, « probablement cet été », selon Tanguy Bodin. « Ce sont des conseillers expérimentés », rassure-t-il.
Ils auront pour mission de remettre l’Ordre sur le bon chemin et rattraper les retards sur la partie administrative des inscriptions. « Ils vont mettre à jour les médecins inscrits au tableau, c’est-à-dire de vérifier leurs diplômes, leurs antécédents et faire le suivi des plaintes après », conclut Tanguy Bodin.
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