De la tristesse, de l’incompréhension, parfois de la colère et en tout cas le désir de justice. Tels sont les sentiments qui traversent Plouasne (Côtes-d’Armor), sous le choc, dix jours après le décès d’une de ses habitantes, Catherine Josselin, que le maire et trois autres personnes voulaient retenir contre son gré pour la faire hospitaliser en psychiatrie, à la suite de plaintes pressantes du voisinage.
Un maire en prison
Depuis cette journée du mardi 7 avril 2026 qui a vu l’ouverture d’une enquête par le parquet de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), les rebondissements se succèdent dans cette petite commune du sud de Dinan.
Mardi 14 avril, dans le cadre de l’enquête, le maire Michel Daugan, un de ses conseillers municipaux et les deux personnes qui leur avaient prêté main-forte étaient placés en garde à vue.
Des vidéos remises par un témoin montraient la Plouasnaise maintenue au sol, une pression exercée sur elle, les jambes attachées à l’aide d’une corde et d’une sangle, avant de succomber sur la voie publique devant chez elle.
Présentés au parquet de Rennes le lendemain 15 avril, le maire et son conseiller étaient mis en examen pour arrestation et détention arbitraire suivis de mort et de violences commises en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Michel Daugan était écroué, son conseiller municipal placé sous contrôle judiciaire.
Depuis, deux autres conseillers municipaux ont démissionné, dont la première adjointe. Ce qui met Jean-Claude Barbé, 2e adjoint, dans la position de remplir les fonctions dévolues au maire, en l’absence de celui-ci.
« Il ne fallait pas la brusquer »
Ce drame, « toutes les discussions sont tournées vers ça », nous dit-on à la crêperie du centre-bourg, sans vouloir commenter plus avant.
Ce jeudi 16 avril, de l’autre côté de la place de l’église, sur la terrasse du bar-tabac Le Refuge, les clients sont las de répondre aux questions.
« Ici, ça se passait bien », répond « Tof » le patron du bar-tabac chez qui la femme de 66 ans qui habitait seule dans une maison du Launay-Hellon, près du bourg, passait régulièrement.
C’était une personne qu’il fallait savoir gérer, juste avec la parole. Quand elle arrivait, on savait si ça allait ou pas.
Il peut bien retourner ce qui a abouti à un drame, en tous sens :
« Je ne comprends pas ce qu’ils ont été faire. Je pense que personne ne comprend. Il ne fallait pas la brusquer, ç’a été ça l’erreur. »
« C’est très compliqué », poursuit le commerçant chez qui le sentiment de tristesse prédomine et qui met le doigt sur le tragique de la situation : « C’est malheureux pour elle et c’est malheureux pour eux. »
« Que justice soit faite »
Mimi, un client qui la connaissait plutôt bien, a une chose à dire : « Que justice soit faite et que le maire ne passe pas qu’une semaine en prison ».
Car, ajoute-t-il, « qu’ils l’enferment en psychiatrie, c’est comprenable. Mais là il n’y avait pas d’arrêté. Bloquer quelqu’un… de là à la tuer… »
« Elle ne méritait pas cela »
« Elle ne méritait pas cela. » Cette phrase, Mimi, Tof et quelques personnes croisées qui acceptent de répondre la reprennent pour la plupart. C’est comme un signe de la peine partagée.
« Cela fait longtemps qu’on entendait que parfois elle ne prenait pas ses traitements, mais elle était gentille quand elle les prenait », raconte Emmanuelle, salariée au supermarché G20 qui voyait la Plouasnaise souvent venir à vélo pour faire ses courses.
Le matin du drame, dit-elle, « elle est venue, elle était un peu agitée ».
Ce qui s’est passé, évoque-t-elle, « c’est un drame humain, un drame de la société, parce qu’elle était un peu délaissée cette dame. J’essaie de me mettre dans leur tête, je ne comprends pas », dit Emmanuelle, qui trouve elle aussi qu’avoir incarcéré le maire est « un peu normal vu la manière dont ça a été fait ».
Cette issue dramatique, « c’est certainement accidentel », suppose une autre Plouasnaise qui voit dans le maire un monsieur par ailleurs gentil qui a été à l’initiative de bonnes choses pour la commune.
« Démissionner »
Mais parfois, la colère domine.
Rencontrée dans le parc aménagé à l’ancienne gare de Plouasne, discutant avec deux autres personnes, Michèle Loiseleux, maire de la commune de 1989 à 2008, se dit « triste et en colère » :
« On essaie d’honorer la mémoire de Catherine. On est outrés, plus que cela, scandalisés. Je songe au dernier quart d’heure de sa vie qui a dû être horrible. Elle a été traitée pire qu’un animal », considère l’ancienne édile qui aimerait organiser une marche blanche et évoque « une brave femme, intelligente, cultivée. Quand elle prenait ses médicaments, elle était agréable à rencontrer. Je l’ai aussi connue dans ses crises, dans des moments où elle a été hospitalisée. »
Pour une des personnes qui l’accompagne, prénommée elle aussi Catherine, révoltée par ce drame : « La décence serait de démissionner et son conseil avec », dit-elle à propos du maire.
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