La cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques juge à partir de mardi, à huis clos, l’ancien élève accusé de l’assassinat d’Agnès Lassalle. L’enseignante de 53 ans avait été mortellement poignardée en plein cours à Saint-Jean-de-Luz en février 2023. Le procès doit trancher la question de l’altération du discernement de l’accusé.
Ce qu’il faut retenir
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La cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques juge, dès ce mardi et pour quatre jours, le jeune homme de 19 ans accusé de l’assassinat d’Agnès Lassalle, professeure d’espagnol tuée dans son lycée de Saint-Jean-de-Luz.
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Le 22 février 2023, au collège-lycée Saint-Thomas d’Aquin, l’élève alors âgé de 16 ans avait mortellement poignardé l’enseignante de 53 ans en plein cœur, avec un couteau de cuisine apporté de son domicile la veille des faits.
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Le procès à huis clos devra trancher la question de la responsabilité pénale du lycéen. Les expertises psychiatriques divergent, oscillant entre un discernement préservé, légèrement altéré ou totalement aboli lors du passage à l’acte.
Il s’était subitement levé de sa chaise pour aller mortellement poignarder sa professeure d’espagnol : la cour d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques entame mardi quatre jours de débats, à huis clos, pour juger l’accusé de .
« Un coup sec »
Le 22 février 2023, cette femme de 53 ans qui enseignait depuis 1997 au collège-lycée privé catholique Saint-Thomas d’Aquin, à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), a été tuée d’un coup de couteau à la poitrine par son élève de 16 ans.
À 9 h 45 ce jour-là, alors que le cours touche à sa fin, l’adolescent se lève, verrouille la porte de la salle de classe avant de se retourner, un couteau de cuisine à la main.
Il s’approche d’Agnès Lassalle et la frappe avec cette lame de 18 cm, « d’un coup sec » selon les témoins de la scène qui prennent la fuite. Un professeur d’une salle attenante fera lâcher son arme au garçon « tremblant », sans qu’il n’oppose de résistance.
L’autopsie a fait état d’une « tenue très ferme du couteau lors de l’impact thoracique », la lame ayant pénétré « dans sa totalité ou quasi-totalité » au niveau du cœur de la victime, que les secours ne parviendront pas à sauver.
« Petite voix dans la tête »
Le degré de discernement de l’accusé, âgé de 19 ans aujourd’hui, sera au cœur des débats, à huis clos du fait de sa minorité à l’époque des faits.
Ainsi que la préméditation, alors que l’adolescent avait récupéré le couteau de cuisine la veille chez son père, l’enroulant dans du papier essuie-tout et le glissant dans son sac pour aller au lycée le lendemain.
Ce garçon « anxieux » qui dit avoir subi du harcèlement scolaire, suivi depuis quatre ans par un psychiatre, prend un traitement antidépresseur après une tentative de suicide en novembre 2022.
Il rencontrait des difficultés dans la matière qu’enseignait Agnès Lassalle, d’autant plus que sa classe était composée en majeure partie d’élèves hispanophones. En garde à vue comme durant l’instruction, il explique son geste par une « petite voix qui lui parle », un être « égoïste, manipulateur, égocentrique, qui l’incite à faire le mal ».
Les expertises réalisées pour déterminer sa responsabilité pénale s’avèrent contradictoires. Un psychiatre l’a d’abord jugé « discernant » et son propre médecin a écarté tout « trouble psychique ou neuro-psychique ayant aboli ou altéré son discernement ou le contrôle de ses actes ».
« Il lui manque un mot »
Un an plus tard, une expertise collégiale estime cependant que le discernement de l’élève a pu être « légèrement altéré » par son « vécu de harcèlement scolaire », son état dépressif et son anxiété chronique. Un dernier rapport remis en novembre 2024 a conclu, lui, que ce discernement était « aboli » au regard « d’un trouble psychique sévère ».
« La prise en charge antérieure au drame était-elle suffisante ? Aurait-elle pu l’éviter ? Les débats seront douloureux pour tous », affirme Me Thierry Sagardoytho, avocat de l’accusé.
Le compagnon de l’enseignante tuée, qui avait dansé autour de son cercueil pour lui rendre un dernier hommage, attend « une vérité judiciaire », selon son avocat, Me Sébastien Binet.
« Aujourd’hui, il lui manque un mot ou une reconnaissance de l’accusé. Il pourrait assumer sa responsabilité, formuler des excuses et expliquer ce qui a provoqué l’acte », ajoute le conseil.
La mort d’Agnès Lassalle avait suscité une grande émotion au sein de la communauté éducative. Une minute de silence avait été observée dans les établissements scolaires du pays, un peu plus de deux ans après l’assassinat de Samuel Paty.
Huit mois plus tard, le professeur de français Dominique Bernard avait été poignardé à mort devant son établissement par un ancien élève fiché pour radicalisation islamiste. L’AFP a recensé une dizaine de meurtres de professeurs depuis une quarantaine d’années dans le cadre de leur fonction.








