Le Docteur Laurent Layet est expert psychiatre auprès de la cour d’appel de Nîmes. Il évoque le "suicide by cop", soit le "suicide par police interposée", l’hypothèse qui se dessinerait après la mort d’un braqueur, samedi 25 avril à Clermont-l’Hérault (Hérault).
Dr Layet, l’hypothèse d’un suicide “by cop”, par police interposée, est avancée dans la mort d’un braqueur à Clermont-l’Hérault. Comment l’expert-psychiatre que vous êtes interprète ce geste ?
D’abord, ce n’est pas un diagnostic psychiatrique en tant que d’un phénomène peu fréquent et que l’on caractérise depuis pas longtemps. Mais il y a plusieurs pistes possibles que j’ai pu voir en 25 ans dans les différentes affaires criminelles.
Lesquelles ?
La première, et la plus importante, est celle de la dépression sévère, des gens qui sont très ambivalents par rapport à leurs idées suicidaires et qui vont avoir des conduites à risque pour essayer de provoquer quelque chose parce qu’ils ne sont pas capables de commettre le geste eux-mêmes. Quand la conduite à risque dégénère, ils vont aller jusqu’au bout et provoquer le geste chez les autres, dans une forme de défiance ultime de l’autorité, en affrontant armé les forces de l’ordre dans ce cas.
À lire aussi :
À lire aussi :
La deuxième que l’on retrouve souvent, et qui n’est pas incompatible avec la première, ce sont tous les troubles de la personnalité, surtout celles qui sont très impulsives comme les borderlines ou les antisociales – que l’on appelait les psychopathes. Ces troubles peuvent venir compléter la dépression ou nous pouvons avoir quelqu’un qui a simplement un trouble de la personnalité et qui a beaucoup de difficulté à réguler son impulsivité mais aussi ses affects, ses émotions.
La troisième piste quand même, qui peut là encore compléter les deux premières, c’est la consommation de toxiques, cela facilite l’acte. L’autopsie le dira : était-il très alcoolisé ? Avait-il consommé des stimulants comme de la cocaïne qui peut vraiment désinhiber et être facilitateur pour se jeter sur la police ?
Et la quatrième ?
La dernière est beaucoup plus rare, que j’ai vu une fois, ce sont des gens plutôt délirants avec une conduite incohérente, braquer un commerce, sous-tendu par des idées en dehors de la réalité, ils ne peuvent pas gérer avec une désorganisation complète. Il avait peut-être une maladie mentale grave et en rupture de traitement, l’enquête le dira.
En 2024, le braquage de la banque Dupuy-de-Parseval
Le braquage mortel, survenu ce samedi, n’est pas sans rappeler celui du 10 avril 2024 durant lequel un homme de 47 ans avait été abattu dans la zone artisanale Les Tannes Basses, à Clermont-l’Hérault, par les gendarmes. Ce jour-là, le mis en cause, lourdement armé, avait fait irruption, vers 9 h du matin, au sein de la où il avait fait usage de son arme à trois reprises. Puis était ressorti et avait tiré en l’air deux fois avant de rentrer à nouveau au sein de l’établissement bancaire. De leur côté, trois salariés avaient trouvé refuge dans le coffre-fort et avaient donné l’alerte. Lorsque les militaires sont arrivés, une fusillade a éclaté. Le braqueur avait été mortellement blessé au thorax. Hélicoptère et GIGN avaient été dépêchés sur place. Le quadragénaire avait été retrouvé mort dans le sas d’entrée. Il était père de sept enfants et connaissait de lourds problèmes financiers.
L. V. photo J. A. P.
Tirer sur la gendarmerie pour se faire abattre qu’est-ce que ça dit d’une personnalité ?
Cela renvoie beaucoup à des personnes qui peuvent avoir des idées noires et suicidaires mais pas capables de passer à l’acte sur eux, ils remettent ça sur une conduite que l’on appelle ordalique, on remet son destin entre les mains de quelqu’un d’autre. S’il tire à découvert et fonce sur les gendarmes, il sait que ça va tirer en retour. Son ambivalence est résolue par ce comportement, c’est un suicide par procuration.






