La phronèsis, sagesse pratique héritée d’Aristote, s’invite à Millau pour éclairer nos choix modernes. Entre raison et intuition, Catherine Van Offelen en fait une boussole face à l’incertitude contemporaine.
La 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère (DBLE) organise, ce mardi 31 mars à 20 h 30 à la salle AMIO (37 avenue de la République), une conférence exceptionnelle avec la philosophe Catherine Van Offelen et l’écrivain-voyageur Sylvain Tesson. Au cœur des échanges : la phronèsis, cette sagesse pratique héritée des Grecs, que la philosophe et essayiste explore dans son ouvrage Risquer la prudence.
Un dialogue entre sagesse antique et défis contemporains
Ce concept, central dans la philosophie aristotélicienne, désigne l’art de discerner et d’agir avec justesse dans un environnement complexe. « Dans un monde où tout va trop vite, où l’incertitude paralyse et où l’excès d’informations étouffe l’action, la phronèsis offre une boussole » explique la conférencière.
« Nous vivons dans un déséquilibre permanent, entre l’obsession du contrôle et la peur de l’erreur. La phronèsis, c’est l’antidote : une intelligence pratique qui réconcilie raison et intuition, audace et lucidité » résume-t-elle.
« Une forme d’audace lucide, le flair dans l’action »
Dans une société obsédée par le contrôle et l’aversion aux risques, comment faire sienne la phronèsis ? Catherine Van Offelen dessine quelques pistes. « Accepter l’incertitude » plutôt que de chercher à tout contrôler, mobiliser tout à la fois logique et sensibilité, explorer « sa propre finitude » pour lutter contre l’hubris et ainsi éviter « le livre de trop ou le mandat de trop. » Pratiquer enfin sans relâche, cultivant le fameux adage : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron ».
Un appel à l’action
Face à une époque « où l’on avance sans cap », Catherine Van Offelen voit dans la phronèsis un remède à l’anthropophobie – cette haine de l’humain par l’humain – et à la perte de sens. « Nous ne pouvons pas vivre en nous haïssant » rappelle-t-elle, citant Camus. « Il faut se refaire confiance, accepter nos limites et nos ressources. »
En substance, les points abordés à Millau lors de cette conférence qui vise aussi à « raviver cette fleur » qu’est la phronèsis, « une vertu chatoyante, comme l’arc-en-ciel, qui se dérobe dès qu’on cherche à la saisir » tout en cultivant les pétales de cette sagesse oubliée.





