Si la situation reste confuse au Moyen-Orient, Philippe Chalmin, économiste spécialiste des marchés de matières premières, analyse l’impact que peut avoir un cessez-le-feu et une réouverture du détroit d’Ormuz.
Dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu respecté avec un détroit d’Ormuz ouvert, les prix des carburants vont-ils diminuer ?
Oui, a priori, les prix vont baisser, le baril de Brent a perdu une quinzaine de dollars (entretien réalisé avant la fermeture du détroit d’Ormuz mercredi soir, annoncée par des médias iraniens NDLR).
Le marché reste quand même extrêmement nerveux. Mais tablons sur une baisse de 10 dollars, ce qui paraît à peu près réaliste. Il y a une vieille règle qui donne 1 dollar le baril égale 1 centime le litre, ça se vérifie surtout à la hausse, à la baisse parfois un peu moins, ou un peu plus lentement. Mais ça veut dire qu’on devrait avoir la semaine prochaine une baisse du prix à la pompe de 5 à 10 centimes le litre, surtout pour l’essence. La situation est plus tendue sur le marché du diesel. Son prix va baisser, mais il continuera, à mon avis, à y avoir une différence assez nette entre le tarif du diesel et de l’essence.
Retrouvera-t-on les prix d’avant-crise ?
Cela prendra beaucoup de temps. Le prix des carburants, c’est pour plus de la moitié, des impôts et, pour le reste, du pétrole, des coûts de raffinage et de distribution. Rajoutons à cela le fait que le pétrole est coté en dollars, il faut donc tenir compte de la variation entre le dollar et l’euro. Le cours du pétrole, c’est la somme des anticipations que se font les acteurs du marché de ce que sera demain le rapport entre l’offre et la demande. Le marché était excédentaire, avec Ormuz bloqué, il est devenu déficitaire, les prix ont monté. On a démarré l’année en janvier à 58 $ le baril, en février, il était à 69,41 $ et à 99,41 $ en mars, en moyenne. Là, nous parlons d’un baril qui, ce soir (mercredi soir), est à 94 $. On sera bien contents, si tout se passe bien dans le détroit d’Ormuz, de se situer entre 80 et 90 $ le baril. Mais c’est une prévision à chaud que j’ai presque tendance à trouver optimiste.
Quand le prix des carburants peut-il baisser ?
Ce n’est plus qu’une question de jours, il faut que les distributeurs écoulent leurs stocks, qu’ils vident les cuves qu’ils avaient remplies avec du carburant acheté plus cher. La baisse devrait donc être sensible en début de semaine prochaine (si le détroit d’Ormuz est rouvert, comme le prévoit l’accord noué entre l’Iran et les Etats-Unis, NDLR).
Sébastien Lecornu assure que le gouvernement « veillera » à ce que les prix des carburants baissent « aussi vite qu’ils sont montés », cela vous semble crédible ?
Ça fait partie des effets de manche assez classiques, mais le Premier ministre n’a aucun pouvoir en la matière. Les économistes vous diront que l’élasticité des prix à la hausse est toujours plus rapide que l’élasticité des prix à la baisse. Lorsque le prix du blé augmente, les boulangers sont les premiers à rajouter 10 centimes à la baguette. Lorsque les prix baissent, la baguette ne bouge pas. Sur le marché du carburant, nous sommes néanmoins dans un système ultra-concurrentiel. Je pense qu’il est de l’intérêt des distributeurs d’aller le plus vite possible.
Cette crise aura-t-elle couté cher aux Français ? Oui, mais je vais être totalement cynique. Plus le pétrole est cher, plus nous préparons l’avenir pour nos enfants. L’une de ses rares vertus, c’est de nous faire prendre conscience que nous sommes dépendants et que la transition énergétique peut aller dans le bon sens.





