Le procureur de Mulhouse a dévoilé mercredi les détails sordides de la séquestration d’un garçon de 9 ans, retrouvé nu et dénutri dans un camion à Hagenbach. L’enfant y aurait survécu 18 mois pour fuir des tensions avec sa belle-mère. Son père a été écroué pour séquestration et privation de soins, risquant 30 ans de réclusion criminelle.
Le choc, toujours plus, à mesure que de nouveaux détails sont évoqués. Mercredi 15 avril, le procureur de Mulhouse, Nicolas Heitz, s’est exprimé afin d’en dire davantage sur les conditions de vie du garçon de 9 ans retrouvé dans une camionnette la semaine dernière à Hagenbach, en Alsace.
Une habitante avait alerté les autorités après avoir entendu des « bruits d’enfant » dans le véhicule, garé dans une cour. Ses soupçons se sont avérés réels : un enfant avait bien été retrouvé nu, dénutri, « en position foetale sur un monticule de déchets et à proximité d’excréments ». Selon les éléments rapportés vendredi dernier, il y aurait été enfermé durant plus d’un an et demi. Il a été depuis hospitalisé à Mulhouse.
Une relation désastreuse avec la belle-mère
La « très, très longue histoire » que l’enfant a rapportée à des enquêtrices spécialisées est terrible. Le garçon adopte le même argument que son père, âgé de 43 ans : il a été « mis dans la camionnette » en septembre 2024 car « il n’avait pas le choix », concède le petit.
Pour cause : la victime, qui vivait dans une famille recomposée, avait « de très mauvaises relations » avec sa belle-mère. Il l’a qualifiée comme sa « pire ennemie » et l’a présentée comme « méchante ». Il aurait été enfermé là car elle voulait l’interner dans un hôpital psychiatrique. Un élément déjà avancé par le père, la semaine dernière.
Une ancienne voisine a aussi entendu la belle-mère de l’enfant dire à son conjoint, « si tu ne fais rien, c’est moi qui vais placer ce gosse parce qu’il est intenable, je n’en peux plus », a-t-il encore relaté.
La famille parle d’un enfant « dur »
Selon son témoignage, son « père lui apportait de l’eau et de la nourriture deux fois par jour, en général des aliments froids », a-t-il encore raconté. Il disposait d’un baluchon de vêtements et devait uriner dans des bouteilles vides. Il n’avait plus de pyjama ni de brosse à dents, et ses affaires n’étaient jamais lavées. Son père vidait, néanmoins, régulièrement les déchets. Dans sa chambre, ses jouets étaient rangés dans un carton.
Selon le procureur Nicolas Heitz, l’enfant a dit ne pas vouloir aller vivre chez sa mère, qui souffre de problèmes psychologiques. Les grands-parents paternels ont de leur côté décrit le petit garçon comme « dur », « qui faisait des crises, ayant probablement mal vécu la séparation de ses parents et l’hospitalisation de sa mère ».
Sa sœur, âgée de 12 ans, a précisé que son petit frère « avait changé de comportement » quand son père s’était installé avec sa nouvelle compagne, « en devenant violent et en proférant des insultes, notamment contre sa belle-mère ». « Elle pensait que son frère avait été interné, sans savoir où, à l’automne 2024 », a dit le procureur.
Jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle possibles pour le père
Le père a été placé en détention provisoire. Poursuivi pour séquestration ainsi que pour privation de soins et d’alimentation, il risque jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle. La belle-mère, âgée de 37 ans, encourt quant à elle une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de réclusion pour non-assistance à mineur de moins de 15 ans en danger et pour les privations infligées à un mineur. Elle conteste les faits.
La mère de l’enfant a indiqué avoir été hospitalisée en psychiatrie entre mai 2022 et janvier 2024. Le couple s’est séparé définitivement en octobre 2022. En octobre 2024, elle a saisi la justice afin d’exercer l’autorité parentale et a obtenu, en mai 2025, un droit de visite médiatisé auprès des enfants, qu’elle affirme ne pas avoir pu exercer.
Les investigations en cours devront préciser le degré de responsabilité de chacun et déterminer si d’autres personnes ont pu être informées de la situation de l’enfant sans intervenir.










