Christian Gibelin-Boyer, l’homme qui valait 130 milliards : un Gardois se dit spolié d’une gigantesque fortune

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Un octogénaire de Saint-Hippolyte-du-Fort, ex-barbouze des réseaux gaullistes, affirme posséder virtuellement une fortune colossale : le Trésor de Yamashita, de l’or engrangé par l’armée impériale japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Son histoire est folle. Accrochez-vous.

L’histoire est folle. Christian Gibelin-Boyer, 81 ans, se dit spolié d’une fortune gigantesque. Ce retraité de Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard) est milliardaire. Au moins sur le papier : 130 milliards de dollars, tirés du Trésor de Yamashita, 12 000 tonnes d’or stockées par l’armée impériale japonaise dans des grottes et des tunnels philippins pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans le sas d’entrée de sa villa transformé en bureau, Christian Gibelin n’en démord pas. Cet argent, c’est le sien. Avec sa fine moustache, il a des airs d’un Don Quichotte désargenté qui bataille contre le monde entier. Le vigoureux octogénaire, père de cinq enfants – les trois derniers ont douze, dix et huit ans –, compte bien toucher son colossal solde avant de passer l’arme à gauche.

Le Fisc français, par l’intermédiaire de Jean-Patrick Martini, avait demandé communication des documents originaux.

Au Trésor public de Ganges

Le 17 février 2015, le chef du service des investigations élargies du Fisc français, Jean-Patrick Martini, aurait fait privatiser les locaux du Trésor public de Ganges (Hérault) pour se faire remettre des documents originaux censés attester de l’authenticité des comptes bancaires de Christian Gibelin. Jean-Patrick Martini et l’un de ses collègues, Brice Tassera, inspecteur des finances publiques, s’y engageaient par écrit à rendre les documents sous trois mois… Ce qui ne fut jamais fait, assure Christian Gibelin.

On lui affirme que « le compte est authentifié »

Il a touché du doigt son rêve en février 2015. « Le compte est authentifié », lui assure alors au téléphone le chef du service des investigations élargies à la Direction nationale des enquêtes fiscales, au ministère de l’Économie et des finances, Jean-Patrick Martini. Une information qu’il tiendrait « des autorités britanniques, ils ne peuvent pas raconter de conneries », entend-on sur l’enregistrement que le Gardois a pris soin de faire. Au bout du fil, il jubile : « J’en suis sans voix, c’est merveilleux !« .

Quelques jours plus tard, son interlocuteur est à Ganges. Au bar PMU, en bord de route, « il a sorti un cigare, bu un whisky, il fait ça quand il est content« . Gibelin, lui, ne va pas tarder à faire la gueule. « Il m’a dit “On va te donner la légion d’honneur et une pension” de 3 000 € mensuels, en échange de reprendre la main sur les comptes« . Gibelin lui rit au nez. Il formalise par mail son refus, le 7 mai.
Jean-Patrick Martini est « l’un des meilleurs agents fiscaux de la République », insiste le quotidien suisse Le Matin, en 2015 : « On le surnomme “L’apéritif”, par allusion à son patronyme, mais aussi à ce que son passage annonce aux fraudeurs en termes de redressement fiscal ».

Son nom est cité dans l’affaire dites des Swiss Leaks : une évasion fiscale à grande échelle et du blanchiment d’argent mis en place par la banque HSBC à partir de la Suisse. Au centre du jeu, un informaticien trouble, séducteur, bluffeur et joueur de poker, avançant masqué sous un faux nom, Hervé Falciani. C’est par lui que le scandale arrive : il transmet la liste explosive à… Jean-Patrick Martini, chargé de récupérer l’argent des évadés fiscaux français. Une très bonne pioche pour l’agent du fisc. Sur un coin de table d’un bistro de l’aéroport de Nice, fin décembre 2008, l’informateur Hervé Falciani faisait un beau cadeau de Noël à Martini et à l’État français : 100 000 noms d’évadés fiscaux regroupés sur cinq DVD.

Mais si le deal a fonctionné avec Falciani, Martini semble avoir fait chou blanc avec Gibelin… À qui il ne donnera plus de nouvelles.

L’or de Yamashita

Flash-back… Le Gardois a longtemps traîné ses guêtres en Afrique, dans les réseaux du service d’ordre gaulliste, le Sac. En 1998, un intermédiaire le contacte pour le mettre en relation avec « la femme et le fils d’un colonel philippin« . Exilé aux États-Unis, il est mort d’un arrêt cardiaque en 1990, à 67 ans. La femme et le fils héritent de ses comptes, l’un à la JP Morgan, l’autre à la Barclays. C’est là que ça se corse : sur ces comptes et dans ces coffres serait hébergé… l’or de Yamashita. Les Américains auraient fait main basse sur le butin après-guerre, après avoir affirmé que le bateau transportant le magot avait coulé… pour mieux tout garder, en utilisant un prête-nom : le militaire philippin de l’armée du président Ferdinand Marcos, Jose Bautista Cruz, « qui travaillait pour la CIA« , assure Christian Gibelin-Boyer.
Son fils et sa femme cherchent ensuite à récupérer l’argent. En vain. Ils proposent au Français, habitué à naviguer en eaux troubles, d’être leur mandataire. Le barbouze flaire le bon coup. L’argent n’a pas d’odeur.

« Une voiture lui a foncé dessus, a reculé, lui a remarché dessus et est repartie. Vous appelez ça comment ? Un accident ?« 

Il fait une première visite à Manille et signe un mandat avec l’épouse du militaire. Mais celle-ci meurt peu de temps après. « On pense qu’elle a été empoisonnée. » C’est finalement avec le fils qu’il rédige un nouvel accord, devant le tribunal de Manille, en juin 2000. Il est alors, officiellement dit-il, le mandataire du compte.

L’accord entre Christian Gibelin et le fils du colonel avait été signé en 2000.
Une partie de l’accord avec Ibarra Carbonell Cruz.

Le fils meurt en 2001 percuté par une voiture. Un meurtre ? « Une voiture lui a foncé dessus, a reculé, lui a remarché dessus et est repartie. Vous appelez ça comment ? Un accident ? » Christian Gibelin se retrouve alors seul maître à bord. « Je suis allé voir un contact en Allemagne qui m’a dit “Ce compte existe, mais n’y touche pas, c’est une bombe atomique.” »

Le projet d’accord avec le financier véreux Daniel Fernandes Rojo Filho.

Il voit venir à lui de vrais ou faux agents de la CIA, du Mossad et un tas d’intermédiaires visiblement attirés par l’appât du gain. Le plus illustre d’entre eux s’appelle Daniel Fernandes Rojo Filho, investisseur lié au cartel mexicain de drogue de Sinaloa et adepte de l’arnaque financière sur le modèle de la pyramide de Ponzi. Dans une lettre d’intention, que Midi Libre a consultée, il propose de racheter le compte au Gardois pour 400 millions de dollars en 2014. Une broutille. Mais Gibelin accepte, persuadé au bout de tant de temps qu’il ne touchera pas plus. Patatras. Le compte sur lequel on lui a assuré qu’il allait toucher l’argent est bloqué. Daniel Fernandes Rojo Filho, sous mandat d’arrêt, a été interpellé.

« Peut-être que ça vaut dix ou cent fois plus »

Christian Gibelin-Boyer est-il le dindon d’une farce pas drôle ? Car il n’a pas obtenu la signature sur le compte sans contrepartie. Il avait versé au fils Cruz « aux alentours de 250 000 dollars ». « J’ai aidé quelqu’un qui était dans la misère aux Philippines. Il me confiait tout et je le payais quand j’avais touché. Ça méritait bien quelque chose quand même !« 

Un document du Trésor américain datant de 1969.

La persévérance de l’ex-barbouze, qui assure avoir porté à des ministres français les valises de billets du président gabonais Omar Bongo, force le respect. Plus de 25 ans à tenter d’obtenir justice, réparation. Des milliers de mails adressés à des présidents, des gouvernements, des députés. À crier dans le désert. D’autant plus que les 130 milliards, s’ils existent, ont fructifié depuis – « Peut-être que ça vaut dix ou cent fois plus » – avec le prix de l’or… L’or du général Tomoyuki Yamashita. Voilà cinquante ans que des chercheurs de trésors du monde entier ratissent un virtuel eldorado souterrain. À moins que Christian Gibelin-Boyer, lui aussi chercheur d’or revenu bredouille, ait tout ça à portée de main.

On surnommait Yamashita « le tigre de Malaisie« . C’est aussi comme ça qu’on baptisait Gibelin en Afrique. Il a un spécimen tatoué sur l’épaule.

Le No comment de Bercy

Midi Libre a sollicité la Direction générale des finances publiques, qui chapeaute le service des investigations fiscales élargies, avec cette réaction pour toute réponse : "La DGFiP ne communique pas sur des informations protégées par le secret fiscal". Malgré nos relances, a minima pour obtenir confirmation de cet engagement écrit des services fiscaux à l’époque, et pour évoquer les propos tenus par l’un de leurs agents, Jean-Patrick Martini, dans un enregistrement que Midi Libre a pu écouter, la porte du Fisc français est restée désespérément fermée.

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