À Nîmes, la compagnie Arnica présente Spécimen dans le cadre de la Journée mondiale de la marionnette. Après une humiliation, une faille spatio-temporelle s’ouvre. Les marionnettistes organisent le passage entre les mondes.
« Toute la journée on pose, on pèse, on tape, crevettes, anguilles… » Présenté hier soir, mardi 17 mars à la salle de l’Odéon à Nîmes, Spécimen de la compagnie Arnica suit Madame Afarensis, employée au SuperGéant. Une humiliation suffit pour que le réel bascule dans la dystopie au détour du bus 57.
La faille
Madame Afarensis a 46 ans travaille au SuperGéant. Ce matin-là, son patron l’humilie et l’insulte. Il la traite de « Cro-Magnon » et de « conne ». Quelque chose s’enraye dans son espace et dans le temps. 3,8 milliards d’années s’ouvrent en elle et autour d’elle.
Elle rencontre une tribu de chasseurs qui vivent aussi de récupération, en pleine dystopie. Poursuivie par les casqués, policiers de la fin du monde, le personnage principal se retrouve dans un lac et nage au milieu des créatures du Cambrien. Cette traversée la relie à la lignée des vivants sur Terre. Gwendoline Soublin inscrit le récit dans un parcours qui traverse l’évolution du vivant, des origines à aujourd’hui.
Sur scène, les marionnettistes apparaissent puis disparaissent. Par moments visibles, à d’autres dissimulés, ils accompagnent le basculement du personnage et le passage d’un monde à l’autre. Ils ne se contentent pas de manipuler. Ils fabriquent l’histoire et entraînent le personnage dans une faille spatio-temporelle ouverte par l’humiliation.
• @Yannick Pons
Ils montrent que le personnage principal n’est pas seul. D’ailleurs il ne l’est pas, il est porté par plusieurs présences. Deux comédiennes remarquables aux voix et postures similaires se partagent le texte, une pirouette brillante qui permet un jeu de scène fait d’apparitions, des disparitions, et donne au personnage une dimension collective qui colle au texte écrit autour du « on ».
Onirique
Un texte qui rompt avec les codes du théâtre classique. Il prend la forme d’un long poème dramatique. Fragmenté, il épouse un flux de pensée, par à-coups. Une écriture saccadée, mécanique, en lien avec le personnage. Elle repose sur des répétitions, laisse place à l’imagination. L’ensemble reste onirique, poétique. Un texte singulier, construit sur une forte liberté de forme, onirique et poétique, particulièrement bien construit et fluide.
Émilie Flacher offre des tableaux très forts visuellement. La bande son et les bruits d’Émilie Mousset ajoutent un gros plus qui fait de cette représentation un chef-d’œuvre. Madame Afarensis, un nom qui renvoie à une espèce ancienne de l’humanité, proche de Lucy, se connecte à la lignée des vivants. Elle entre dans une nouvelle ère de sa vie.
Les autres spectacles ici
Infos pratiques et équipe artistique
Spécimen – Compagnie Arnica
Mardi 17 mars 2026 à 20h
Salle de l’Odéon, Nîmes
Durée 1h30
Texte Gwendoline Soublin
Mise en scène et conception Émilie Flacher
Interprétation et manipulation Hélène Hudovernik, Philippe Rodriguez Jorda, Faustine Lancel et Maïa Lefourn
Collaboration artistique Philippe Rodriguez Jorda et Réjane Bajard
Conception des marionnettes Judith Dubois et Émilie Flacher
Scénographie Kristelle Paré
Création lumière Julie Lola Lanteri
Création son Émilie Mousset








