Dans une forêt près de Rouen, une jeune femme servait d’appât pour attirer des hommes ensuite passés à tabac

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Les faits sont d’une extrême gravité et leurs auteurs d’une extrême jeunesse. À trois reprises au cours de l’été 2024, un groupe de jeunes a agressé et volé trois hommes dans la forêt des Essarts, à Grand-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime). Le mode opératoire était le même à chaque fois : une jeune femme servait d’appât pour attirer les victimes.

Une route forestière lieu de rencontres sexuelles

Ces dernières étaient ensuite frappées, puis leur voiture volée. Certains agresseurs étaient mineurs au moment des faits, ils ont donc été jugés par le tribunal pour enfants. Trois autres étaient tout juste majeur à l’époque (aucun n’avait plus de 18 ans), deux femmes et un homme : Jessica, Audrey et Mickaël*. Ils ont été entendus par le tribunal de Rouen mardi 28 avril 2026, devant répondre des faits de vol avec violences et en réunion

Les faits se sont déroulés sur chemin de l’Étoile, un axe connu pour être un lieu de rencontres sexuelles en pleine forêt. Le scénario était peu ou prou le même. La petite bande arrivait en voiture, c’est Audrey qui conduisait. Arrivé sur place, le groupe se dispersait. Audrey était alors laissée seule sur le chemin. Elle devait attendre qu’un homme vienne l’aborder, engager la discussion, faire un bout de chemin avec lui, puis prévenir ses complices postés non loin.

Le groupe tombait alors sur la victime, la rouait de coups et lui dérobait la clé de sa voiture, pour repartir ensuite avec. Dans l’un des cas tout ne s’est pas passé comme prévu, ils se sont embourbés dans un chemin avec la voiture et l’ont donc incendiée. L’une des agressions a été particulièrement violente : la victime a reçu de nombreux coups, notamment à la tête et à une hanche, qui lui ont valu une ITT (incapacité temporaire totale) de 45 jours et de nombreux mois d’hospitalisation pour retrouver une pleine santé.

Devant le tribunal, Jessica, qui fait figure de meneuse dans le déroulement des faits, comparait libre, après avoir déjà effectué plusieurs mois de détention provisoire. Elle tente d’expliquer : « Je sais que j’ai fait ces vols, aujourd’hui je regrette le mal fait aux victimes. » Le président lui rappelle alors la gravité des actes commis : « Une des victimes n’est pas passée loin d’y rester, ou d’avoir de graves infirmités. Qu’est-ce qui vous est passé par la tête ? »

Des agresseurs qui inhalaient du gaz hilarant

« On était un groupe, tous ensemble, répond alors la jeune femme. Audrey avait eu accident de voiture, elle avait des dettes. On lui a proposé ce plan pour l’aider à rembourser. On voulait voler des voitures pour les revendre. J’ai pas pris conscience des faits, ça aurait pu être beaucoup grave, une personne aurait pu mourir, aujourd’hui je me sens mal d’avoir fait ça. On est tombé dans un engrenage. »

Normalement il ne devait pas y avoir de violences, c’était pas prévu, on devait juste effrayer les victimes.

Jessica

Sauf qu’à chaque fois il y a bien eu un déferlement de violence. Des violences, Audrey, qui reconnait son rôle de conductrice et d’appât, n’en n’a pas commises, mais elle en a été témoin. Aujourd’hui elle prend ses distances avec le reste du groupe, à commencer par Jessica, la meneuse.

« Ils étaient sous ballon quand ils portaient les coups (Ndlr ils avaient inhalé du protoxyde d’azote, un gaz hilarant), raconte-t-elle. Aux victimes, je veux dire que je regrette énormément, je suis prête à payer ce qu’il faut pour eux. J’ai été soulagée quand j’ai été placée en garde à vue. »

On était très proches à un moment donné, mais Jessica a changé de comportement quand elle a commencé à prendre des ballons tous les soirs. Elle est devenue impulsive, il fallait faire ce qu’elle veut.

Audrey

Mickaël, quant à lui, placé en détention provisoire dans le cadre d’autres méfaits, comparaissait dans le box des accusés. C’est lui qui a porté les coups les plus violents. Mais il est resté totalement mutique pendant tout le procès.

Dans ses réquisitions, le procureur de la République estime : « Ils ont été arrêtés avant mais ils étaient susceptibles de commettre un quatrième fait. Dans cette affaire il y a un mode opératoire, un effet de groupe, et dans un groupe il y a toujours des éléments moteurs et des éléments suiveurs. On voit également que l’un d’entre eux (Ndlr Mickaël) n’a participé qu’à une des agressions mais a porté les coups les plus graves. »

Lors de sa plaidoirie, l’avocate de Mickaël explique : « C’est un jeune majeur, mais dans sa tête, c’est encore un enfant. Il a des fragilités connues de la justice, il a une pathologie, une déficience intellectuelle, et donc une difficulté à comprendre la sanction pénale et les conséquences de son comportement. »

De côté de la défense, l’avocate d’Audrey souligne : « Quand elle a été interpellée elle a immédiatement reconnu sa participation, d’avoir servie d’appât pour les trois victimes. Elle a eu un rôle qui a son importance, mais elle a considérablement coopéré. »

« Il y a eu ce choc de la détention »

Puis, du côté de la défense de Jessica, son avocate explique : « Elle a eu un mot pour les victimes, les faits sont reconnus, leur gravité est établie. Puis il y a eu ce choc de la détention. Ce choc a été nécessaire, elle (Ndlr Jessica) s’est inscrite dans un processus, de se retrouver face à elle-même. Elle était effondrée d’avoir fait subir ça a sa famille, ça a été un déclic et une marque de prise de conscience. »

Au final, le tribunal a condamné Jessica à une peine de 4 ans de prison dont 3 avec sursis (probatoire pendant deux ans, impliquant une obligation de travail et de soins, une interdiction d’entrer en contact avec les autres prévenus), Audrey à 2 ans de sursis simple, et Mickaël à 2 ans dont un avec sursis (probatoire pendant deux ans, impliquant une obligation de travail et de soins, une interdiction d’entrer en contact avec les autres prévenus). 

*Les prénoms ont été modifiés

Cette peine est susceptible d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.

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