Découverte exceptionnelle d’œufs de dinosaures à Mèze : comment ce gisement incroyable a été mis au jour ?

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Une centaine d’œufs de dinosaures fossilisés, découverte à Mèze, révèle un site unique au monde. Le fruit des recherches d’Alain Cabot, paléontologue et géologue de formation.

C’était il y a bientôt 30 ans. Alain Cabot a fait la découverte de sa vie. « Par hasard », raconte-t-il modestement. Sur les hauteurs de Mèze, à l’abri d’une petite forêt, il est tombé sur un gisement fossilifère d’ampleur. Et ne l’a plus jamais quitté.

Chaque jour ou presque, Alain Cabot, paléontologue et géologue de formation, ausculte la terre avec son petit couteau à huîtres. « Ça fait quarante ans qu’il travaille », à la recherche de trésors datant de – 80 millions à – 66 millions d’années, sur ce terrain devenu aujourd’hui un véritable musée de site dédié aux dinosaures. C’est en 1997 qu’Alain Cabot, le conservateur, tombe sur son premier vestige de végétosaure (et non herbivore, l’herbe n’existait pas) à cet endroit. Il s’agissait déjà une coquille d’œuf de ces spécimens géants qui vivaient sur place.

À l’époque, au Crétacé supérieur, « l’Europe était un archipel d’îles dont la plus grande était l’île franco-ibérique qui était située à 6 000 km plus bas, donc entre le Tchad et la République centrafricaine », nous enseigne Alain Cabot. « Il faut imaginer que des fleuves circulaient sur cette île. Les dinosaures venaient pondre sur les berges en général six à 12 œufs », poursuit le scientifique. Alain Cabot a identifié six espèces de dinosaures qui vivaient ici il y a – 72 millions d’années sur la zone, essentiellement des végétosaures.

Une centaine d’œufs

En octobre dernier, lors d’une nouvelle prospection, Alain Cabot et son équipe ont fait une découverte majeure. Mettant au jour un gisement d’œufs de dinosaures parmi « les plus importants au monde ». Il s’agit d’une concentration d’une centaine d’œufs, peut-être plus, éclos ou non éclos, sur 80 m2, appartenant à trois espèces différentes : le Titanosaure et le Rabdodon, deux végétosaures, mais aussi le Prismatoolithus Caboti (un carnivore dont des os et un œuf ont été découverts pour la première fois à Mèze). « On avait déjà sorti des œufs sur le site, mais il y a en cinq ou six d’habitude, là c’est exceptionnel », note Alain Cabot, tant du point de vue du nombre de sphères que de leur état de conservation dans l’argile.

« Les dinosaures qui pesaient 20 tonnes ne pouvaient pas couver, explique le paléontologue. Alors, ils faisaient comme les crocodiles aujourd’hui, ils recouvraient les œufs de végétaux et de sable, pour former un monticule d’incubation. De l’humus se formait sous l’effet du climat subtropical, voilà une couveuse naturelle. » Les sphères, aux coquilles fragmentées, semblent alignées suivant un chemin dans l’argile. Certains œufs ont été comprimés sous le poids des mouvements du sous-sol à travers les âges.

Pas d’embryon fossilisé

Les sphères étant de consistance très friable, Alain Cabot est parvenu à en consolider une grâce à de l’eau saturée en colle à bois. Paradoxalement, les œufs sont de petites tailles comparés à celle des adultes. Une façon en réalité de permettre à la progéniture d’être plus résistante. À l’intérieur des fossiles, pas d’embryons comme d’autres équipes ont pu en mettre au jour en Amérique latine ou en Europe, comme au Portugal. « Ce serait mon rêve d’en trouver un. »

Dans l’univers de la paléontologie, la découverte révélée cette semaine fera date. « D’autres gisements d’œufs des mêmes espèces et de cette importance ont été trouvés ailleurs dans le monde, comme en Argentine par exemple sur le site Auca Mahuvo, mais ici nous mettons un point d’honneur à protéger le site et à faire en sorte qu’il soit à terme visible par le public du parc. Ce sera le seul endroit au monde où le public pourra voir de vrais œufs de dinosaures in situ. »

La première phase de fouilles qui s’est terminée en début de semaine, laissera bientôt place à d’autres investigations dans les mois à venir pour permettre de déterminer l’étendue de ce gisement paléontologique d’exception. Et de mieux comprendre l’évolution de ces espèces disparues.

Le site de Mèze, un gisement fossilifère de 50 km2, découvert en 1997

En 1997, Alain Cabot travaillait déjà dans un musée associatif mais dans l’Aude. "En tant que paléontologue, je faisais de la protection dans toute la zone depuis Toulouse jusqu’à la frontière italienne pour trouver des os de dinosaures", raconte avec passion Alain Cabot. "Je roulais sur la RN 113, je savais qu’ici je pouvais trouver des vestiges de dinosaures. Je me suis avancé à travers le chemin dans la forêt et j’ai vu de la terre jaune ocre. C’est une très bonne couleur, un bon indice lorsque l’on cherche ce genre de vestiges".
Le terrain appartenait à l’époque à des viticulteurs. Alain Cabot a commencé à sonder la terre avec son petit couteau à huîtres. "Il faut trouver le point de fouille. Je suis d’abord tombé sur une coquille, puis des milliers". Pendant un an et demi, le paléontologue étudie et circonscrit le gisement fossilifère qui potentiellement s’étend sur 50 km2. Alain Cabot décide très rapidement de faire du lieu un musée.

Les os de Titanosaure, le plus gros dinosaure de la région, n’ont pas tardé à faire surface. Un humérus appartenant à l’un d’eux est précieusement conservé dans les réserves. Il identifie aussi, avec l’aide du laboratoire de paléontologie de l’Université de Montpellier II des os de Rabdodon à bec corné, mesurant de 5 à 6 m de long. De même qu’un Struthiosaurus Languedocensis (reptile autruche du Languedoc-qui remonte à 86 millions d’années) mesurant de 4 mètres de long. Mais sa petite fierté, c’est la découverte d’un œuf oblong, donc pondu par un dinosaure carnivore, jusque-là inconnu. Qui porte son nom : Prismatoolithus Caboti.

À Mèze a été découvert pour la première fois au monde, le plus petit œuf de dinosaure carnivore, il a été baptisé d’après Alain Cabot, Prismatoolithus caboti. Midi Libre – Hélène Amiraux

Le mystère du plus petit œuf de dinosaure carnivore

Lors de ses recherches, Alain Cabot a découvert un petit œuf oblong (ovale étiré, parmi les plus petits du monde) dont l’étude a permis de déterminer qu’il avait été pondu par un petit dinosaure carnivore de la famille des Troodontidae, mais jusque-là non identifié. Il a été baptisé en son nom Prismatoolithus caboti.

Les mamelons à la surface de la coquille spécifique à chaque espèce. DR

Comment identifie-t-on les espèces de dinosaures ?

Pour identifier les dinosaures, impossible d’utiliser l’ADN qui disparaît dans les os fossilisés. Les scientifiques étudient les formes des mamelons en surface de la coquille qui varient selon les espèces ainsi que les cristaux qui apparaissent au microscope à balayage électronique.

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