L’espèce est présente dans les élevages conchylicoles de l’étang de Thau. Elle fait l’objet d’un projet de sauvegarde porté par le Syndicat mixte du bassin de Thau.
Dans la lagune de Thau, un projet inédit redonne espoir à une espèce emblématique de la Méditerranée, aujourd’hui au bord de l’extinction. Baptisée “Recrue”, cette initiative portée par le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT) vise à organiser la collecte et la conservation de jeunes grandes nacres (Pinna nobilis), découvertes de manière inattendue dans les élevages conchylicoles.
À l’origine, la découverte fortuite d’un conchyliculteur
Tout est parti de l’observation attentive d’un conchyliculteur de Loupian. « Sur ses installations dédiées à l’élevage d’huîtres, il repère de minuscules spécimens de grandes nacres, fixés sur des filets et lanternes », explique le SMBT. Une présence rare et précieuse, qui alerte rapidement les acteurs du territoire. Face à cette découverte, le SMBT décide de structurer une réponse collective pour préserver ces jeunes individus, appelés « recrues ».
Le chiffre : 100 000
La grande nacre est le plus grand bivalve de Méditerranée. Espèce endémique, elle est aujourd’hui strictement protégée et classée en danger critique d’extinction. Depuis 2016, un parasite provoque un effondrement des populations. Seules quelques lagunes et zones côtières abritent encore des spécimens. Dans ce contexte, la lagune de Thau joue un rôle majeur. La population de grandes nacres y est estimée à plus de 100 000 individus.
L’espoir d’une réintroduction
Le projet “Recrue” repose sur une collaboration étroite entre professionnels du Comité régional de la conchyliculture de Méditerranée (CRCM), scientifiques et institutions locales. Concrètement, les nacres collectées pourront être conservées sous des installations pédagogiques au lycée de la mer Paul-Bousquet, transférées en bassins expérimentaux ou intégrées à des programmes de recherche. À terme, « elles pourraient également servir à des opérations de réintroduction », si les conditions environnementales le permettent.
L’objectif est double : améliorer les connaissances scientifiques sur cette espèce protégée et contribuer activement à sa sauvegarde. Car la grande nacre, plus grand mollusque bivalve de Méditerranée, a été décimée ces dernières années par un parasite dévastateur, entraînant un effondrement dramatique de ses populations.
Le coquillage endémique à découvrir dans une série
Une mini-série “Grande Nacre – Le dernier refuge” a vu le jour il y a un mois sur Youtube, à travers la chaîne de France Nature Environnement Occitanie Méditerranée (FNE OcMed), fédération d’associations de protection de la nature et de l’environnement.
L’étang de Thau comme dernier sanctuaire
À travers le regard d’experts et l’appui de l’Institut océanographique Paul-Ricard, on y découvre comment, en l’espace de quelques années, l’aire de répartition de la grande nacre est passée de toute la Méditerranée à seulement quelques lagunes, jusqu’à aboutir au classement de l’espèce en danger critique d’extinction.
Mathieu Foulquié, ingénieur écologue et doctorant, raconte également pourquoi l’étang de Thau est aujourd’hui considéré comme le dernier sanctuaire pour cet animal unique.
Une vingtaine de spécimens vers l’île des Embiez
Une nouvelle étape a été franchie le 19 mars dernier. Pour la première fois, une vingtaine de spécimens issus de la lagune de Thau ont été transférés vers l’île des Embiez, dans le Var. Cette opération, menée par une équipe de chercheurs de l’Institut océanographique Paul-Ricard (situé sur l’île varoise), marque un tournant : « ces nacres vont désormais servir à tester leur résistance et à expérimenter des protocoles de transplantation ».
Au-delà de la prouesse scientifique, “Recrue” illustre la capacité du territoire à se mobiliser face à l’urgence écologique. En transformant une découverte fortuite en programme structuré, la lagune de Thau s’impose aujourd’hui comme un laboratoire à ciel ouvert pour la sauvegarde d’une espèce symbole de la biodiversité méditerranéenne.








