Elles ne font pas valoir leurs droits

admin
Par
admin
6 min de lecture

Sera-t-elle présente pour raconter ce qu’elle a vécu ? Ce mercredi 15 avril 2026, deux hommes sont jugés devant la cour criminelle de Paris. L’un pour viol, l’autre pour complicité. La victime : Laetitia*. Cette jeune femme sans-abri affirme avoir été agressée quelques mois après s’être retrouvée à la rue.

Une relation sexuelle imposée

L’affaire remonte au 19 juillet 2023. À la frontière entre Paris et Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), deux hommes sont aux abords du centre commercial du Millénaire lorsqu’une femme s’approche d’eux. Elle est en larmes et présente des traces de coups au niveau du visage. Elle relate avoir été violée par deux homme un peu plus loin, sur une colline dans la forêt linéaire, espace vert qui longe le périphérique. La victime désigne l’un des agresseurs présumés qui semble prendre la fuite vers le tramway.

L’individu est interpellé sur le champ par des policiers présents à proximité. Il se prénomme Amadou D.. À partir de là, deux versions se confrontent. La première, celle de Laetitia. Alors qu’elle se baladait sur les quais, l’homme du tramway lui aurait proposé de l’argent contre un rapport sexuel. La jeune femme, à la rue depuis peu après une incarcération et consommatrice d’alcool et de crack, refuse. Dans un état de détresse, la victime raconte aux enquêteurs avoir été attirée dans la forêt linéaire par l’individu.

Là, un autre homme aurait surgi, lui demandant avec insistance une relation. « Laisse-toi faire, il y en a pour cinq minutes », lui lance-t-il. Frappée et maîtrisée par les deux hommes, Laetitia affirme avoir été violée par le second individu. Après être parvenue à s’enfuir, elle tombe sur la passerelle où elle rencontre les deux hommes qui vont la prendre en charge et prévenir la police.

Les deux accusés démentent

De son côté, Amadou D. livre une tout autre version. L’homme de 40 ans explique d’abord être intervenu pour aider la victime alors qu’elle se faisait frapper. Mais lors de l’interrogatoire suivant, il raconte tout autre chose. Lors de sa pause de travail, il s’est rendu dans le parc. Il a alors vu la victime et lui a demandé du feu. Cette dernière, alcoolisée, était avec un autre homme. Après cette rencontre, Amadou D. aurait couru vers le tramway simplement pour ne pas arriver en retard à son travail.

En parallèle, les enquêteurs effectuent des analyses ADN sur les vêtements de la victime présentant des tâches de sperme. Un homme est identifié : il s’agit de Ladji S.. Cet homme de 36 ans est déjà connu des services de police pour des faits de trafic de drogue. Interpellé le 25 septembre 2024, il est aussi dans la dénégation. Il déclare avoir fréquemment des relations sexuelles avec des toxicomanes contre des galettes de crack. C’est dans ce contexte qu’il aurait proposé une relation à la victime. Il reconnaît lui avoir porté « une petite tape » car elle ne voulait pas lui faire une fellation. Concernant Amadou D., il indique ne pas le connaître.

Les investigations continuent, et finalement, les deux hommes sont renvoyés devant la cour criminelle. Une gageure dans ce type de dossier, où les victimes précaires se manifestent peu. « Le parquet voulait correctionnaliser l’affaire, car ma cliente ne s’était pas manifestée. Finalement, le juge d’instruction a voulu que les deux mis en cause soient jugés devant une juridiction criminelle », relate l’avocat de la plaignante, Me Ambroise Vienet-Legué.

Une parole difficile à porter devant la justice

Car plus généralement, il est très difficile pour les femmes sans-abri de se faire entendre comme victimes judiciaires. « Généralement, elles ne font pas valoir leurs droits. Elles refusent souvent d’aller à la police, car les faits se passent souvent la nuit alors qu’elles peuvent être dans un état second. Là, les faits se sont passés en plein jour et elle a pu être prise en charge par deux personnes au moment des faits », relate l’avocat. Malheureusement, la parole des victimes SDF est plus difficile à crédibiliser, comme l’explique le pénaliste : « On va leur dire qu’elles se prostituaenit pour du crack. Ce sont souvent des viols revus à la baisse ».

De surcroît, l’absence d’adresse ne favorise pas la transmission d’informations : « Lors de l’enquête, elle avait donné un faux nom. C’est finalement après avoir été réincarcérée qu’elle s’est confiée à son conseille pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) sur le viol qu’elle a subi. Elle a pu être identifiée, mais le juge d’instruction n’est pas parvenu à la recontacter. C’est finalement au moment de l’audience qu’elle a pu recevoir la convocation », détaille son avocat, qui espère qu’elle pourra se présenter au palais de justice pour témoigner.

Le verdict de l’audience est attendu le 17 avril 2026.

*Le prénom a été modifié

XX XX XX/a>.

Source link

Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

parcontre.fr