Des fossiles d’huîtres du Miocène, datés d’il y a quinze millions d’années, jonchent des champs et des carrières autour de Montpellier. Leur particularité : les huîtres y atteignent des tailles remarquables, pouvant atteindre 40 cm. Le paléontologue Sylvain Adnet explique le phénomène.
« Ces huîtres, on en trouve un peu partout dans les champs… » Le rendez-vous était pris à Montbazin, ce sera finalement Montarnaud, ça aurait aussi pu être Pignan. Le 9 mars dernier, champs et routes de la périphérie de Montpellier recrachent les pluies diluviennes des derniers jours, et à Montbazin, entre les collines de la Moure et l’étang de Thau, les fossiles d’huîtres géantes, vestiges du lointain Miocène, il y a 15 à 20 millions d’années, sont littéralement « sous l’eau » ou inaccessibles.
Les huîtres géantes, mollusques bien vivants, ont fait l’actualité du début d’année lorsque des spécimens ont été récoltés sur la plage de la Tamarissière, à Agde, au milieu d’un stock de pneus échoués sur la plage après les tempêtes de janvier. « Des Magallana », supposait alors Renaud Dupuy, directeur du milieu marin à la mairie d’Agde, qui en dressait un bref portrait : « Ce sont des huîtres introduites du Pacifique par les navires portugais aux 16e et 17e siècles, elles peuvent vivre jusqu’à 80 m de fond, et produire des perles ».
La mer de Sète à Montpellier
Et ce 9 mars, dans les vignes, les carrières, accrochées à des parois, entassées en couches dans les talus de terrains situés en périphérie de Montpellier, prisonnières du calcaire ou émergées de sols argileux, revoilà les Magallana. Magallana gryphoïdes cette fois, « il y a des chances qu’elles soient de la même famille », annonce le paléontologue Sylvain Adnet, chercheur à l’Isem (Institut des sciences de l’évolution) de l’université de Montpellier. « De grosses huîtres qui peuvent atteindre 30 à 40 cm », annonce le scientifique, qui en conserve une avec une taille record de 50 cm. Et aussi des dents de requins et de raies, des escargots de mer également fossiles.

« Il faut imaginer la mer qui arrive de Sète, et qui va jusqu’à Montpellier », explique Sylvain Adnet depuis les vignes de Montarnaud, avec un geste qui embrasse l’horizon. Ici, « à l’époque du Miocène, on était au milieu d’une mer chaude calme et peu profonde, entourée d’îlots, le site était propice à la croissance des huîtres, à une cinquantaine de mètres sous l’eau. Comme elles n’étaient pas récoltées, elles grossissaient chaque année », une huître peut vivre « 30 à 40 ans », rappelle le chercheur. La mer s’est retirée « il y a neuf millions d’années », puis est revenue, « il y a deux ou trois millions d’années », mais n’a pas avancé aussi loin dans les terres.


Les fossiles qu’on trouve sur le pourtour méditerranéen, « du bassin de Thau à la Côte d’Azur » en France, et « jusqu’en Grèce », livrent aujourd’hui de précieuses informations aux chercheurs. Les huîtres n’étaient pas la seule espèce XXL. « Ici, il y avait du mégalodon », une espèce éteinte de grands requins, rappelle Sylvain Adnet, spécialiste de l’espèce. Et des carcharias, « les grands requins blancs qui peuvent atteindre 5 mètres de long ». Une faune était en phase avec le climat tropical de l’époque.
Des modèles « prédictifs du changement climatique »
« L’étude des fossiles d’huîtres permet de reconstituer le climat, en travaillant sur les isotopes des différentes couches qui constituent la coquille. On a eu plusieurs épisodes de changements climatiques par le passé. Les informations recueillies nous permettent aujourd’hui de faire des prédictions », indique Sylvain Adnet, qui rappelle qu’il y a cinquante millions d’années, « nous étions ici sous un climat tropical ». À l’avenir on ne peut pas exclure le retour d’espèces exotiques, « présentes en Australie ou aux États-Unis ». « Ce qui s’est passé nous sert de base aux modèles prédictifs du changement climatique ».
On pourrait notamment « avoir de plus grosses huîtres en Méditerranée ». Sachant que les Magallana gryphoïdes ont une descendance, consommée en France : « Les cousines actuelles sont les Magallana gigas, plus connues sous le nom d’huîtres creuses du Pacifique. »








