Exposé au musée Paul-Valéry, l’art du peintre sétois André Cervera a des tas de choses magnifiques à nous dire !

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Le musée Paul-Valéry à Sète, jusqu’au 7 juin, offre ses cimaises au peintre sétois André Cervera. Un accrochage débordant de couleurs, matières, références, souvenirs, sortilèges… Mieux : un formidable raffut pictural !

Face à une œuvre d’art, une peinture, une musique, un spectacle, on a coutume de dire, ou l’on devrait l’avoir, qu’elle nous parle ou qu’elle ne nous parle pas. L’œuvre d’André Cervera ne parle pas, elle discute. Mais pas le petit brin de causette, hein. Non, elle a la tchatche, la spontanée, l’érudite, la drolatique et la sensible à la fois, celle qui semble partir dans tous les sens mais qu’à bien écouter, on découvre cohérente dans sa liberté, merveilleuse dans sa générosité. Quand une toile d’André Cervera est partie, et certaines sont même un peu barrées, on se tait, et on se régale. Dans “Carambolages”, la nouvelle exposition du musée Paul-Valery, à Sète (la troisième de l’artiste dans cette institution après celle partagée avec l’artiste indienne Swarna Chitrakar en 2018 et une première en solo en 2005), André Cervera montre 37 pièces, dont beaucoup de très grands formats. Aussi, convient-il pour la visite de prévoir un peu de temps : elles ont des choses à dire, beaucoup !

Lancée il y a plus de deux ans par Stéphane Tarroux, l’ancien directeur du musée Paul-Valéry, à qui l’on doit la chouette idée du terme « carambolage » pour désigner l’esthétique particulière à André Cervera, cette invitation a offert à l’artiste, pour citer la nouvelle directrice de l’institution Camille Bertrand-Hardy, de « poser un regard rétrospectif sur [ses] décennies de travail, tout en amorçant de nouvelles pistes pour celui-ci »« C’est une sorte d’autoportrait en trois parties, un voyage à travers la mémoire, explique André Cervera. Le carambolage, c’est la collision de cultures lointaines, d’histoires, de techniques, de matériaux, pour dans le choc, produire un nouveau récit. »

Un autoportrait chapitré

Dans une première partie intitulée « Fictions de Sète”, André Cervera a travaillé la mémoire des lieux de son enfance et de sa jeunesse, entre les années 60 et 80. Le canal, le quai, la pêche, le bistrot, la salle de jeu, la maison des jeunes, l’école de joutes… l’artiste se souvient, mélangeant faits et réminiscences, concret et imaginaire. Parmi les nombreuses toiles qui assurément, parleront beaucoup aux Sétois (mais pas qu’à eux : elles sont ouvertes !), une se rapporte, par exemple, à la “rue des fous” dans le quartier du port où il a grandi : c’était là que les marins venaient chercher du réconfort dans les bras des entraîneuses, et lui faisait partie des gamins qui se cachaient dans les coins pour zieuter ces joies interlopes.

« Pour reprendre une expression de son frère, le poète de la Figuration libre Michel Zoom, André Cervera est le “peintre du quotidien extraordinaire” », commente Camille Bertrand-Hardy. Il s’explique : « Ce qui m’intéresse, c’est de capter le moment où le quotidien dérape, le pas de côté, c’est affaire d’angle de vue sur une situation particulière et de transformation dans la mémoire… Mais il n’y a pas de nostalgie dans mon travail, c’est une célébration de la vie. »

De fait, elle déborde, la vie, de ses œuvres, elle bat dans le refus des échelles picturales et des hiérarchies artistiques, dans la confusion des genres et la profusion des gestes… « C’est ce que j’appelle la créolisation. C’est ça qui m’intéresse : comment à partir de cultures, d’histoires différentes, par un point de vue, on atteint à l’universalité du regard ».

Des voyages nombreux et fructueux

Intitulé “Territoires de l’imaginaire”, le deuxième chapitre de l’exposition évoque l’influence des voyages, imaginés ou vécus, dans le travail d’André Cervera. Le Sénégal en 1994, le Mali en 2001 et 2002, l’Inde entre 2003 et 2016, la Chine depuis 2006… l’artiste que la naissance dans un port aura forcément inspiré, a beaucoup voyagé et cela a nourri son œuvre dans le fond et la forme (bien que, toujours avec lui, leur pluriel serait plus judicieux). Train de nuit indien, théâtre de guignol chinois, marché dogon, tutuk, danseur mossi…

« Je suis une éponge, j’absorbe tout. Parfois ça ressort instantanément, parfois ça demande des années, confie l’artiste. Ce qui m’intéresse dans les voyages, c’est aller voir d’autres manières d’interpréter le monde, d’autres imaginaires, d’autres cultures, d’autres couleurs, d’autres matières… J’ai collecté des tas de choses et aujourd’hui ce qui m’intéresse, c’est de percuter ses visions et de les mélanger. »

Toutes produites entre 2024 et 2025, ses toiles témoignent aussi de ces dernières évolutions techniques : l’introduction du tissu (souvent chamarré, parfois plissé) dans la matière de la peinture qui dès lors se donne des allures de sculpture et l’emploi de la bombe aérosol qui, floutant la figuration, génère une dissonance troublante dans le tableau, lui ajoute de la présence fantomatique.

On le constate encore dans le troisième et dernier chapitre, magistral, “Peintures d’histoires”, dans lequel il réinterprète ou évoque des chefs-d’œuvre. Géricault et son radeau médusant, Goya et son sabbat de sorcières, Brueghel et son triomphe mortel… si ça vous dit quelque chose, c’est normal, mais écoutez le reste : c’est du André Cervera, c’est un raffut pictural du tonnerre de Sète !

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