Le mercredi 4 mars 2026, dans son appartement de Toulouse, Émeline B. reçoit le message d’un contact enregistré sous le nom « Mon Chat ». Pour Abdelkader T., 28 ans, c’en est trop : il est convaincu que sa compagne le trompe. Sorti de dix mois de détention quelques semaines plus tôt, le mardi 10 février 2026, et placé en liberté conditionnelle, il passe alors à l’acte. Il s’empare du téléphone d’Émeline B. et le détruit. Une tablette et le téléviseur suivent. Puis, il frappe sa compagne, la gifle, lui assène des coups de poing à l’épaule et des coups de pied dans les jambes. Retour sur ce procès.
« Les enfants sont là »
Alors qu’Émeline B. continue de se faire frapper et qu’elle se recroqueville, elle lui demande d’arrêter, lui rappelant que « les enfants sont présents ». Mais Abdelkader T. ne s’arrête pas.
L’examen médico-légal retrouvera des ecchymoses sur les cuisses, les tibias et autour du cou. Une journée d’ITT est prescrite.
Un couteau et une fuite ratée
Dans sa colère, Abdelkader T., se rend ensuite dans la cuisine, revient avec un couteau qu’il brandit au-dessus de sa compagne. « Je fais quoi maintenant ? », lui dit-il, avant d’aller le ranger. Devant le tribunal, il conteste : « Le couteau était dans la cuisine, je ne l’ai pas menacé avec, je l’ai posé dès que je l’ai pris, j’étais en train de faire à manger. » Il reconnaît toutefois la gifle et admet avoir poussé Émeline B., dans l’après-midi « parce qu’elle ne me laissait pas sortir ». Pour le reste – les coups, la tablette, le téléviseur – il nie.
Le lendemain, jeudi 5 mars 2026, Émeline B., trouve un prétexte pour se réfugier chez sa mère, à Muret. En arrivant, il est déjà là. « Vous ne l’avez pas suivie, vous l’avez même précédée », déclare le président de l’audience.
Une nouvelle dispute chez la mère de la victime
La dispute reprend devant la famille. Lucas M., le frère d’Émeline B. âgé de 14 ans, tente de s’interposer. Abdelkader T. l’insulte et lui dit « ferme ta gueule » en arabe, avant de lui asséner un coup de casque de scooter. L’accusé nie en bloc.
Il pousse ensuite sa compagne contre la boîte aux lettres – ce fait, il l’assume. Puis, il repart. Sa fille Nessrine, deux ans, est posée sur le repose-pied du scooter, sans casque ni aucune protection – selon les témoins présents et les gendarmes appelés sur place. Lui, assure que le scooter était à l’arrêt. « Décidément, vous contestez tout », lui dit le président. Abdelkader T. conduit par ailleurs sans brevet de sécurité routière.
« Du tyrannisme conjugal décomplexé »
À l’audience, Émeline B., est présente mais ne se constitue pas partie civile. Elle se lève, les épaules refermées sur elle-même, et précise d’une voix triste : « Le procès ce n’est pas pour moi, c’est pour les enfants ». L’avocate des parties civiles y voit « le discours typique de la victime de violences conjugales : minimiser les faits ».
Elle décrit un homme que « rien n’arrête : témoins, fuite chez la mère, mineur qui essaye de les séparer ». Et d’ajouter : « J’ai envie de vous dire, c’est du tyrannisme conjugal décomplexé ».
« A-t-on encore le droit de vivre Monsieur ? »
La procureure dresse le portrait d’un homme qui « traque, espionne et terrorise » sa compagne depuis sa sortie de prison. Elle requiert deux ans d’emprisonnement, dont un an avec sursis probatoire, assortis d’interdictions de contact et de diverses obligations.
L’avocat de la défense, Me Msika Fouad, conteste l’ensemble des qualifications : « Tout le monde arrive avec sa sauce et nous la sert. On nous raconte des histoires à partir de rien. » Il concède néanmoins : « Il y a dispute, d’accord. Il se comporte mal, c’est vrai. Il y a un procès, c’est normal ».
Il finit par rappeler les faits en les minimisant : « Ce n’est que ça. On va faire quoi pour les autres affaires ? Tout envoyer en assises ? » Il finit son plaidoyer en s’adressant directement au président de l’audience : « A-t-on encore le droit de vivre Monsieur ? » Le prévenu conclut : « Je suis désolé, je regrette tout ça. »
Un an ferme et 3 000 euros
Le tribunal l’a déclaré coupable de l’intégralité des faits. Abdelkader T. est condamné à un an d’emprisonnement sans aménagement possible, 150 euros d’amende et l’interdiction d’approcher le domicile d’Émeline B. et de sa mère. Il lui est également interdit de contacter sa femme et Lucas M. pendant deux ans.
Sur le volet civil, 1 000 euros de dommages et intérêts sont accordés à chacun des trois enfants – Lucas, Nessrine et Marina, 5 ans, qui ont assisté aux violences.
Dans ses derniers mots lors de l’audition par les gendarmes, Émeline B. avait dit : « Je ne veux pas qu’il me tue en sortant de prison ».
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