Une rivalité sur fond d’injections illégales de botox avait dégénéré en février à Montpellier. Un homme n’ayant rien à voir avec cette querelle avait été roué de coups et délesté de ses économies.
Arrondir ses fins de mois en effectuant des injections illégales de botox. C’était le projet d’une Nordiste âgée de 32 ans, récemment installée à Montpellier avec ses deux enfants âgés de 10 et 3 ans, qui vivait du RSA.
Chaneze rencontrait ses clients via les réseaux sociaux, où sévissent comme elle de plus en plus de personnes pratiquant sans titre médical. À Montpellier, cette concurrence a dégénéré en campagne de harcèlement entre Chaneze et un rival agissant sous pseudo sur internet, qu’elle soupçonnait de vouloir la dénoncer.
S’étant mise en tête de le démasquer, Chaneze a fait appel à un hacker (personne qui pirate un système informatique) qui lui a donné le nom de celui qu’elle croyait être son harceleur.
Ce qu’elle ignorait, c’est que cet homme n’était que l’ancien compagnon de la femme pratiquant des injections illégales de botox, avec laquelle elle était en conflit.
Bien que n’ayant rien à voir avec cette querelle, il s’est retrouvé menacé au téléphone par un homme, dès décembre 2025, ce qui l’a poussé à signaler les faits auprès de la police.
« Je voulais lui mettre un coup de pression »
Le 15 février dernier, des inconnus ont frappé à sa porte et visité sa cave, où une télévision et des pneus ont été volés. Les faits ont culminé avec un épisode violent, le lendemain matin, au Mas Drevon. « Je voulais lui mettre un coup de pression et lui prendre son téléphone », a reconnu Chaneze lors du procès, au tribunal correctionnel de Montpellier.
C’est la victime qui raconte la suite : « je me suis rendu compte que mes quatre pneus étaient crevés. Je suis allé jusqu’à la station-service. Il y avait deux hommes et une femme qui m’ont demandé mon téléphone. L’un d’entre eux m’a saisi par-derrière et m’a fait une clé de bras. Je me suis retrouvé au sol où j’ai reçu des coups de poing et de pied ».
Selon lui, Chaneze, qui l’a filmé alors qu’il était au sol, a même lancé à son complice : « Farid, plante-le ». Aucun couteau n’a heureusement été sorti, et le trio est reparti avec la sacoche. À l’intérieur, il n’y avait pas le portable de la victime, mais un butin totalement inattendu.
« J’avais 11 000 € en liquide que je retirais depuis onze mois. C’était pour mes parents qui allaient faire des travaux en Algérie. Une partie devait aussi permettre de financer l’opération d’une petite fille sourde. »
« La préméditation était là »
L’argent n’a jamais été retrouvé. Selon Chaneze, c’est Farid, l’ancien champion de lutte qu’elle avait recruté pour intimider la victime et crever les pneus de sa voiture, qui l’a gardé.
« C’est elle qui est repartie avec la sacoche, a au contraire déclaré le prévenu, lors du procès. Je ne savais même pas qu’il y avait de l’argent. Quand un ami me l’a dit, j’ai appelé Chaneze pour lui demander de le rendre. »
Après avoir été passée à tabac, ce qui lui a valu deux jours d’ITT, la victime était parvenue à filmer la voiture de ses agresseurs. Dès le lendemain, Farid a été interpellé, suivi de Chaneze qui s’était retranchée chez elle, avenue du Père Soulas.
« Ça me fait de la peine de les voir comme ça, a témoigné la victime au procès. Je n’ai rien à voir avec eux. J’ai une vie tranquille, je travaille en tant que chauffeur. Après ça, je n’ai pas pu travailler car ma carte de conducteur était dans la sacoche. J’ai dû refaire tous mes papiers, changer les serrures… »
« La préméditation n’a pas été retenue mais elle était là, a souligné Me Paul Gallix, avocat de la victime. Il a subi un préjudice physique et moral ».
« Elle a désigné le coupable »
À l’encontre de Chaneze, « qui a désigné le coupable et mis en place le guet-apens », la procureure, Alexandra Peyre, a requis 18 mois de prison avec sursis. « Elle ne s’est jamais posé la question de la gravité, de l’illégalité et des conséquences de ses actes ».
Concernant Farid, « qui est aussi allé au bout du projet », elle a demandé 18 mois de prison dont 6 avec sursis.
Les avocats des deux prévenus, Nadia El Bouroumi et Emmanuel Pons, ont rappelé les zones d’ombre qui entouraient le rôle joué par chacun.
Si le vol et les dégradations n’ont pas été retenus par le tribunal présidé par Gilles Maschio, les prévenus ont été reconnus coupables du vol avec violence.
Chaneze a été condamnée à 16 mois de prison avec sursis, et Farid à 16 mois dont 10 avec sursis, sans maintien en détention. Tous deux ont obligation de travailler et d’indemniser la victime, et interdiction de contacter celle-ci ou de paraître à son domicile. Ils devront enfin payer les sommes dues au Trésor public.



