Plusieurs mois après l’incendie du bar Le Constellation de Crans-Montana en Suisse, Jacques Moretti avait de nouveau rendez-vous avec la justice et devait initialement être auditionné mardi 7 avril 2026. Mais l’audition a finalement été reportée par le ministère public, avait indiqué la procureure générale du canton du Valais, Béatrice Pilloud.
En raison de son état de santé, Jacques Moretti a été dispensé d’audition. La décision du report d’audience avait fait suite à la remise de deux certificats médicaux aux autorités judiciaires par les avocats du copropriétaire du bar qui a brûlé dans la nuit du Nouvel An, causant la mort de 41 personnes et faisant 115 blessés.
Filmé sur le toit du restaurant par une chaîne italienne
Dans le premier certificat, daté du 18 mars 2026, le médecin du prévenu écrit que Jacques Moretti présente « un état dépressif réactionnel à la suite du choc post-traumatique survenu après l’incendie du 1ᵉʳ janvier et à son incarcération » et parle d’un « état confusionnel avec plusieurs épisodes d’oublis », a rapporté la Radio-télévision suisse.
Le second certificat médical, daté du 31 mars, précise que Jacques Moretti ne dort que trois heures par nuit et qu’il lui est « difficile en l’état de subir des interrogatoires », a ajouté la RTS.
Mais l’homme a récemment été aperçu dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et issue de l’émission « Porta a Porta » sur la chaîne de télévision italienne Rai. Des images le montrent en train de réaliser des travaux de rénovation sur le toit du Vieux Chalet, l’un de ses restaurants situé à Lens, une commune suisse du canton du Valais.
Sur ces images, une présentatrice s’approche d’un van avec à son volant Jacques Moretti et lui demande si elle peut lui « poser une question ». « Ne me filme pas », répond-il en pointant le doigt vers la caméra.
Risque-t-il quelque chose ?
Précision importante : une personne dispensée d’audition pour raisons médicales qui apparaît ensuite en bonne santé n’entraîne pas automatiquement une infraction, car l’incapacité peut être temporaire ou non visible. Mais, selon le Code pénal suisse, plusieurs bases légales pourraient s’appliquer en cas d’abus :
- L’établissement ou l’utilisation d’un certificat médical inexact peut relever de l’article 318 CP (faux certificat médical), un document étant considéré comme faux « s’il reflète de manière inexacte l’état de santé de la personne », et la falsification d’un tel certificat constitue une infraction pénale poursuivie d’office ;
- Si la dispense est utilisée pour éviter volontairement une procédure, cela peut s’apparenter à une entrave à l’action pénale au sens de l’article 305 CP. Mais le Conseil fédéral précisait en 2025 que les « certificats de complaisance » ne sont sanctionnés que s’il est prouvé que le médecin a sciemment attesté des faits inexacts.
Donc, sans preuve d’une intention de tromper, la conséquence la plus probable resterait probablement une vérification médicale ou une nouvelle convocation. Mais si une réelle fraude était établie, des poursuites pourraient éventuellement être engagées.
Des enquêtes en Italie et en Suisse
Le parquet de Rome a mis en examen mardi les propriétaires du bar Le Constellation. Jacques Moretti et son épouse Jessica sont soupçonnés de « catastrophe par négligence, d’homicide involontaire multiple, d’incendie et de blessures très graves, aggravées par la violation de la réglementation en matière de prévention des accidents », selon la même source.
L’enquête italienne est menée par le procureur général du parquet de Rome Francesco Lo Voi et l’un de ses adjoints, Stefano Opilio. Elle comprend également les témoignages de jeunes Italiens blessés dans l’incendie, notamment concernant une issue de sécurité bloquée.
En Suisse, Jacques Moretti et sa femme font l’objet d’une instruction pénale pour « homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence ». Neuf personnes au total sont sous enquête en Suisse, dont le président de la commune de Crans-Montana, Nicolas Féraud.
Ce dernier, interrogé lundi par les magistrats suisses, a indiqué ne pas avoir été au courant du fait que les contrôles du Constellation n’avaient pas été effectués depuis 2019, soit pendant les six années précédant l’incendie.
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