« Je ne m’explique pas pourquoi je ne l’ai pas vu »

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Le 18 décembre 2025, il est 16 h 55 lorsque Sabine V. (*), née en 1975 à Aurillac, arrive au volant de sa voiture à l’intersection du boulevard Antony Joly et du chemin de Lascanau. La circulation est fluide, la nuit tombe vite en cette période de l’année. Dans le même temps, Samuel. N, 42 ans, employé municipal, rentre chez lui en trottinette. Il approche de l’intersection. Sabine V. marque le stop. Elle regarde. Puis repart. Trop tôt ou trop tard. Le choc est violent. L’homme à trottinette s’encastre dans le pare-brise, puis est projeté sur une dizaine de mètres avant de retomber lourdement sur la chaussée.

Les secours arrivent à 17 h 10. La victime au sol est inconsciente.

Sur place, les enquêteurs découvriront une zone 30, une signalisation conforme, une visibilité jugée correcte malgré la pénombre. Les lampadaires s’allumeront quelques minutes plus tard. «On est entre chien et loup à cette période de l’année, la nuit tombe vite » , explique le président du tribunal correctionnel Philippe Clarissou.

Gravement blessé à la tête, il est transporté au centre hospitalier d’Aurillac, puis transféré au CHU de Clermont-Ferrand. Il y décédera le 20 décembre 2025 des suites de ses blessures.

« J’ai cru que quelque chose tombait du ciel »

Sabine V., à la barre

À l’audience, une conductrice en boucle

À la barre, Sabine V. répète les mêmes mots, elle mime le moment qui semble bloqué dans sa tête. « Je ne l’ai pas vu… je ne sais pas… je ne l’ai pas vu… il est comme tombé du ciel… ». Elle explique être sortie de la pharmacie pour apporter des médicaments à un patient. Pas de téléphone au volant. Tests d’usage négatifs. Aucun alcool, aucun stupéfiant.

Depuis, elle n’a pas repris son travail d’auxiliaire de vie. « C’est compliqué de reconduire… ma voiture, c’est mon outil de travail et je n’arrive toujours pas à parler à la famille, c’est tellement atroce ce qui leur arrive ».

Une famille brisée

Dans la salle, la compagne et les quatre enfants sont présents, dont trois mineurs. Les visages sont fermés, marqués. L’avocate de la famille décrit un quotidien bouleversé. Depuis l’accident, survenu à 200 mètres du domicile, « les cinq chambres sont vides. La mère et les enfants dorment tous dans la même pièce ».

La procureure rappelle la réalité froide du dossier : « Une seconde d’inattention qui aura détruit une famille ».

Le stop aura été marqué, mais visiblement pas suffisamment

Le président Philippe Clarissou

Les débats sur la responsabilité

Le président souligne que l’arrêt au stop est établi. Mais l’impact a eu lieu au moment du redémarrage. « Le stop aura été marqué, mais visiblement pas suffisamment ». Les photos montrent une luminosité faible mais pas nulle. L’homme ne portait ni casque ni équipement réfléchissant.

L’avocat de la défense, Me Stéphane Juillard, hausse le ton : « Dans cette histoire, j’en veux au législateur. Il n’y avait pas d’obligation de casque, pas de gilet, pas de vêtements visibles. On laisse des gens circuler en trottinette sans protection ».

Puis il se tourne vers le tribunal : « La sanction morale, elle est là. Elle existe. Maintenant, il faut rendre la justice ». Il évoque une femme en arrêt de travail, suivie psychologiquement, qui tente de se reconstruire. « C’est peut-être dans ce type de dossier que la justice restaurative prend tout son sens ».

Pas un jour ne passe sans que je pense à lui

Sabine V.

Avant que le tribunal ne se retire, Sabine V. prend une dernière fois la parole. « Pas un jour ne passe sans que je pense à ce monsieur. Je n’arrive pas à comprendre… Je ne m’explique pas pourquoi je ne l’ai pas vu. Je pense à la famille, aux enfants… tout le temps ».

Le jugement

Le tribunal d’Aurillac la reconnaît coupable d’homicide involontaire. Elle est condamnée à six mois d’emprisonnement avec sursis. Elle devra également indemniser la compagne et les enfants de la victime.

A la suite de ce drame, un arrêté avait été pris par le maire, Pïerre Mathonier, qui impose le port du casque obligatoire lorsque l’on circule à vélo ou en trottinette dans la ville d’Aurillac. De plus, il est aussi obligatoire d’avoir un dispositif réfléchissant (gilet, notamment) afin d’être vu par les utilisateurs de la route.

Elle a dix jours pour faire appel.

(*) le nom a été changé

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