Il revient sur sa santé, la crainte d’une mise sous contrôle du Département, les tensions politiques et les municipales… Le président du conseil départemental de l’Hérault, Kléber Mesquida, livre un entretien sans détour.
Vous étiez absent, pour le premier jour du budget, dans quel état de santé êtes-vous aujourd’hui ?
Je vais bien, malgré une infection pulmonaire récente. J’ai été pris à temps, hospitalisé, et je suis aujourd’hui sous traitement. Je suis revenu au travail, là où je suis le mieux. Après mes séances de chimiothérapie, je revenais au bureau et certains médecins me le reprochaient. Mais je refuse de me laisser aller. Rester actif, c’est ce qui m’a permis de tenir. Je le dis souvent : ma maladie m’a sauvé. Elle m’a obligé à relativiser, à aller à l’essentiel. Elle m’a aussi donné une énergie supplémentaire. Quand vous avez traversé ça, vous regardez les difficultés autrement.
Pourquoi avoir choisi la transparence sur votre état de santé ?
Parce que je ne supporte pas les rumeurs. En politique, tout est commenté : une fatigue, un changement physique… J’ai préféré dire les choses clairement. C’est plus sain.
Votre retour en séance mardi a été salué par une standing ovation des élus…
Oui, j’ai été très touché. Tous les élus se sont levés, de tous les bancs. C’était sincère. Ça montre qu’au-delà des clivages, il reste du respect.
D’autant que la politique est devenue plus dure, on l’a vu lors des élections municipales ?
J’ai vu des scènes de violence, même dans des petites communes. Des insultes, des tensions… Ce n’est pas acceptable.
Quel regard portez-vous sur ces élections municipales ?
Globalement, il y a eu peu de surprises. Mon inquiétude principale concernait une poussée de l’extrême droite, comme on le voit sur des élections nationales. Elle a existé, à Agde notamment, mais elle est restée limitée. J’avais peur à Lunel. Quant à Montpellier la réélection de Michaël Delafosse est plus nette que prévu.
En séance vous avez taclé René Revol, battu à Grabels qui s’est opposé au projet du Lien ?
Il nous a fait perdre beaucoup d’argent mais surtout beaucoup de temps à cause des recours alors que nous avions accepté, de modifier le tracé. Pour contester un projet validé in fine au Conseil d’État. Et il disait le faire au nom de l’environnement, mais le nord-ouest de Montpellier est saturé tous les jours par des bouchons avec beaucoup d’émissions de CO2… C’est la politique comme je ne l’aime pas.
Vous avez aussi évoqué des tensions avec Carole Delga, présidente socialiste de la Région Occitanie…
Il y avait un engagement clair de la Région sur le financement du très haut débit. Une subvention avait été votée à hauteur de 20 M€ puis ajustée à 17 M€. Mais cette participation a été revue à la baisse de manière importante, à 8,7 M€. Dans le contexte budgétaire actuel du Département, c’est un manque que nous devons absorber. Et aujourd’hui, chaque euro compte. J’ai donc écrit à la présidente de Région pour lui demander de respecter cet engagement ou de réaffecter ces crédits. La réponse que j’ai reçue a été très administrative, très distante, et ne correspondait pas au niveau de relation que nous avions.
Je lui avais déjà dit, dans mon bureau que je n’étais ni un paillasson, ni un supplétif. Quand on travaille en partenariat entre collectivités, il faut du respect et de la parole tenue. Aujourd’hui, je constate simplement que la relation s’est refroidie.
« J’ai voulu éviter une mise sous contrôle de la Chambre régionale des comptes »
Venons-en au budget du Département, l’an dernier, vous envisagiez de vendre les murs de la Préfecture, et aujourd’hui la situation semble s’être améliorée…
On a stabilisé, mais attention : notre épargne nette est négative et nous allons devoir emprunter. Ce n’est pas une situation confortable. Pour 2026, l’inquiétude est complète. La situation reste très fragile. Fin 2024, nous avions un choc de plus de 100 M€. Une moitié liée à des pertes de recettes, l’autre à des dépenses imprévues. Depuis le début, j’ai voulu éviter une mise sous contrôle de la Chambre régionale des comptes. Elle a une vision strictement comptable : elle coupe tout ce qui n’est pas obligatoire. Regardez la Gironde. Moi, je voulais absolument éviter ça. Donc on a tout revu : dépenses, investissements, fonctionnement. J’arbitre tous les jours.
Comme sur la culture…
Oui, parce que j’avais annoncé des réductions. Mais en réalité, on a réorganisé. Les intercommunalités ont pris le relais sur certaines actions. L’offre culturelle est maintenue, mais a revu la programmation au Domaine de Bayssan par exemple, en limitant les dépenses excessives, notamment sur les grosses têtes d’affiche. L’idée, c’est d’être plus efficace.
Les communes ont-elles souffert de ces restrictions ?
On a tout fait pour les préserver. On a créé un fonds de sauvegarde des cofinancements pour éviter qu’elles ne perdent les aides de l’État ou de l’Europe. On leur garantit notre participation, même différée. Elles peuvent lancer leurs projets et c’est essentiel car si les collectivités n’investissent plus, c’est toute l’économie locale qui ralentit.
Le social reste la principale dépense ?
Oui, et le RSA augmente fortement. C’est mécanique : croissance démographique, vieillissement, précarité… Mais le point le plus préoccupant, c’est sur « l’enfance en danger ». Le nombre d’enfants confiés au Département explose. C’est une vraie alerte. On manque de familles d’accueil, de places. Parfois, on doit envoyer des enfants loin du département. C’est une situation très difficile et une source d’inquiétude.






