Le chorégraphe star Benjamin Millepied a offert à Montpellier, en avant-première mondiale, un somptueux bouquet de Barbara

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Le chorégraphe Benjamin Millepied a offert mercredi à l’Opéra-Comédie, à Montpellier, la première mondiale de sa nouvelle création Du bout des lèvres : une ode sensible et virevoltante à la passion de vivre sur et autour des chansons de Barbara.

Deux ans après son ballet Grace, Jeff Buckley Dances qui le voyait rendre hommage au bel ange rock disparu tragiquement à l’âge de 27 ans, c’est une autre icône de la musique à l’intensité stellaire que Benjamin Millepied a souhaité évoquer avec Du bout des lèvres, sa toute nouvelle création dont il a offert mercredi la primeur mondiale à Montpellier : Barbara.

« Je me suis fait un cadeau en chorégraphiant cette pièce, mais c’est aussi, j’espère, un cadeau pour le public, confiait le chorégraphe star, mercredi dans la nuit, après la première (très applaudie, debout). C’est une artiste tellement hors normes, Barbara, qui a écrit tellement de chansons exceptionnelles ! Je pense que ce qui est impressionnant dans ce spectacle d’une heure dix, c’est ça : ces chansons, l’une après l’autre, sont toutes de tels bijoux ! »

Vingt-quatre chansons, autant d’émotions

Pour Du bout des lèvres, l’ancien principal dancer du New York City Ballet et directeur du Ballet de l’Opéra de Paris, désormais à la tête du Paris Danse Project a sélectionné vingt-quatre chansons, ou plutôt cueilli vingt-quatre émotions vives, pures, folles, profondes, dans le répertoire immarcescible de la longue dame brune, pour composer un bouquet chorégraphique de vingt-trois élans du cœur (le vingt-quatrième, serti au centre du spectacle, est une vidéo – géniale – de Barbara chantant Hop là pour Jean-Claude Brialy dans l’émission L’invité du dimanche, en 1970). De Göttingen à Nantes, en passant par Toi, Mon enfance, Drouot, Dis, quand reviendras-tu ? ou La marche nuptiale (piquée, à Brassens, et pimpée), sa cueillette est remarquable, qui évoque pêle-mêle l’allégresse, la douceur, la passion, la mélancolie, la nostalgie, l’amour… et étourdit par la vénusté de sa poétique.

Une grande palette de couleurs pour une grande variété d’émotions et d’expressions. Maria-Helena Buckley

« Les chansons de Barbara inspirent la danse, a encore insisté Benjamin Millepied. Déjà, le rythme pour la danse est important, et dans ses musiques, il y a beaucoup de valses, de trois temps, de quatre temps ; ce qui donne cet effet circulaire à ses chansons. Ensuite, elle est très forte avec les mots, sur les transitions entre les mots… Et ce sentiment de mouvement perpétuel (qu’on retrouve aussi chez Bach), c’est quelque chose qui m’inspire, qui suggère le mouvement, qui me donne envie de danser tout simplement. »

Des incarnations, des expressions

Sur scène, dans un bel espace épuré, immaculé, frangé de grands rideaux d’une blancheur vaporeuse (scénographie de Margaux Maeght) et rehaussé d’éclairages parfois coruscants, parfois caressants, parfois enveloppants, variant en tout cas à chaque tableau (lumières de Lucy Carter), dix danseurs et danseuses. Cinq hommes sensiblement du même âge, à l’engagement généreux, mais surtout cinq femmes entre 27 ans et 78 ans, toutes de grâce et de technique affolantes. Bermuda et débardeur pour les uns, robes légères pour les autres, couleurs douces pour tout le monde (costumes de Gauchère). Il n’est pas question pour eux d’interpréter les chansons, encore moins de les mimer, mais de les incarner, autrement dit, encore une fois, de mettre en chair, en sens et en scène les élans du cœur qui les a motivées, et les états de l’âme qu’elles continuent d’exprimer.

Difficile (et sans doute injuste) d’isoler quelques moments mais tout de même… Si la photo est bonne régale par la gestique espiègle, pleine de ludisme et même d’humour, déployée par les deux garçons. La solitude bouleverse par la noblesse hiératique des évolutions de la doyenne Florence Clerc (qui fut jadis danseuse étoile de l’Opéra de Paris). Une petite cantate éblouit par la jeunesse virevoltante et virtuose (ce décalage de tête pendant les pirouettes !) dont fait montre la soliste Emma Spinozi. Le pas de deux sur Dis, quand reviendras-tu ? s’avère à la mesure de ce chef-d’œuvre, plein de délicatesse, de grâce, vif là, ralenti ici, lié ici, désuni là, comme deux cœurs louperaient des battements de ne pas avoir pu se trouver. Et que dire de… Je ne sais pas dire : Izabela Szylinska donne corps à la difficulté d’être dans une chorégraphie d’une classe folle dont le mouvement le plus terrassant est une absence, une bouleversante suspension gestuelle…

Une ode chorégraphique et poétique à la femme amoureuse, à toutes les femmes. Maria-Helena Buckley

Entre ces émotions, parfois un silence, un fondu au noir. Mais de femme en noir, nulle part. « Je trouve que ça fait du bien d’enlever ça, de Barbara, a reconnu Benjamin Millepied. Chez elle, comme chez Bach, il y a la tragédie du monde mais il y a aussi la beauté du monde, et partout, la poésie. Barbara était une passionnée de la vie. J’ai souhaité mettre beaucoup de joie dans ce spectacle : le bonheur de vivre, le bonheur de s’aimer, le bonheur d’être ensemble… »

Ce jeudi soir encore, Montpellier aura le privilège de s’étourdir les sens dans le bouquet si délicatement composé par Benjamin Millepied, puis ce sera Carcassonne, et ensuite, Paris, à l’automne, et ce sera une autre histoire d’amour, mais de Barbara toujours, et la plus belle forcément.

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