Il était passé 23h, vendredi 30 mai 2025, lorsque les gendarmes avaient découvert le corps de René gisant au sol, inconscient. Son corps présentait une « blessure au ventre ». « Vers 23h50, le médecin du Smur avait constaté le décès », relate la présidente du tribunal correctionnel de Rennes, à la lecture du dossier, mardi 7 avril 2026. Presque un an après les faits, l’« ami » de René, Ange, passait en effet à la barre pour homicide involontaire, après avoir tiré accidentellement sur son compagnon de chasse à Langouët, au Nord de Rennes, au lieu-dit la Motte-du-Tertre.
Il avait « vu une ombre »
Aux gendarmes, Ange avait spontanément expliqué qu’il avait « tiré » sur René et leur avait remis une « cartouche de 7 mm » qui correspondait à celle qui avait atteint la victime.
Tous deux participaient ce soir-là, avec un troisième camarade, à une « chasse à l’affût » sur l’invitation d’un agriculteur pour « prélever les sangliers » qui causaient des « dégâts » dans son champ de maïs.
Vers 22h45, alors qu’il s’apprêtait à ranger ses affaires, Ange avait « vu une ombre » qui lui avait fait penser « à un sanglier » et avait tiré…
Difficile d’y voir clair
Si la chasse à l’affût était autorisée jusqu’à une heure après le coucher du soleil – soit vers 23h ce jour-là – la reconstitution effectuée le lendemain sur les lieux avait établi que la visibilité se réduisait « nécessairement mais constamment » à partir de 22h35.
Il n’était donc « pas évident » de distinguer une personne si elle était « à genoux » et portait des « vêtements de camouflage », avaient noté les enquêteurs. Or René était vraisemblablement « accroupi » lorsqu’il avait été visé car il rangeait ses affaires, et ne portait pas de « gilet fluorescent ».
Titulaire du permis de chasse depuis 1975
S’il n’a pas contesté être l’auteur du tir mortel, Ange a estimé à la barre du tribunal correctionnel de Rennes que son ami avait pu « s’écarter » de sa position initiale. « Pour moi, ça ne pouvait pas être lui, il se serait signalé avant de partir de son poste », a expliqué ce menuisier retraité de 76 ans, originaire de Romillé et titulaire du permis de chasse « depuis 1975 ».
Les enquêteurs avaient calculé que les trois chasseurs présents sur-le-champ étaient postés à « 40 m » les uns des autres, mais Ange estime plutôt cette distance à « 100 m ».
L’Office français de la biodiversité (OFB) avait pourtant relevé plusieurs « manquements à la sécurité » commis par le septuagénaire : il avait précisément tiré « en direction de la ligne de chasse » et alors que des habitations se trouvaient « entre 200 et 500 m », avec une arme de « 2 000 m » de portée… Seuls deux chasseurs étaient par ailleurs autorisés lors des chasses à l’affût.
« Il faut couper court à un drame futur »
Ange a donc bien commis une « faute » à l’origine « directe et certaine » du décès de René, a considéré le procureur de la République. Le magistrat avait requis dans ces conditions 18 mois de prison avec sursis, 400 euros d’amende, le retrait de son permis de chasse avec l’interdiction d’en solliciter un nouveau pendant trois ans et la confiscation des six armes retrouvées chez lui, car « il faut couper court à un drame futur ».
« La famille de René n’est pas là pour vous accabler plus que ce que vous l’êtes après ce tragique accident », avait lancé un peu plus tôt l’avocat des parties civiles au prévenu.
Une peine « exorbitante » selon l’avocat
Reste qu’Ange « n’est pas responsable de l’organisation » de cette partie de chasse même s’il est bien « responsable de l’homicide involontaire », a souligné son avocat.
Pour Me William Pineau, il y a en effet un « décalage » entre « la gravité du comportement infractionnel » et « la gravité du résultat de ce comportement infractionnel » : la peine requise par le procureur de la République lui semblait donc « exorbitante » pour son client, qui n’est ni un « forcené », ni un « irresponsable », ni un « imprudent patenté ».
18 mois de prison avec sursis
Le tribunal correctionnel de Rennes ne l’a finalement pas entendu et a suivi les réquisitions du ministère public : Ange a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et à 400 euros d’amende.
Il a l’interdiction de porter une arme pendant trois ans, son permis de chasse lui est définitivement retiré et les armes retrouvées chez lui ont été confisquées.
Il devra enfin verser près de 43 000 euros d’indemnités à la famille de René, en plus de 2 000 euros chacun à la femme et aux deux enfants de la victime pour leurs frais de justice.
RB et MJ (PressPepper)
XX XX XX/a>.





