"Le téléphone, c’est aussi un moyen pour Carole de maîtriser un peu cette mère soûlante et envahissante"… "Appel manqué", le roman vachard de Carole Fives

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Après le succès d’Une femme au téléphone, Carole Fives orchestre dans Appel manqué le grand retour de l’inénarrable Charlène, 73 ans, la dame de "Carca" (entendez Carcassonne) qui monologue au téléphone. Incisif et réjouissant.

la couverture du livre.

En 9 ans, l’intarissable Charlène n’a pas changé. Elle continue de bombarder sa fille de coups de fil qui sont autant d’appels à l’aide et de reproches… Pourquoi lui redonner la parole ?

Je voulais parler de la manière dont les mères et les filles vieillissent et comment leur communication évolue avec les années. C’est un sujet qui me tient à cœur parce qu’on n’en a jamais fini avec nos mères, on se construit contre elles, mais tout contre aussi. Charlène et sa fille Carole n’ont pas une relation formidable et j’avais envie de voir si, avec le temps, cela pouvait s’arranger ou pas.

À une époque où beaucoup de gens vivent loin de leurs parents, le téléphone, c’est souvent le seul moyen de se parler. Je crois que c’est aussi un moyen pour Carole de maîtriser un peu cette mère soûlante et envahissante. Elle a du mal à supporter sa présence, alors le téléphone, c’est un filtre à la logorrhée maternelle et, en même temps, une sorte de cordon ombilical. Charlène, c’est le type même de la Desesperate Housewife vieillissante qui est si mal dans sa vie qu’elle prend une place énorme.

« Mes petits-enfants, je les adore, mais je les préfère en fond d’écran ». Sur l’éducation des enfants, le dialogue de sourd entre Carole et Charlène est total…

J’avais très envie de développer cette thématique qui pourrait s’intituler Nous on ne faisait pas tant d’histoires avec les enfants parce qu’elle s’appuie sur une véritable fracture générationnelle. L’éducation positive et bienveillante que sa fille donne à son fils de 7 ans, c’est incompréhensible pour Charlène. Comme beaucoup de femmes de sa génération, elle a été élevée à la dure, et peu valorisée par rapport à son frère, alors voir sa propre fille couver autant son fils, ça la hérisse. Et comme elle est très femme-enfant, elle n’a pas envie de partager l’attention de sa fille. En fait, elle est jalouse de ses petits-enfants, c’est un truc qui arrive !

Charlène, bientôt star de cinéma ?

Charlène, la mère déjantée tendance bipolaire de Carole Fives, qui a séduit les lecteurs en 2017 lors de sa première apparition dans Une femme au téléphone, pourrait bientôt débuter une nouvelle carrière. En effet, le livre fait actuellement l’objet en Allemagne d’une adaptation audiovisuelle. Le projet, imaginé au départ comme une série humoristique, devrait finalement être développé pour le cinéma. Le personnage de l’insupportable Charlène, la spécialiste du chantage affectif, toujours pendue au téléphone, devrait être incarnée à l’écran par l’actrice Iris Berben, l’icône du cinéma allemand.

Égoïste, obsessionnelle, sarcastique, Charlène a tout de la mère toxique. Mais vous la rendez attachante. C’était important ?

Ça, c’est mon côté féministe. On laisse très peu de place aux femmes de plus de 70 ans dans la fiction et la littérature abonde en mères toxiques, alors je n’avais pas envie de « tuer » un personnage féminin. D’ailleurs Charlène n’est pas que toxique, elle est paumée, drôle et en demande d’amour.


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Même si j’ai forcé le trait, comme elle ressemble beaucoup à ma mère, je ne voulais pas trop la massacrer. Le personnage de Charlène est assez composite – j’y ai même mis de moi – mais l’inspiration première, c’est le souvenir de conversations que j’ai eues avec ma mère qui, à 73 ans comme Charlène, vit seule à Carcassonne avec sa petite chienne.

Ces instantanés de vie d’une mère vieillissante reflètent aussi la précarité et l’isolement que subissent certaines femmes âgées…

Oui, c’est un peu un cri du cœur. On parle beaucoup des boomers privilégiés de l’après-guerre, ces salauds qui ont abîmé la planète et piqué toute la thune, mais les boomers, ce sont les mecs en fait. Beaucoup de femmes de cette génération subissent le déclassement social, ont eu une carrière en pointillé, des salaires moindres que les hommes, et ça se répercute sur leur retraite. Charlène vit avec 576 euros par mois et on lui a bien fait comprendre que c’était une allocation, et non une pension. Il y en a plein des femmes comme Charlène qui vivent, seules, dans leur cuisine avec leur cafetière, parce qu’on les a éloignées de tout et que la société n’a pas envie de les voir. Je trouve cela hyper triste.

« Appel manqué », éditions L’Arbalète/Gallimard, 17 €, 128 pages.

 

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