Un couple a comparu mercredi devant le tribunal judiciaire de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour faits de violence sur leurs enfants de 15 et 14 ans. Ces derniers s’étaient rendus au commissariat de Saint-Malo pour se plaindre de leurs parents le 8 novembre dernier. Ils prétendaient avoir été mis dehors du foyer familial après avoir essuyé des insultes et été violentés.
Placés depuis cinq mois
Depuis, ces deux adolescents ont été placés en famille d’accueil puis dans un foyer. Cinq mois plus tard, le père et la mère ont répondu, patiemment, pendant deux heures aux questions de la présidente de l’audience, Angélique Dingreville. Tous deux ont contesté les faits qui leur étaient reprochés et expliqué que leurs enfants étaient devenus ingérables ces derniers mois, réclamant toujours plus de liberté et ayant de mauvaises fréquentations.
« L’avez vous traitée de pouf ? »
La jeune fille accusait notamment sa mère de l’avoir giflée, de lui avoir arraché son body et son collier de perles, un jour de la fin octobre afin de lui confisquer son téléphone portable. « Je voulais supprimer son application Snapchat. Elle a voulu m’arracher l’appareil des mains et m’a donné un coup, c’est en me rattrapant que j’ai peut-être accroché son collier mais je ne l’ai pas tapée », assure la mère de famille.
« L’avez vous déjà traitée de petite conne et de pouf, comme elle le prétend ? », lui demande la juge. « Cela ne fait pas partie de mon vocabulaire mais je lui ai reproché de trop se maquiller et de ne pas être vêtue correctement pour aller au lycée », répond la mère.
Mêmes questions pour le père, accusé, entre autres, d’avoir été violent sur son fils et d’avoir menacé sa fille de la mettre dehors. Il s’en défend : « Quand je suis rentré du travail mon épouse m’a dit qu’elle n’en pouvait plus de leur comportement, qu’ils devenaient ingérables et infects. Je suis monté aussitôt dans leur chambre. Ma fille m’a dit que je ne comprenais rien. C’est là que j’ai simplement demandé quelle serait la prochaine étape : les frapper, les mettre dehors ? » précise le père.
« Dépassés »
Les deux parents expliquent avoir été « dépassés » par leurs enfants de plus en plus exigeants et revendicatifs. Ils disent vouloir simplement leur « donner un cadre, des règles, des valeurs. Nous n’avons pas vu qu’ils étaient en souffrance. Nous ne faisons certainement pas tout bien. ».
Marie-Pierre Scapin, avocate de la partie civile (le Département) avoue avoir des « interrogations sur la réalité de certains faits évoqués » mais elle note que « les déclarations des enfants, entendus séparément, sont concordantes ». Et qu’il y a eu « un précédent ». En 2020, le père avait été condamné à suivre un stage de parentalité pour avoir asséné deux gifles à sa fille.
Le couple dit vouloir un soutien éducatif et espère le retour des enfants. Ces derniers n’attendent que cela également, reconnaissant qu’ils « ont tout pour être heureux ». Le garçon est d’ailleurs revenu sur ses déclarations, reconnaissant qu’il avait tout exagéré. Quant à la jeune fille, victime d’un traumatisme à l’âge de 8 ans, elle se trouve dans un état de souffrance psychique que la situation a encore plus détérioré.
« Une rébellion concertée »
Pour la procureure, « la belle cohérence de ces enfants qui veulent dicter leur loi s’est effilochée au fil de la procédure. Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé mais ces ados sont particulièrement difficiles et ont mené une rébellion concertée ».
Adeline Houdusse, avocate de la mère, précise, à ce propos, que le garçon s’était fait asséner un coup de poing par un copain afin de se présenter au commissariat avec un œil au beurre noir. Un élément qui n’a pas fait l’objet d’interrogations lors de l’audition des parents. « Or, cela a contribué à leur placement en garde à vue, pendant trente heures. Un moment très éprouvant car ils ont dormi en cellule », déplore Pierre-Malo Terrien, avocat du père. « Dès novembre, on aurait dû se poser des questions. Cette famille n’a rien à faire devant le tribunal correctionnel. »
La relaxe
Les deux avocats ont sollicité la relaxe pour les deux parents et l’ont obtenue. « Les faits de violence ne sont pas caractérisés. Cette affaire relève plus de l’assistance éducative que du cadre pénal », a expliqué la juge.
XX XX XX/a>.







