Denise Guilhem, 99 ans, et Jean Brusson, 101 ans, étaient les derniers représentants vivants d’un maquis qui avait déployé sa toile dans l’Hérault, dans l’Aude, en Cévennes, en Ardèche et dans le Rhône.
Une semaine après son camarade de résistance Jean Brusson, mort à 101 ans vendredi 3 avril, c’est une autre figure du maquis Bir-Hakeim qui est décédée dans la nuit de ce jeudi 9 avril à 99 ans, la Gruissanaise Denise Guilhem. Il ne reste désormais plus aucun survivant de ce groupe d’intrépides jeunes hommes et femmes, créé à Toulouse en 1942. Le maquis avait déployé sa toile dans l’Aude, l’Hérault, le Gard, l’Ardèche et la Drôme.
Denise Guilhem n’avait que 16 ans quand elle est entrée dans la Résistance au péril de sa vie. Ces dernières années, outre sa présence aux travaux de l’amicale des anciens de Bir-Hakeim, elle a souvent témoigné dans les établissements scolaires. Au sein de Bir-Hakeim, son rôle a surtout consisté à la fabrication de faux papiers, à cacher de jeunes Français refusant de partir pour le STO ou le ravitaillement du maquis. Cette couturière de profession avait reçu la légion d’honneur en 2015.
Jean Brusson est quant à lui décédé le 3 avril dernier dans le Val-de-Marne à 101 ans. Il était le dernier survivant masculin du maquis résistant Bir-Hakeim (du nom de la première brigade française libre en Libye) qui avait été fondé à l’été 1942, au cœur de la Seconde Guerre mondiale.
L’an dernier, le centenaire était venu rendre hommage aux habitants du hameau des Crottes, à Labastide-de-Virac, en Ardèche, à la limite du Gard. Les villageois avaient été exécutés par les Nazis pour avoir hébergé des membres du maquis Bir-Hakeim.
« Pas de politique entre nous »
Bir-Hakeim avait été créé par le commandant Rigal, chef de l’Armée secrète de Toulouse et par un Toulousain originaire de Lamalou-les-Bains, Jean Capel, communiste voisinant avec celui qu’il avait recruté pour diriger le maquis école, le jeune Maurrassien Christian de Roquemaurel. Ils furent rejoints par Couci, un instituteur de Montpellier, à la disparition de Rigal.
Au sein du maquis Bir-Hakeim, pas de politique : les communistes côtoient les militants d’extrême droite. « Pas de politique entre nous, juste un point commun : les Boches dehors !« , racontait Jean Brusson, âgé alors de 96 ans, l’un des maquisards de Bir-Hakeim, en 2022 dans Midi Libre. C’était à l’occasion d’une rencontre avec des lycéens de Clermont-l’Hérault : « Vous auriez fait comme nous car les choses se sont faites naturellement. Quand on a 17 ans, la guerre apparaît comme une aventure, puis le bruit de la guerre devient une dure réalité« , expliquait-il aux élèves.
Jean Brusson témoignait alors aux côtés du journaliste et écrivain Olivier Bertrand, qui a écrit un livre en partie sur l’histoire du maquis : « Les imprudents« . « Bir-Hakeim avait un côté très mobile, très indépendant, intrépide partout où il passait », résumait Olivier Bertrand.
Entre Aveyron, Hérault, Cévennes, Ardèche et Rhône
En mars 1943, Jean Capel avait mis sur pied un premier groupe de maquisards, qui s’était déplacé : Aveyron, Hérault, Cévennes, Rhône.
Le combat du hameau de Douch, à Rosis, dans les hauts cantons héraultais, près de Lamalou-les-Bains, serait, le 10 septembre 1943, la première bataille entre des soldats allemands et des civils combattants sur le sol français.
Au printemps 1944, Christian de Roquemaurel organise une embuscade à Saint-Étienne-Vallée-Française, en Lozère. Quatre gendarmes allemands sont tués. Mais le maquis Bir-Hakeim le paiera cher. Une division SS les traque en représailles. 34 résistants sont tués à La Parade (dont le chef, Jean Capel), en Lozère, et 27 acceptent de se rendre. Ils sont torturés dans le sous-sol de la villa de la Gestapo, à Mende, avant d’être fusillés dans un ravin de Badaroux.
Christian De Roquemaurel a été arrêté quinze jours plus tôt. Direction Dachau dans “le train fantôme” dont il s’évadera en juillet pour mieux reprendre la tête de Bir-Hakeim intégrer l’armée du général De Lattre. Il est mort en 1998.
En 1943, en classe de préparation navale dans un lycée de Toulouse, il s’était engagé aux côtés des jeunes résistants de Bir-Hakeim, puis avait fait carrière dans la marine, pour finir vice-amiral.
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