Après une entrevue, le 5 mars, entre la Ville et l’Association des
Jardins Agroécologiques Partagés (Ajap), le site promis à une prochaine fermeture devrait bénéficier d’aménagements pour lui permettre de retrouver sa vocation première : un lieu de rencontre pour les habitants.
Il s’en est fallu de peu. Lorsque, mi-janvier et pour répondre à une inquiétude croissante d’une partie des habitants de Figuerolles, le maire avait déclaré vouloir fermer le square du Père-Bonnet (à l’angle de la rue éponyme et de celle du Faubourg-Figuerolles, NDLR). Un espace destiné au compostage, à l’agroécologie urbaine mais devenu l’un de points centraux de la consommation de stupéfiants dans ce secteur de la ville. Et vis-à-vis duquel les résidents les plus résolus faisaient circuler une pétition pour faire condamner l’accès du site.
C’était sans compter sur la pugnacité de l’Association des
Jardins Agroécologiques Partagés (Ajap). Une structure qui organise des distributions alimentaires et des actions d’agroécologie. Aux tenants d’une mise sous cloche du lieu, l’Ajap avait mis en avant la nécessité d’accompagner les consommateurs de toxiques plutôt que de les laisser livrés à eux-mêmes.
« Soutenus et légitimes dans ce travail que l’on fait »
Un point de vue suffisamment pris au sérieux par la municipalité. Dont des élus mais aussi fonctionnaires de plusieurs services de la Ville, ont, le 5 mars dernier, rencontré des membres de l’association. « Une réunion positive », note Ulrike, l’une des chevilles ouvrières de l’Ajap. « Nous avons senti que nous étions soutenus et légitimes dans ce travail que l’on fait et que la mairie nous fait confiance pour lui dire ce qu’il se passe dans le quartier », poursuit Anaëlle, une autre membre de la structure.
Témoignage d’une maison démolie et naissance d’un square
Habitante du quartier qu’elle fréquente encore aujourd’hui, Bernadette Garcia a attiré notre attention en nous écrivant un courrier dans lequel elle retrace les derniers moments de la maison qui figurait en lieu et place du square, il y a maintenant une bonne dizaine d’années. Voici son témoignage.
"Lorsque nous avons mis en vente la maison pour pouvoir financer la dépendance de mes deux parents, elle a été immédiatement squattée et intégralement pillée, puisque vidée de ses habitants. Impossible dès lors de la vendre. Nos efforts pour obtenir une expulsion de ce squat ont été totalement infructueux et c’est finalement la Serm qui s’est portée acquéreur, pour un programme de logements sociaux en première intention, qui s’est ensuite transformé en projet de jardin pour les habitants du quartier."
"Or, je peux vous affirmer que, jamais, nous n’avons eu de proposition d’un quelconque promoteur immobilier, notre projet familial étant de vendre la maison et de la voir rénover. Ensuite, la Serm (*) s’est positionnée pour en obtenir la possibilité d’achat (en, 2006, NDLR), cela à un prix très inférieur à celui du marché, bien évidemment."
"Et c’est à son offre que nous avons finie par céder, épuisés par nos démarches d’expulsion et de vente à un particulier, démarches désespérément vaines. Juste après la signature, l’évacuation du squat a été comme par miracle quasi immédiate, et nous avons vu notre petit mas familial partir en poussière sous les assauts des pelles mécaniques (en 2007, NDLR)."
"Toutefois, l’idée de voir un jardin ouvert à tous (enfants, boulistes, familles) s’implanter à la place du nôtre, nous consolait un peu de cette perte très douloureuse. Et quelle désolation pour nous de constater cette dérive, cet abandon ! Tristesse, mais aussi colère devant la dégradation de tout un quartier, au vu et au su de ses habitants.
Certains d’entre eux pourtant, à l’époque de la mise en vente de la maison, trouvaient scandaleux que nous osions vouloir expulser de pauvres squatteurs (soutenus par quelques associations et la presse locale) qui faisaient paisiblement pousser de "l’herbe" dans notre jardin…"
(*) Société d’équipement de la région de Montpellier.
Une réunion de chantier sur site « dans les tuyaux » et des idées avancées
Au sortir de ladite réunion, plusieurs faits avaient été actés. Le premier et pas des moindres : « Il n’y aura pas de fermeture du square mais des travaux de réaménagement pour casser les habitudes des gens qui le squattent ». Ce chantier aura également pour but de « désenclaver » l’endroit « en créant un espace public ».
Un premier rendez-vous doit être confirmé pour le mois d’avril « sur place, avec des paysagistes et urbanistes ». Une étape préparatoire pour voir ce qu’il sera possible (ou pas) de faire. Parmi les idées avancées figurent la disparition des actuelles grilles qui ceinture le square sur les deux faces donnant du côté de la voirie ou encore la pergola au profit de nouvelles parcelles cultivables.
Une initiative de l’Ajap qui fait des émules. Preuve ? « Un collectif de Marseille nous a contactés car ils sont dans la même démarche que nous », raconte Anaëlle. Avec, à la clé et « si tout se passe bien », un début des travaux annoncé à l’été prochain.





