L’homme, déjà condamné il y a 20 ans pour la détention d’images pédopornographiques, a été jugé ce mardi 14 avril devant le tribunal correctionnel de Nîmes. Au cœur des débats : le "Puppy play", une pratique qui consiste à se déguiser et se comporter comme un chien, incluant ou non des rapports sexuels.
« Il voulait être un « puppy » (chiot, en français), mais je ne voulais pas le dresser », a déclaré le sexagénaire, ce mardi 14 avril, à la barre du tribunal correctionnel de Nîmes. Celui qui se fait appeler « le maître » par ses autres « puppies » a comparu devant la justice pour corruption de mineurs et détention d’images pédopornographiques.
« Je lui ai envoyé des positions pour qu’il s’exerce »
Une affaire qui remonte à juillet 2022, lorsque le père d’un adolescent de 16 ans a retrouvé sur le portable de son fils, des photos « suspectes » et des messages évoquant une proposition de « baiser et de caresses nu » avec le prévenu. « Il était effondré », souligne Edouard Le Jan, le président du tribunal. Une plainte est déposée.
La perquisition menée au domicile du prévenu permet alors la découverte d’images à caractère sexuel mettant en scène de jeunes garçons. Mais face aux questions du président, il maintient sa position : les échanges avec l’adolescent n’avaient rien de sexuel. « Je voulais l’aider. Il semblait fragile », assure-t-il.
Ancien maître-chien dans l’armée, le sexagénaire explique pratiquer le « dog training », une activité consistant à adopter un comportement canin dans des tenues explicites. Selon lui, l’adolescent l’aurait contacté sur l’application Grindr après avoir vu une photo où il portait un masque de chien. « Je lui ai dit qu’il ne pourrait intégrer la meute avant ses 18 ans. Mais comme il voulait s’entraîner, je lui ai envoyé des positions pour qu’il s’exerce », reconnaît-il.
Des messages explicites
La déclaration de la jeune victime, qui n’a pas souhaité déposer plainte, confirme cette version. « Il vous décrit comme un père de cœur. Mais vous ne pensez pas que la fragilité que vous avez évoquée, vous l’avez exploité en quelque sorte ? », nuance cependant le président. Mais le prévenu maintient qu’il ne souhaitait que protéger le jeune, suite à des abus qu’il aurait subi dans son enfance.
Pourtant, certains messages présentés à l’audience apparaissent explicites : propositions de baiser, caresses, ou encore envoi d’un « slip souillé ». Confronté à ces éléments, le prévenu finit par reconnaître avoir « peut-être été trop loin ». Il admet également avoir envoyé des accessoires à l’adolescent, tout en affirmant avoir fixé certaines limites et, surtout, exclu toute relation sexuelle. « Il n’y a pas de rapports sexuels dans ma meute. Je fais ça pour la beauté de la chose », a-t-il insisté à la barre. Le président lit alors d’autres messages : « Vous parlez d’un baiser à la gay pride et de caresses sur les tétons qui vous ont excité. Vous dites que c’est une zone érectile pour vous, vous ne pensez pas avoir franchi ces limites ? », l’interpelle-t-il. Là encore, le prévenu reconnaît.
Le sexagénaire déjà condamné il y a 20 ans
En revanche, concernant la détention d’images de jeunes hommes, mais aussi des photos zoophiles…, le prévenu nuance. « Ce ne sont pas les miennes. J’étais sur des groupes Whatsapp, on m’a ajouté. Et j’ai découvert ce qu’ils envoyaient. Ce n’était pas mon délire. Alors j’ai quitté les groupes. Mais les images se sont enregistrées sur mon téléphone », se défend-il. D’autres photos, enregistrées à partir d’un site, ont également été retrouvées. « Mais ce sont des sites où il est indiqué que toutes les personnes ont plus de 18 ans », a ajouté son conseil, Me Jérôme Arnal.
Des arguments accueillis avec scepticisme par le tribunal, d’autant que le prévenu avait déjà été condamné, vingt ans auparavant, pour des faits similaires. « Cela aurait dû être un avertissement », rappelle le président. « J’ai été un abruti », reconnaît l’intéressé, tête baissée.
Pour le procureur, cet aveu n’enlève rien à la gravité des faits qui sont, pour lui, caractérisés. « J’entends que c’était un jeu, mais j’entends de loin. Les propos sont éminemment sexuels. Et je ne crois pas qu’on est déjà entendu un chien proposer à un autre chien un slip souillé. On est plus dans la beauté de la pratique, on est dans la corruption de mineurs » Il requiert un an de prison avec l’inscription au fichier des délinquants sexuels.
Relaxe partielle
Mais pour la défense, la corruption n’est pas établie. « Vous êtes saisis d’une proposition d’un slip souillé et d’un baiser et de caresses nu. Vous n’êtes saisis de ça, et uniquement ça. Et on parle de propositions sexuelles, qui ne sont sanctionnables que si la victime à moins de 15 ans, ce qui n’est pas le cas », souligne Me Arnal. Quant à la détention d’images pédocriminelles, il rappelle que la minorité des garçons n’a pas été prouvée. Il plaide pour la relaxe totale de son client.
Ce qu’il obtiendra partiellement. Son client est relaxé sur la corruption de mineurs. Sur la détention d’images, il est, en revanche, condamné à 12 mois de prison totalement assortis d’un sursis simple, avec une interdiction d’exercer toute activité en lien avec les mineurs sur une période de cinq ans. Il est également inscrit sur le fichier des délinquants sexuels pendant 30 ans.







