« Nous n’avions plus rien à perdre. » Tel est le sentiment de Jessica et Damien Hibou au moment d’entrer dans le tribunal de Coutances, ce jeudi 12 mars.
Depuis sept ans, ce couple des Loges-Marchis dans la Manche, assure vivre « dans l’angoisse ».
« Menaces de morts, manipulation, usurpation, pertes de grosses sommes d’argent », sans oublier les plaintes auprès de la gendarmerie, ont rythmé leur vie.
En décembre 2025, à l’aube d’un procès qui sera finalement repoussé à ce jeudi 12 mars 2026, le couple a accepté de témoigner sur cette situation. Jessica Hibou était notamment à la tête d’un commerce, à Saint-Hilaire-du-Harcouët, en 2021. Celui-ci n’a ouvert que 24 h en raison de cette affaire.
Des lettres de menaces de morts
Tout commence en 2019, lorsque les Hibou reçoivent un courrier dans leur boîte aux lettres. « Celui-ci contenait des menaces de morts à l’encontre de notre fille et de plusieurs enfants gardés chez une nourrice. On nous demandait de la retirer, sinon elle serait tuée », affirme Jessica Hibou, 31 ans.
Comme eux, quatre autres parents reçoivent ce courrier et s’empressent d’enlever leurs enfants de la nourrice, installée à Saint-Hilaire-du-Harcouët, dans le sud de la Manche. Cependant, les Hibou ne cèdent pas et poursuivent cette garde. « Tout se passait bien et nous nous étions liés d’amitié avec cette professionnelle », confirme la mère de famille.
Durant les deux années qui ont suivi, cette garde a continué et les menaces se sont poursuivies, malgré des plaintes déposées auprès de la gendarmerie. C’est finalement lorsque cette nourrice a cessé son activité que les lettres ont disparu.
La lettre nous demandait de retirer notre fille de la nourrice, sinon elle serait tuée.
Si les menaces ont cessé fin 2020 – début 2021, d’autres événements surviennent jusqu’à l’arrestation de l’ancienne nourrice, survenue en octobre 2021, par la gendarmerie de Saint-Hilaire-du-Harcouët.
C’est alors que les éléments s’emboîtent. « Depuis le début, elle nous manipulait et envoyait les lettres. Nous ignorons pourquoi. Elle s’est liée d’amitié pour se servir de nous. Au fil du temps, nous avons découvert que notre fille était atteinte d’un important strabisme. Nous pensons qu’il est dû à une maltraitance chez cette nourrice », accuse le couple.
L’histoire de la famille Hibou ne s’arrête cependant pas là.
« Alors qu’elle n’était plus nourrice agréée, elle s’est trouvée intéressée par notre projet d’ouvrir une structure de loisirs pour enfants aux Loges-Marchis. En tant qu’amis, nous avons bien sûr accepté », se souvient Jessica Hibou. Leur idée était déjà bien avancée. « Nous avions investi 500 000 € pour cette ouverture, c’était notre rêve. Notre amie devait également injecter de l’argent dedans », intervient Damien Hibou, 32 ans.
L’identité d’élus locaux usurpée
Puis, un jour de 2022, un nouveau courrier tombe. Cette fois, pas de menaces. Il s’agit d’une lettre siglée du logo de la Communauté d’agglomération Mont Saint-Michel Normandie (CAMSMN). Celui-ci ordonne l’arrêt du projet, alors que les démarches administratives étaient engagées. Le document contient la signature de David Nicolas, président de la collectivité et maire d’Avranches.
Nous avions investi 500 000 € pour cette ouverture, c’était notre rêve.
D’autres lettres, consultées par La Gazette de la Manche, suivront, tour à tour signées de David Nicolas ou de Mikaëlle Seguin, vice-présidente en charge de la politique enfance et jeunesse.
Faux documents pour stopper le projet
« Nous étions très étonnés de cet arrêt car ils se montraient favorables jusqu’ici. Paulette Matéo, maire des Loges-Marchis, nous a même contactés. Elle ne comprenait pas pourquoi le projet n’avançait plus, confirme Jessica Hibou, en sortant divers documents d’un bac rempli de dossiers sur cette affaire. Nous avons finalement échangé avec David Nicolas par téléphone. Il nous a assuré ne jamais avoir rien signé à ce sujet. Là, nous comprenons que les documents sont faux et que les identités des élus ont été usurpées. C’était déjà trop tard, le projet était décapité ».
Contactés, David Nicolas et Mikaëlle Seguin n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet.
Pour le couple, l’inquiétude monte. « On se dit que quelqu’un nous en veut entre les menaces de morts, puis ça », explique la mère de famille. Durant toutes ces procédures, jamais ils ne soupçonnent leur nouvelle amie.
C’est pourtant elle qui est à l’origine de ces faux documents. « La gendarmerie les a retrouvés dans un ordinateur lors d’une perquisition chez elle », assure la victime. Ce jeudi 12 mars, la prévenue a été condamnée pour ces faits d’usurpation à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Coutances. Cette condamnation comprend également la première lettre de menaces de mort envers quatre enfants. Des dommages et intérêts ont également été prononcés.
Arrestation devant les clients
C’est également la prévenue qui propose à Jessica Hibou d’ouvrir une épicerie, Aux petits plaisirs, à Saint-Hilaire-du-Harcouët, pour rebondir après l’échec du parc de loisirs. « Je retournais vers elle à chaque étape. Je trouvais que c’était une bonne idée, tout était prêt. Le jour de l’ouverture, six à sept gendarmes sont venus l’arrêter devant les clients. Ils savaient depuis un moment qu’elle était responsable. Pour ma part, j’étais sous le choc. Tout est apparu devant moi d’un seul coup », se rappelle-t-elle.
Gardes à vues et auditions ont ensuite eu lieu, avant que la suspecte soit libérée, en attente de jugement. « C’était une période vraiment difficile. Nous avons porté plainte à plusieurs reprises pour diffamation car elle répandait des rumeurs sur nous, dans la commune, devant l’école… Tout le monde, se méfiait de nous. J’ai même été accusé de vol dans l’épicerie », ajoute Damien Hibou. Le couple affirme avoir perdu 70 000 € en investissant dans ce commerce.
Le jour de l’ouverture, six à sept gendarmes sont venus l’arrêter devant les clients. Ils savaient depuis un moment qu’elle était responsable.
Cinq ans après ces révélations, la page n’est pas encore tournée pour Jessica et Damien Hibou.
Des actions judiciaires sont lancées pour d’autres chefs d’accusations.
Aujourd’hui, la famille avance malgré tout. Jessica Hibou s’est reconvertie en courtière en financement, tandis que son mari poursuit son activité dans le bâtiment.
Avec leurs deux enfants, de nouveaux projets leur trottent en tête. Ils espèrent les réaliser prochainement.
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