Cette semaine, les reporters de Midi Libre vont à votre rencontre afin d’échanger sur les thématiques fortes de la campagne des élections municipales. Après Châteauneuf-de-Randon, Bagnols-Sur-Cèze ou Ganges, nous sommes, vendredi 6 mars 2026, à Narbonne pour parler logement. La cité audoise doit, en effet, faire face à un sacré défi : répondre aux attentes dans un département où "entre 80 % et 85 %" des habitants sont éligibles à un logement social.
C’est, avec la sécurité, l’un des principaux sujets de préoccupations des Français, et pas seulement en cette veille d’élections municipales. Un sujet qui dure maintenant depuis de nombreuses années et qui reste ancré dans une situation de crise. C’est le logement. À Narbonne (Aude), il suffit d’interroger tous les acteurs concernés pour avoir la même réponse : la demande est très importante et l’offre peine à y répondre.
D’autant que, comme le rappelle Denis Janaud, directeur général d’Habitat Audois, l’opérateur de logements sociaux du Conseil départemental, « l’Aude est le troisième département le plus pauvre de France en termes de salaires ». Et que, comme le note encore Pierre-Marie Beckaert, son homologue de Domitia Habitat, l’organisme spécialisé dans le logement social du Grand Narbonne, « entre 80 % et 85 % des Audois peuvent prétendre à un logement social ». Au 31 décembre 2025, sur Narbonne, 6 322 demandes, dont une part non négligeable de personnes venant de l’extérieur de la ville, étaient en attente de réponse positive.
La ville comptait 38 000 habitants en 1968, elle en compte 60 000 aujourd’hui.
Dans les années 1970-1980, sous la houlette d’Hubert Mouly, le maire d’alors, la cité audoise avait connu un boom du logement, avec notamment la réalisation de quartiers de Pompidor, à proximité de la gare, et de Razimbaud. Mais aujourd’hui, la ville fait face à un paradoxe : elle manque de logements, mais peine à en construire. « La loi ZAN (zéro artificialisation nette, NDLR) nous limite », regrette Bertrand Malquier, le maire de Narbonne (qui se représente). Le Plan local d’urbanisme (PLU), voté en décembre 2024, prévoit la réalisation de 3 800 logements sur les dix prochaines années, c’est-à-dire d’ici 2034. Dont un tiers de logements sociaux. « 3 800 logements supplémentaires, c’est 10 000 habitants de plus à Narbonne », poursuit le maire. Un peu plus de 70 hectares devraient être urbanisés. « C’était 154 hectares sur la décennie précédente », ajoute-t-il, comme pour illustrer les limites d’une volonté.
Promotion immobilière : Narbonne « résiste »
Le défi ne se limite pas à la seule offre de logements sociaux. La part du privé a également son rôle à jouer. Sauf que le privé rencontre lui aussi des difficultés pour répondre à la demande d’une ville qui reste attractive et qui attire un millier de nouveaux habitants chaque année. Dans un contexte morose, le secteur de la promotion immobilière s’en tire finalement pas mal. En 2025, il s’est vendu 125 logements neufs sur la ville. C’est, certes, moins qu’en 2024, année où on avait enregistré 168 ventes, mais, « c’est quand même pas mal, c’est l’équivalent de Nîmes », fait remarquer Thierry Iacazio, président régional de la Fédération des promoteurs immobiliers Occitanie Méditerranée (FPI OM). Le groupe narbonnais de promotion immobilière SM développe aujourd’hui la ZAC du Théâtre, « où il y a beaucoup d’offres ». Narbonne « résiste » de ce point de vue là.
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Mais Narbonne n’échappe pas à la pression. « La ville comptait 38 000 habitants en 1968, elle en compte 60 000 aujourd’hui », rappelle Bertrand Malquier, qui fait observer que « de plus en plus de gens viennent s’y installer, notamment des retraités, du fait de sa position géographique, au carrefour de deux autoroutes, et de la mer ». Cet attrait de populations se fait aussi au détriment des Narbonnais déjà établis, qui peinent à accéder à un logement. Certes, la ville répond aux exigences imposées aux communes par l’État en matière de logements sociaux. Narbonne affiche un taux de 25,2 %, (7 254 sur un total de 28 873 logements recensés) juste au-dessus du seuil minimum de 25 %. « Mais on ne peut pas faire que des logements sociaux, il faut maintenir un équilibre, on ne peut pas faire que du social, il faut aussi attirer un public avec du pouvoir d’achat », insiste le maire.
La concurrence « déloyale » des locations saisonnières
Enfin, la difficulté de trouver un logement à louer est accentuée par le phénomène Airbnb. « Narbonne est la seule ville de la région à avoir un quartier en bord de mer, c’est Narbonne-Plage », rappelle Bertrand Malquier. « Il y a une forte concurrence déloyale de la location saisonnière, s’insurge Aurélien Milhau, directeur de l’Agence Départementale d’Information sur le Logement de l’Aude (ADIL 11). Beaucoup de bailleurs préfèrent louer dès avril, avec un loyer plus fort, plutôt qu’à l’année ». Ce qui « accentue les difficultés de logement au quotidien ».
« Ce qui caractérise le territoire narbonnais, c’est l’absence de foncier disponible, regrette Denis Janaud. Le dispositif ZAN a, en partie mis un coup de frein dans les zones constructibles ». Sans oublier des coûts toujours élevés. « C’est ce qui bloque, se désole Pierre-Marie Beckaert. Le foncier viabilisé coûte entre 300 et 350 euros le m². Quand il ne l’est pas, les vendeurs en demandent entre 100 et 150 euros. C’est trop cher ». Narbonne affronte les mêmes difficultés que les autres villes de la région en matière de logement. Sauf que la cité concentre un taux plus important de pauvreté.



