Le viticulteur nîmois de 37 ans repart pour un nouveau mandat à la tête du syndicat professionnel agricole dans le département. Entretien.
Romain Angelras, comment est né votre engagement syndical ?
Si pour les Angelras l’agriculture est d’abord une affaire de famille (nous représentons, avec mon frère, Thomas, la troisième génération de viticulteurs sur les mêmes terres), le militantisme syndical est né chez moi par curiosité via des rencontres amicales. C’est en effet dès la sortie du lycée agricole que j’ai été convaincu par un collègue de rejoindre les Jeunes agriculteurs. Très vite, j’ai été séduit par ces innombrables occasions d’échanges entre jeunes professionnels de la terre qu’offrait le syndicat dans le département et ailleurs. Entre les congrès et autres universités d’hiver, les opportunités de débattre, de comparer les méthodes, de transmettre et de solutionner ensemble les problèmes, la communication est sans contestation possible l’une des clés de fonctionnement des JA. Un syndicat où les remontées de terrains servent véritablement de base aux revendications formulées ensuite au niveau national, notamment dans le rapport d’orientation annuel.
Au-delà du militantisme, qu’est-ce qui vous a poussé à en prendre la présidence ?
La mobilisation gardoise de début 2024 a créé la bascule. Pour rappel, à l’époque on luttait déjà contre la concurrence déloyale, on se battait pour un revenu digne de notre travail. Dans l’espoir d’obtenir aussi un choc de simplification des démarches administratives, on a occupé et totalement bloqué l’Autoroute A9 (au niveau de l’échangeur Nîmes-ouest) durant pas moins de 9 jours consécutifs !
Durant cette mobilisation inédite, mon fils aîné Louis, 4 ans à l’époque, nous a d’ailleurs rendu visite avec sa maman à l’occasion d’une journée des familles. Le voir là au milieu de l’autoroute, entouré des collègues battants mais épuisés, sur son petit tracteur à pédale à m’imiter en train de travailler, ça m’a véritablement bouleversé ! À cette époque, j’étais membre du conseil d’administration des JA depuis 10 ans et la présidente en exercice ne souhaitait pas rempiler. C’est à ce moment-là que je me suis dit : « pour ton fils, maintenant, c’est à ton tour d’y aller ! »
« De nombreux combats, mais peu d’avancées ! «
Quel bilan tirez-vous de ce premier mandat ?
Ce premier mandat a été très formateur. À titre personnel, il m’a permis d’apprendre à gérer les différents dossiers et à maîtriser ma prise de parole en public. J’ai à cette occasion pu nouer de belles amitiés, aussi. Mais ce que j’en retiens surtout ce sont de nombreux combats et malheureusement peu d’avancées. Sur ce point, je pense tout particulièrement à la loi Duplomb sur laquelle on comptait énormément pour améliorer notre quotidien mais qui a été en pratique très vite détricotée. Seules avancées majeures pour les agriculteurs : l’obtention (pour l’heure simplement à titre expérimental, sur l’ensemble de l’Occitanie) d’une fusion annuelle en un seul et même contrôle de l’ensemble de ceux (contrôle de l’OFB, de la Draaf…) qui jusqu’alors s’échelonnaient sur différentes périodes de l’année. Par deux fois, aussi, nous avons pu percevoir une enveloppe significative pour primer les arrachages de vignes, indemnisés alors 4 000 euros pour chaque hectare déplanté.
Vous avez été reconduit à ce poste clé le 20 mars dernier. Pour ce second mandat, quelles seront vos ambitions ?
À l’échelle nationale, les JA se battront pour que notre métier soit reconnu d’utilité publique. Notre mission consiste tout de même à nourrir les Français ! Outre les problématiques nationales communes à tous les jeunes agriculteurs (difficultés d’installation, faiblesse des revenus professionnels, impact catastrophique de la concurrence déloyale, etc.) s’ajoutent, dans le Gard, le stress hydrique ou encore les dégâts causés sur les récoltes par les aléas climatiques. Sur nos problématiques spécifiques, la ministre de l’agriculture, Annie Gevevard, en déplacement chez nous le 27 mars s’est d’ailleurs montrée particulièrement à l’écoute. Malheureusement, comme souvent, pour nous écouter et nous comprendre il y a du monde. Mais pour ensuite agir en notre faveur au niveau institutionnel, généralement ça ne suit pas.
Concernant l’explosion des tarifs du carburant, on nous propose comme solutions une exonération de taxe de 4 centimes par litre (le tarif du GNR a doublé en quelques semaines passant de 60 c à 1,20 € le litre) et l’octroi de prêts à taux 0 %, alors que la majorité des agriculteurs sont déjà surendettés !
Dans l’urgence, on va donc travailler sur des solutions alternatives à faire remonter au national. Puis on s’attaquera aussi à la problématique des nuisibles qui pullulent sur notre territoire, en Cévennes (sangliers) et dans le sud du Gard (lapins). Il est temps que les agriculteurs du département, chasseurs pour la plupart, acquièrent le droit de tirer de nuit à balle réelle de nuit sur leurs terres pour les défendre. Pour l’heure, nous sommes contraints de solliciter l’intervention des rares lieutenants de louveterie (ils sont 17 bénévoles à l’échelle de l’ensemble du département) expressément mandatés par le préfet du Gard. Encore une chose qu’il est temps de changer, urgemment !





