L’agression remonte au lundi 23 février dernier, en milieu de soirée, rue de Bugarel, dans le quartier Ovalie, à Montpellier. Pris à partie par dix personnes, un père de famille et son fils de 17 ans ont été sauvagement frappés et gazés. Ils s’en sortent respectivement avec 96 et 4 jours d’ITT.
« C’est la sirène des policiers qui nous a sauvé la vie ! » Trois semaines après les faits, le traumatisme reste profondément ancré dans l’esprit et le corps de quatre habitants du quartier Ovalie à Montpellier, victimes d’une rixe aussi violente qu’inattendue.
Il était en effet aux alentours de 22 h 30, ce lundi 23 février, lorsqu’une altercation verbale entre des riverains du haut de la rue de Bugarel et un groupe de jeunes de la cité Paul-Valéry, « qui zonait dans le secteur », a dégénéré. « Ce soir-là, mon fils, âgé de 17 ans, qui était allé à l’épicerie du coin s’acheter une boisson, s’est fait prendre à partie par un groupe de sept jeunes dont un, qui était alcoolisé », raconte Sébastien. Parvenant tant bien que mal à remonter chez lui, l’adolescent a alors raconté la scène à son père.
Frappée après avoir menacé d’appeler la police
« Je connais ces loustics et pour éviter des représailles, je suis descendu pour leur dire de se calmer à l’avenir. Je n’avais pas l’intention de me battre, surtout que la plupart sont des mineurs », insiste le quadragénaire. Mais c’était sans compter sur l’animosité ambiante. « Quand je suis arrivé à leur hauteur, ils ont dit à mon fils : “t’as pas honte, t’es allé chercher ton daron”. Ils n’étaient pas du tout dans le dialogue. » D’ailleurs, le ton est rapidement monté sur le parvis du stade de rugby. À tel point qu’Aïfa, une riveraine témoin de la scène, excédée par la présence dans le quartier de nombreux « jeunes délinquants », est intervenue en leur intimant l’ordre de quitter les lieux.
« Mais voyant qu’ils ne partaient pas, elle a alors menacé d’appeler la police. En réponse, elle a reçu un violent coup de poing au niveau de l’œil. Puis celui qui était bien éméché l’a empoignée par le col et l’a poussée du haut des escaliers. Je me suis alors interposé en lui disant : “Tu ne la touches pas” mais en le poussant à mon tour, il s’est accroché à mon t-shirt et me l’a complètement déchiré. On est tombés tous les deux à la renverse sur les marches. Les autres ont commencé à s’approcher pour me taper mais mon fils est venu me défendre. Et c’est parti en bagarre. Moi, je n’ai frappé personne, j’ai essayé de les contenir. Ma femme criait. Puis je me suis approché de la voisine, en bas des escaliers, qui était en train de faire un malaise. »
Je me suis littéralement fait lyncher
C’est à ce moment-là qu’une Audi A1 est arrivée à vive allure. Trois hommes, en l’occurrence le père du jeune homme alcoolisé, son oncle et son frère aîné, en sont descendus, armés de batte de baseball, de matraque télescopique et d’une grande gazeuse et s’en sont pris au père de famille et à son fils. « Quand j’ai tourné la tête, j’ai pris une droite par un des gars qui était arrivé dans mon dos puis j’ai reçu un coup de batte derrière l’oreille. La violence du coup m’a fait tomber par terre. Et là, je me suis littéralement fait lyncher à coups de pied, de poing, de matraque télescopique. »
« Je suis parvenu à m’extirper, je ne sais pas comment. J’ai tenté de fuir mais un des jeunes m’a poursuivi et, tout en me frappant avec une matraque, il m’a gazé à bout portant. J’ai tout le torse de cramé. Selon un voisin, il est ensuite allé dans sa voiture chercher, semble-t-il, une arme de poing mais quand il a entendu la sirène de la police, il a sauté dans l’Audi, rejoint par le reste de la bande, et ils ont pris la fuite. Ça s’est joué à rien… »
Coude cassé en mille morceaux
Sébastien s’en sort avec un coude cassé en mille morceaux (96 jours d’ITT) à force de parer les coups, un doigt fracturé, un coquard, une oreille ayant triplé de volume et des hématomes sur tout le corps. « Et encore, je suis costaud, je fais 106 kg, je fais du sport, je vais à la salle. Mais là j’ai dérouillé. Sans mon gabarit, je ne sais pas où je serais à l’heure qu’il est. »
De son côté, son fils a lui aussi été violemment agressé (4 jours d’ITT). Il a reçu, entre autres, un coup de matraque sur la main et un coup de couteau dans le dos, de haut en bas. Ça lui a déchiré ses vêtements. Il en garde d’ailleurs une estafilade de l’omoplate jusqu’aux reins. « Je les ai vus morts tous les deux. C’était horrible », renchérit la mère de famille qui, depuis, a perdu 5 kg et souhaite déménager craignant « une nouvelle agression ».
Je me suis mise en position fœtale et je l’ai supplié de ne pas me frapper
Quant à la voisine qui s‘est interposée, elle aussi a vu sa « dernière heure arriver » alors qu’elle tentait de regagner son domicile. « J’étais à bout de forces, complètement essoufflée après mon malaise. Et tout à coup, un des trois qui était armé d’une matraque est venu en courant vers moi. J’ai eu tellement peur que je me suis mise en position fœtale et je l’ai supplié de ne pas me frapper en lui disant que j’avais des problèmes de santé. »
« Il a malgré tout levé sa matraque en l’air et c’est à ce moment-là que la sirène de la police a retenti. Il m’a dit : “t’as de la chance” et il s’est enfui. Tant à Sébastien qu’à moi, c’est la sirène des policiers qui nous a sauvé la vie ! »




