Sécheresse, crues, oiseaux prédateurs… Pourquoi les pêcheurs d’Occitanie doivent préserver leur terrain de jeu

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Alors que la saison de pêche vient de s’ouvrir sur les rivières de première catégorie, les fédérations départementales doivent de plus en plus composer avec le réchauffement climatique. Illustration dans le Gard.

Aller à la pêche. L’expression est utilisée à chaque élection pour caricaturer les abstentionnistes. Dimanche dernier pourtant, en ce deuxième week-end de mars qui marque l’ouverture pourtant attendue de la saison dans les rivières de première catégorie, les pêcheurs ont visiblement plutôt opté pour les urnes. En tout cas, « ils n’ont pas été au rendez-vous. Nous constatons, dans le Gard comme dans les départements limitrophes, une baisse importante, autour de 10 %, du nombre de cartes de pêche par rapport à l’an dernier sur la même période« , regrette Vincent Ravel, président de la fédération départementale. Celui-ci a aussitôt lancé une consultation des adhérents pour comprendre si c’est le coût du carburant ou les élections municipales qui ont poussé les habitués à bouder les cours d’eau ou si le problème pourrait devenir structurel.

Car ces dernières années, les pêcheurs de la région n’ont pas souvent été à la fête, notamment à cause du réchauffement climatique. Il y a eu la sécheresse dont les conséquences sur les rivières – débit plus faible, température de l’eau élevée, faible teneur en oxygène – engendrent une surmortalité des poissons, ce qui a parfois imposé la mise en place de quota de prélèvement, voire la fermeture partielle de cours d’eau… Et cet hiver, ce sont les crues qui ont perturbé les écosystèmes.

Une région jusque-là dynamique

Si le début de saison semble timide, l’Occitanie fait tout de même partie des régions qui comptent le plus de pêcheurs. Grâce à un terrain de jeu propice, l’Aveyron (avec 20 000 cartes environ délivrées en 2025) et la Lozère (12 500), si l’on rapporte ces chiffres au nombre d’habitants, sont même parmi les départements les plus dynamiques. Le Gard et l’Hérault affichent des effectifs relativement similaires avec quelque 16 000 adhérents. L’Aude et les Pyrénées-Orientales en comptent un peu moins, entre 10 000 et 11 000, mais les Pyrénées catalanes ou la Cerdagne ont de solides atouts pour développer le tourisme halieutique. La fédération départementale vient d’ailleurs de lancer le premier "territoire d’exception pêche".

Disparition de frayères, arrivée du grand cormoran

Pierre, grand amateur de pêche qui a ses habitudes en Lozère, témoigne d’une ouverture de saison contrariée.« Les rivières ont vraiment souffert. Alors qu’il y avait de très belles frayères l’automne dernier, la plupart ont disparu du fait des crues« . Celles-ci sont pourtant indispensables, puisque c’est dans ces lieux que se reproduisent les espèces piscicoles. De facto, « on attrape que des truites d’une taille certaine, aucune petite. S’il n’y a pas de renouvellement de générations, le milieu halieutique sera en danger« , redoute le Lozérien. Du côté de Millau, Jérôme Coulon pointe aussi la responsabilité du grand cormoran, que la surpêche dans les mers et océans, pousse vers l’intérieur des terres. « Ils pillent le stock de poissons géniteurs, en plus de détruire l’écosystème des rivières« , détaille ce membre de La Gaule millavoise.

Ces craintes sont partagées dans le Gard par Vincent Ravel qui attend beaucoup des pêches électriques du début d’été pour mieux mesurer les classes d’âge actuelles. « Si les juvéniles ne sont pas présents, on ne pourra conclure qu’à une mauvaise reproduction« , dit-il. Sa fédération a toutefois préféré anticiper en réglementant la pêche dans les rivières de 1re catégorie à deux poissons par jour et par pêcheur. « Eux-mêmes ont salué cette initiative dans la mesure où elle doit permettre de maintenir un maximum de géniteurs, donc d’optimiser les reproductions. Notre objectif est de conserver un cheptel de poissons et de ne pas réduire la ressource« , justifie le président.

Travail sur l’habitat, mise en place d’un carnet

En parallèle, ses équipes ont lancé un travail sur l’habitat. « Plutôt que de pratiquer des déversements de poissons comme on l’a fait pendant des décennies, on va essayer d’optimiser la reproduction des espèces de poissons sauvages dans nos cours d’eau, notamment par l’aménagement de frayères, la mise en place de réservoirs biologiques… Ce sont des ruisseaux que l’on va laisser à 100 % en gestion patrimoniale, avec remise à l’eau des poissons capturés pour conserver des zones de reproduction et de développement des poissons qui peuplent nos rivières« , particulièrement les espèces autochtones à chaque bassin-versant.

Vincent Ravel pense tout de même aussi aux pêcheurs qui souhaitent continuer à manger du poisson sauvage – « et c’est légitime, il ne faut pas généraliser le “No kill”«  – en créant des parcours spécifiques dédiés à des prélèvements pour consommation.« Il faut trouver un juste équilibre« La protection des habitats piscicoles prendra toutefois du temps, « dix à vingt ans« . En attendant, ce jeune président de fédération départementale milite donc aussi pour la mise en place d’un carnet de capture qui permettra de connaître le nombre de poissons pêchés, ceux qui sont prélevés comme ceux remis à l’eau. « Ces données statistiques sont indispensables pour avoir une gestion plus fine des milieux et cibler nos actions« , détaille Vincent Ravel, appelant à un travail national, puisque les pêcheurs, avec une carte dans un département, peuvent aller sur les cours d’eau voisins.

Le silure, une espèce nuisible ?

On voit souvent des images impressionnantes de pêcheurs posant avec un silure géant de plus de 2 mètres, capturé après un long combat. Cela pourrait bientôt être fini puisque le gouvernement a présenté, le 14 février dernier, un projet de décret inscrivant le silure sur la liste des espèces susceptibles de provoquer des déséquilibres biologiques ce qui pourrait conduire à le classer parmi les espèces nuisibles qu’il faut réguler. La fédération de pêche du Gard, sur son site internet, défend la place du silure dans les secteurs qu’il a colonisé ces dernières décennies, le Rhône ou le Bas-Gardon notamment, rappelant son rôle dans la chaîne alimentaire, mais appelle les pêcheurs à ne pas le déplacer dans les rivières ou les lacs.

Le Gardois se montre d’ailleurs plutôt optimiste sur cette généralisation, tant les fédérations départementales de pêche et les associations locales ont aujourd’hui pris conscience de l’importance de préserver leur terrain de jeu. Dans les Pyrénées-Orientales par exemple, où la sécheresse a fait beaucoup de dégâts ces dernières années, un observatoire des cours d’eau a été lancé avec la mise en place de 86 stations qui surveillent différents paramètres. Là aussi, l’objectif à plus long terme est de travailler sur « la continuité écologique«  pour permettre aux poissons de bouger, en amont comme en aval.

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Pour l’heure, dans les rivières catalanes, les conditions sont « quasi parfaites«  grâce aux pluies de l’hiver et la fédération a constaté un regain de 13 % de cartes de pêche, après plusieurs années d’érosion dues à la sécheresse. La preuve que la pratique séduit encore… Et que l’expression “Aller à la pêche” pourra toujours être utilisée les jours d’élection.

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