Après trois ans de détention provisoire, Jean-Pierre D. apparaît devant la cour criminelle départementale de Seine-et-Marne, le visage très émacié, le crâne lisse, le regard souvent mouillé de larmes face aux nombreux témoignages ou aux rapports d’experts le concernant. Rien à voir apparemment avec le policier sûr de lui qu’il était, « dragueur impénitent, totalement axé sur le sexe », comme le dépeignent plusieurs anciens collègues. À 60 ans, le retraité a bien sûr été exclu des rangs de son administration après un double viol commis sur une plaignante, en plein commissariat de Pontault-Combault, en 2023. Une affaire « retentissante » qui avait alors secoué à tous étages, aussi bien le parquet de Melun, ce qui constituait, comme le rappelait le ministère public lors des débats, « une grave atteinte à la réputation de la police nationale », a rappelé le ministère public lors des débats, qui se sont déroulés du lundi 23 mars au mercredi 25 mars 2026.
Une plaignante en situation de vulnérabilité administrative
Une enquête confiée à l’inspection générale de la police avait été diligentée. Les faits avaient eu lieu le 22 février 2023 et en récidive, le 1er mars, dans un bureau isolé du commissariat. Une femme d’origine angolaise arrivée en France récemment et sans papiers de séjour était venue déposer plainte pour des violences conjugales. Une démarche courageuse de la part d’une personne en situation de vulnérabilité administrative. Un détail qui n’avait pas échappé au policier, et qui lui avait permis d’obtenir deux fellations à quelques jours d’intervalle.
Le mis en cause a d’abord nié ces viols, puis avec le temps et la réflexion, a fini par les reconnaître. À l’audience, sous le feu roulant des questions des magistrats, il s’est longuement repenti, parfois de manière presque inaudible et avec des sanglots dans la voix, en présentant ses excuses à sa victime. Des excuses accueillies avec beaucoup de scepticisme par la partie civile, ironisant sur ses « larmes de crocodile ». « Je suis croyante et j’avais tellement honte !, a-t-elle souligné, en larmes. Je me sentais la bouche sale et ne pouvais même plus manger, après ce qu’il m’a fait subir ».
Décrit par une ancienne compagne comme un « prédateur sexuel », l’accusé avait déjà été condamné en 2010 pour exhibitionniste. Sa dernière compagne, en revanche, l’a pour sa part décrit comme un être « tempéré, calme, doux et rassurant ». Face à ce portait mixte d’un homme aux facettes contradictoires, le président de la cour a même évoqué l’image littéraire de docteur Jekyll et mister Hyde.
Réclusion criminelle
Au dernier jour du procès, l’avocate de la partie civile, Me Naïma Nezlioui, insistait sur le traumatisme de sa cliente, « encore sous le choc trois ans après les faits ». L’avocate générale réclamait 12 ans de réclusion et 10 ans de suivi sociojudiciaire. De son côté, la défense revenait sur l’enfance fracassée de l’ancien policier, lui-même victime d’abus sexuels dans sa jeunesse : « Un père qui boit et qui cogne, un frère qui viole, une mère qui hait. Et puis à l’âge adulte, encore des viols avec un entraîneur de judo… une enfance pire que chez Zola ». Les derniers de Jean-Pierre D. ont été un vibrant « pardon ! », lancé bien en face de la victime, restée stoïque sur son banc.
Au final, il a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle, conformément aux réquisitions, à 5 ans de suivi sociojudiciaire, et à une interdiction du corps de réserve. En outre, il devra verser 40 000 € de dommages et intérêts à la plaignante.
Jean-François CALTOT
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