Mardi, Midi Libre a réuni, dans ses locaux de Saint-Jean-de-Védas, Alain Bilicki, président de l’Arago de Sète, et Jean-Charles Caylar, son homologue du Montpellier Hérault Sport Club. Les deux hommes se retrouveront au Barrou de Sète, vendredi, pour le match aller de la demi-finale du championnat entre les deux équipes. Entretien.
Comment vivez-vous le fait que vos deux clubs se retrouvent en demi-finale du championnat de France ?
Alain Bilicki, président de l’Arago de Sète : « Un Montpellier-Sète, ça fait le buzz. À Sète, nous avons rempli la salle en 72 heures. Pour l’image de notre sport, c’est très bien. »
Que ce soit une première dans l’histoire, est-ce une anomalie ?
Jean-Charles Caylar, président de Montpellier HSC VB : « Ce n’est que le début. La saison prochaine, on se retrouvera en finale. Ce sera encore mieux. »
À Montpellier, se sent-on dans la peau du favori ?
J-C.C. : « Nous sommes là où nous voulions être. La saison a été construite pour ça. L’expérience me fait dire que les play-offs sont une autre saison qui démarre. Je ne suis pas partisan de la formule sportive proposée par la Ligue nationale. Encore moins celle de cette année avec l’instauration du play-in puisque le 10e de la saison régulière peut devenir champion de France. Sur les quatre équipes présentes en demi-finale, je suis bien incapable de dire qui sera champion. On souhaite l’être, c’est notre objectif, mais on sait que ce sera difficile contre Sète. »
Alain Bilicki, quand vous entendez Jean-Charles Caylar dire que Montpellier n’est pas favori, comment réagissez-vous ?
A.B. : « Jean-Charles est humble, il a raison de l’être. De notre côté, nous avons déjà rempli notre objectif. On n’oublie pas que Montpellier, deuxième, a fini la saison régulière avec 17 points d’avance sur Sète, sixième. On va être résilient, au taquet et on verra bien. Le premier match au Barrou, vendredi, sera très important. »
Justement, la réouverture du Barrou en début d’année a généré un bel enthousiasme. Est-ce que cela peut être un élément décisif ?
A.B. : « Quand il a été décidé de refaire la salle, on a demandé de conserver l’esprit chaudron. On sait qu’à Sète, c’est important. Pour ce match contre Montpellier, on espère avoir un chaudron en fusion. »
« Pour être champion, il faut du talent et de la chance »
Jean-Charles Caylar, votre équipe est intraitable à domicile. Pensez-vous pouvoir profiter de l’avantage du terrain en accueillant le match retour et un éventuel match d’appui ?
J-C.C. : « Nos joueurs se sentent bien dans leur salle. Ils profitent d’une dynamique positive, ils sont toujours combatifs. Nous avons une équipe de bons joueurs ayant l’habitude de ces matchs et des grosses ambiances. Au niveau du public, on est en retard par rapport aux Sétois mais, peu à peu, on progresse avec de plus en plus de monde dans la salle. Je crois beaucoup à l’identité de l’équipe, les spectateurs se retrouvent dans ce qu’elle dégage. Ceux de Montpellier sont des garçons accessibles, sympathiques et talentueux. »
Quelle est la recette pour devenir champion de France ?
A.B. : « Le volley-ball est un sport très difficile. Il est compliqué de garder les joueurs d’une saison sur l’autre, de faire des contrats de longue durée. Depuis le début de ma présidence, je n’ai pas encore réussi à le faire. »
J-C.C. : « Cela fait partie des préalables que je pose lors des discussions avec les agents et les joueurs. Pour être champion, il faut s’inscrire dans le temps long. Il faut aussi avoir du talent et de la chance. En 2022 quand on gagne le titre, la demi-finale contre Chaumont se joue à une balle contestée. La saison dernière, on se fait sortir par Tours en demi-finale au tie-break du match d’appui. Ces matchs-là se jouent à peu de choses. »
Financièrement, que peut rapporter un titre ?
J-C.C. : « Je vais vous le dire : rien ! »
A.B. : « Pire, devenir champion de France permet de se qualifier en Coupe d’Europe qui, elle, coûte de l’argent. »
En termes d’exposition médiatique, estimez-vous que le volley-ball est en progression ?
A.B. : « Médiatiquement, oui mais cela se ressent d’abord dans les salles partout en France. Et dans les clubs : autour de l’étang de Thau, on compte 2800 licenciés, c’est énorme. »
J-C.C. : « La Fédération Française de Volley-ball (FFVB) se porte très bien. Les comptent sont bons, le nombre de licenciés augmentent, les équipes de France performent. Le travail fait par les clubs porte ses fruits. À mon avis, c’est moins le cas de la Ligue Nationale (LNV). »
« Une rivalité sportive mais beaucoup de respect »
Serez-vous au soutien du club qui se qualifiera en finale du championnat si ce n’est pas le vôtre ?
J-C.C. : « Oui, tout à fait. D’abord parce que j’aime bien Alain. Je vais vous livrer un petit secret : quand je ne peux pas aller à l’assemblée générale de la LNV, c’est Alain qui a ma procuration, c’est l’Arago de Sète qui représente le MHSC VB. »
A.B. : « Il y a toujours une rivalité sportive mais aussi beaucoup de respect. Si jamais Montpellier est en finale, cela va rejaillir sur le volley-ball héraultais. »
Sète n’a jamais été champion. Si vous l’êtes, aurez-vous le sentiment de marquer l’histoire ?
A.B. : « Le volley-ball à Sète est une institution. Les résultats de l’Arago sont toujours commentés… On a un public de connaisseurs et tout le monde est entraîneur. Notre ambition est d’être, un jour, champion de France. En attendant, on construit. Nous avons acheté une maison pour loger les joueurs du centre de formation, les jeunes s’entraînent dans de bonnes conditions. Il y a deux ans, nous avons été champions de France des centres de formation, l’an dernier vice-champions. On essaie de structurer le club pour que l’Arago figure de manière récurrente dans les cinq premières équipes du classement. »
Au MHSC VB, pensez-vous ne pas être reconnu à votre juste valeur dans une ville où il y a beaucoup d’autres clubs professionnels ?
J-C.C. : « J’ai le sentiment que, pour exister à Montpellier, nous avons l’obligation d’être performants sous peine de disparaître des radars. C’est un problème mais aussi une chance parce que cela nous oblige, chaque année, à se remettre en question et à travailler. On est revenus dans les conversations montpelliéraines grâce à nos résultats. À Montpellier, on ne peut pas s’endormir. »
La demi-finale entre vos deux équipes débute ce vendredi. Quel est votre pronostic ?
J-C.C. : « Que le meilleur gagne en espérant que le meilleur soit Montpellier (rires). »











