Le lundi 16 mars 2026, dans la salle d’audience de la cour d’assises à Coutances (Manche), deuxième jour du procès d’un homme jugé pour tentative de meurtre sur sa compagne, à Ouville le 15 octobre 2023.
L’huissière avait rarement vu autant de scellés à ouvrir pour les présenter aux jurés, jamais eu à lutter avec des ciseaux contre tant de rubans rouges résistants qui bardaient les épaisseurs de kraft enveloppant les objets du drame de ce 15 octobre 2023, des morceaux de verre, un couteau, un tournevis, une pompe à graisse, une scie à bois, certains tachés du sang de la victime.
Ils avaient servi dans l’acharnement de l’accusé à en finir avec sa compagne. La scie à bois surtout, par sa taille, scie à main traditionnelle avec des montants en bois maintenus par des cordons et sa lame à petites dents, était glaçante.
L’accusé, après s’être déchaîné sur sa victime pendant plus d’une heure, coups de poing au visage avec des gants de moto, renforcés, coups qui pleuvent sur elle entre des étranglements, avant qu’elle tombe à terre puis qu’elle gise sur le sol, avec chaque outil, chaque bris de verre, dans le cou, dans le dos, sur le thorax, dans le flanc, lui avait proposé d’en finir en lui tranchant la tête avec la scie. L’horreur ! « Je t’aime, mais il faut que je le fasse. On se retrouvera là-haut. »
En prison, il perdrait le contrôle sur sa compagne
Le 23 septembre, il venait d’apprendre qu’il était condamné par la cour criminelle de la Manche à trois ans de prison ferme pour avoir commis un viol et des agressions sexuelles sur deux filles de sa compagne. Il avait tenté d’écarter la perspective de l’emprisonnement qui le terrorisait en faisant appel de la décision, accusant les magistrats d’avoir commis une erreur judiciaire, étant à ses yeux innocent du crime dont on l’accusait.
Mais, le 12 octobre, il apprenait qu’il n’échapperait pas la détention provisoire avant son procès en appel à Caen (Calvados). Sa compagne, elle, avait été blanchie de l’accusation de non-dénonciation du crime de son compagnon sur ses filles et n’avait donc pas connu la prison. Sa logique à lui, c’était de dire :
On est ensemble : on vit ensemble, on meurt ensemble.
Ils allaient se trouver séparés. C’était inacceptable pour lui. Elle échapperait à son contrôle, à son emprise, elle qu’il avait « noyautée » en l’écartant de ses enfants, de ses amis, qui n’avait plus de compte personnel, qu’il dévalorisait, qu’il traitait de bonne à rien et frappait à l’occasion. Donc elle allait payer. Jusqu’à en perdre la vie sous ses coups ?
La volonté de tuer ?
Au récit de cet après-midi de violences inouïes où l’accusé en délire, alcoolisé (2,32 g d’alcool par litre de sang, de quoi plonger dans le coma toute personne non « entraînée »), a fait subir à sa compagne en crescendo des souffrances jusqu’à ce qu’elle ait compris qu’elle allait mourir, la question posée aux jurés qui allaient décider du sort de l’accusé était celle de l’intention de tuer : oui ou non a-t-il voulu en finir avec elle après l’avoir jetée à terre, ensanglantée ?
Pour l’avocate générale, sa volonté de tuer était évidente : sa rage, le crescendo de ses coups, ses réflexions pendant qu’il s’acharnait sur elle, comme « t’es vraiment coriace », et surtout la scène de la scie où, exhibant l’outil, il lui dit en finir avec elle en lui sciant le cou. Devant cette abomination, certaine de perdre la vie de sa main, elle l’avait supplié d’utiliser un couteau de cuisine et de lui plonger « dans le cœur pour que ce soit plus rapide ». Et il est allé le chercher.
Mais pour Me Marin, l’avocat coutançais de l’accusé, c’est la peur de la prison qui a fait perdre pied à son client. Non seulement, il savait que les prisons étaient surpeuplées, violentes, des lieux où des viols n’étaient pas exclus, mais son monde construit avec sa compagne s’effondrait : confronté à un stress intense, une détresse émotionnelle, il a perdu toute mesure, ses pulsions de violence qui sont un trait de sa personnalité ont été libérées d’autant plus facilement du fait son intoxication alcoolique intense.
Emporté par ses pulsions contre sa compagne qui allait forcément se libérer de lui, du moins ne plus partager son sort, il avait la volonté de la faire payer, de lui faire mal, est convaincu Me Marin, mais pas de la tuer.
« 20 ans, c’est le condamner à vie »
L’avocate générale, convaincue de l’intention « féminicide » de l’accusé, allait requérir 20 ans de réclusion criminelle en réponse légitime à ses actes, puis, à sa sortie de prison, 10 années de suivi sociojudiciaire avec obligation de soins, interdiction de tout contact avec sa victime et l’interdiction de détenir une arme pendant quinze ans.
Pour la magistrate comme pour Me Caroline Boyer, la tentative de l’accusé n’est pas un cas isolé : en 2024, 149 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon, et 270 autres ont été victimes d’une tentative de meurtre. « 20 ans, c’est condamner à vie cet homme de 61 ans », a plaidé son avocat. Il purge une peine de 10 années pour viol incestueux sur mineure de moins de 15 ans.
La cour d’assises, vers 19 heures, après trois heures de délibérations, a fait connaître son verdict. L’accusé est condamné à 16 ans de réclusion criminelle (peine qui s’appliquera après l’exécution de la précédente condamnation), à cinq années de suivi sociojudiciaire à sa sortie de prison, parce qu’est établie sa dangerosité en lien avec son alcoolisation, impliquant l’obligation de dédommager sa victime, l’interdiction de toute relation avec elle, celle de séjourner dans la Manche pendant cinq ans, et celle de posséder une arme pendant 15 ans. Il lui est retiré son permis de chasse.
Il a dix jours pour faire appel de cette décision.
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