L’audience avait eu lieu le 16 février 2026. Dans une décision qui vient d’être rendue publique, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a temporairement gelé la suspension de fonctions de six mois dont avait été frappé le salarié d’un club hippique des Yvelines, actuellement visé par une enquête administrative.
Cette décision avait été prise par le préfet du département, le 22 janvier 2026, à la suite de la transmission par la Fédération française d’équitation (FFE), à l’été 2024, de trois premiers signalements accusant un homme présenté comme « responsable pédagogique et technique » d’un « comportement inadapté » à l’égard d’anciens membres ou salariés.
« Atteinte grave à sa réputation professionnelle et à sa notoriété »
Le club en question est le Cercle hippique du Chesnay-Rocquencourt (CHCR). Ces témoignages émanaient « d’anciens cavaliers du club » et du « père d’une ancienne cavalière ». Trois autres signalements, venus « d’anciennes cavalières » en janvier 2026, ont depuis été joints au dossier.
Le « responsable pédagogique et technique » avait saisi le tribunal administratif versaillais, le 30 janvier 2026, dans le cadre d’une procédure d’urgence. Il estimait que la mesure à son encontre portait une « atteinte grave à sa réputation professionnelle et à sa notoriété ».
Sous la menace d’un licenciement et de la perte de son logement
Le président du Cercle hippique l’avait en outre prévenu qu’il serait licencié « à très court terme » et qu’il perdrait de facto son « logement de fonction » si la suspension préfectorale venait à ne pas être levée. Cela augurait un coup dur financier pour l’intéressé.
« Il verse chaque mois 750 € pour le logement de sa fille et de son ancienne conjointe. »
« Son employeur ne peut pas lui confier d’autres tâches, administratives par exemple, car elles sont déjà gérées par les membres du conseil d’administration et une secrétaire », avait également expliqué la défense.
« Des témoignages mensongers, non datés et non motivés »
En tout état de cause, pour l’avocate, les faits reprochés à son client étaient « flous », « peu précis » et « peu étayés ». « Ils reposent uniquement sur des témoignages mensongers, non datés et non motivés », appuyait-elle.
« Jamais » ce moniteur d’équitation n’a ainsi « harcelé » qui que ce soit « par message » ni même « insulté » une cavalière « sur le bord de piste en compétition ».
« Il produit de très nombreuses attestations de cavaliers ou de parents qui vantent ses qualités. Les vidéos de coaching qu’il produit prouvent qu’il enseigne avec bienveillance. »
Il n’a « jamais » été « alcoolise sur son lieu de travail »
Son client n’a par ailleurs « jamais » été « alcoolisé sur son lieu de travail », jurait la défense. Les « faits » reposent « uniquement sur un échange de messages transmis par une salariée du club qui rencontrait, à ce moment-là, de grosses difficultés avec lui ».
L’avocate en veut pour preuve que son client a « toujours l’ensemble de ses points » sur son permis de conduire et qu’il n’a « jamais conduit sous l’effet de l’alcool ». « Les mineurs sont toujours accompagnés de parents et il est matériellement impossible que ces enfants aient consommé de l’alcool », voulait-elle rassurer aussi.
Dans la maison louée pour les championnats de France 2024
C’est d’ailleurs son client lui-même qui « a instauré une règle d’interdiction de consommation d’alcool dans la maison commune louée par les cavaliers » lors des championnats de France d’équitation. Elle était valable pour tous, « y compris pour les majeurs ».
Les « accusations de maltraitance animale » dont il fait l’objet, quant à elles, sont issues, a rappelé l’avocate, « d’une ancienne salariée qui a adopté une attitude intolérable ayant conduit à la rupture de son contrat de travail ».
« Comportement diffamatoire » des accusateurs
« Il est faux d’affirmer que beaucoup de cavaliers ont quitté le club alors que leur nombre est stable depuis plusieurs années », développait encore l’avocate. Aucune « utilisation frauduleuse » de licence ne pouvait non plus être reprochée à son client. Les faits en question résultaient d’une simple « erreur de la part du secrétariat » de l’association.
« De manière générale, les faits rapportés ne proviennent que d’anciens membres du club ou de salariés qui ont rencontré des difficultés avec l’association, ce qui pourrait expliquer leur comportement diffamatoire. »
Un « danger pour la santé et la sécurité physique ou morale »
Le préfet des Yvelines, lui, avait continué à soutenir à l’audience que le maintien du requérant dans ses fonctions sportives faisait courir un « danger pour la santé et la sécurité physique ou morale » des pratiquants.
« Le club dispose d’autres éducateurs sportifs », faisait au demeurant observer le représentant de l’État à propos de cette simple « mesure de police préventive ».
Des « attestations » de probité à prendre « avec précaution »
« Les témoignages décrivent une situation d’emprise et des craintes de représailles, ne permettant pas de libérer plus tôt la parole des victimes », a avancé également le représentant du préfet à l’audience, à propos de ce « comportement inadapté » qui « vise à humilier et insulter les cavaliers » avec des « menaces d’exclusion du club ».
Ces six signalements « concordants » citent au total « seize cavaliers » et « neuf anciens salariés », soulignait par ailleurs le juriste de la préfecture. « Les attestations produites par le requérant – dont certaines émanent de personnes avec lesquelles il a entretenu des relations sentimentales – sont à prendre avec précaution. »
Il aurait « frappé » une cavalière et « craché » sur une autre
Le juge des référés, lui, a trouvé les signalements « peu circonstanciés ». Seules sont précisément évoquées « une séance d’entraînement », le 31 janvier 2025, où une cavalière a fait une « crise d’angoisse » en raison des « hurlements » du requérant et une « altercation » lors des championnats de France 2024, où il aurait « frappé » une cavalière et « craché » sur une autre.
« Ces deux faits sont toutefois contredits par des attestations de témoins directs produites par le requérant, notamment la cavalière présentée comme victime d’un crachat. »
Pas de situation justifiant la suspension pour le juge
Aucun des autres faits qui lui sont reprochés (« maltraitance animale », « consommation indue d’alcool »…) ne fait peser de « danger grave et immédiat » sur les membres du club hippique, relève surtout le magistrat.
« Si les signalements reçus justifiaient pleinement une enquête administrative (qui a débuté en janvier 2026 – N.D.L.R.), il ne résulte pas de l’instruction qu’il existait à la date de l’arrêté [préfectoral] une situation justifiant que [le mis en cause] soit interdit d’exercer […] sans même attendre les conclusions de cette enquête », a tranché le juge des référés.
G.F. (PressPepper)
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