un procès sous haute tension s’ouvre à Toulouse

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Des jeunes criblés de balle en pleine rue, dans leur voiture, dans l’ascenseur de chez leur mère… Les multiples fusillades de l’été 2020 aux Izards ont marqué Toulouse au fer rouge. Quatre jeunes ont perdu la vie et sept autres ont été blessés dans cet affrontement sanglant entre deux équipes du quartier, en à peine deux mois, entre le 10 août et le 11 octobre. La série de règlements de comptes est le résultat d’une conjoncture inédite : une première équipe de trafiquants fragilisée par un gros coup de filet de la police, au moment même où l’une des grosses têtes du réseau adverse sort de prison… L’opportunité rêvée de reprendre aux concurrents affaiblis un point de deal très prisé, qui rapporte alors 40 000 euros par jour. Six ans après l’affaire, 11 membres de l’une de ces équipes sont jugés aux Assises de Toulouse. Le procès s’ouvre ce lundi 23 mars 2026, sous haute sécurité. Pour tout comprendre de ce qui se joue, retour sur les multiples épisodes de représailles de l’été 2020.

Le début d’une guerre

Le quartier des Izards, c’est un point chaud du trafic de drogue à Toulouse. « Historiquement, il y avait une seule et même équipe qui tenait un gros point de deal » : celui de la pharmacie des Izards, au niveau de la station de métro Trois Cocus, explique une source proche de l’enquête, avec qui Actu Toulouse s’est entretenu. « C’était le point de deal le plus rentable de la ville », qui rapportait « environ 40 000 euros par jour ».

Le point de deal historique se trouve en face du métro Trois Cocus. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Et puis, « à un moment, il y a eu une scission dans l’équipe ». Aymen H., l’une des grosses têtes du quartier, a monté son propre réseau en parallèle de celui que gérait Mohamed Z. – considéré comme l’un des commanditaires, jugé aux Assises à partir du 23 mars. « Et la guerre moderne des Izards a commencé. »

3 novembre 2018 – fusillade de la pizzeria Napolina, deux blessés

Les représailles ont certes pris un tournant entre août et octobre 2020, mais c’est fin 2018 qu’elles commencent réellement, avec la fusillade de la pizzeria Napolina. On est le samedi 3 novembre 2018, la nuit vient de tomber sur Toulouse, des clients mangent un bout dans le restaurant situé juste en face de la station des Trois Cocus.

La pizzeria Napolina a été le théâtre de la fusillade. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Il est 22h30 quand deux hommes encagoulés surgissent dans une Renault Clio sombre et ouvrent le feu dans la pizzeria. Un homme de 40 ans, visiblement visé, finit blessé à la cuisse. Une victime collatérale, un voisin du restaurant, est également légèrement blessée. « Cette affaire a déjà été jugée mais elle est cruciale, notamment parce que la fusillade de la pharmacie des Izards, vient y répondre », souffle cette même source.

17 mars 2019 – fusillade de la pharmacie des Izards, deux blessés

Le dimanche 17 mars 2019, peu avant 6h30 du matin, une salve de coups de feu retentit là encore face au métro Trois Cocus. Une Renault Mégane grise vient de surgir en face de la place Micoulaud : le passager a ouvert le feu au fusil d’assaut sur deux victimes, qui se trouvaient à bord d’une Volkswagen Golf noire, stationnée devant la pharmacie des Izards.

La Golf est criblée d’impacts, une trentaine de balles au moins sont tirées. À l’intérieur de la voiture ? Deux membres de l’équipe Z. « Par un miracle absolu, ils s’en sont sortis », ajoute notre source.

La voiture criblée de balles, devant la pharmacie des Izards. (©G.L. / Actu Toulouse)

Et deux mois plus tard, voilà de nouvelles représailles : l’un des proches collaborateurs d’Ayman H. est abattu en pleine tête, alors qu’il sort de chez lui, le 4 mai 2019. « Suite à ces épisodes, Aymen H. finit par être mis en cause, notamment dans l’affaire de la pharmacie des Izards. Il est placé en détention provisoire et l’équipe Z. a le champ libre pour prospérer », se souvient la source proche du dossier. Pas pour très longtemps… car les enquêteurs de la Sûreté départementale l’ont à l’œil.

Le démantèlement du trafic qui change la donne

La police était déjà sur la piste de l’équipe (très organisée), mais un élément déclencheur les a poussés à redoubler d’efforts : des affiches, placardées dans le quartier pour menacer de représailles les habitants qui seraient prêts à collaborer avec les forces de l’ordre.

L’enquête aboutit, le 22 juin 2020, à un raid mené par 170 policiers, entre le Var et la région toulousaine. 16 personnes sont alors interpellées. « Une partie de l’équipe Z. tombe, mais ils ne remontent pas jusqu’à Mohamed Z. [l’une des têtes du réseau, NDLR]. » Le réseau est cependant très affaibli et un autre événement concomitant va tout faire basculer : la libération d’Aymen H. le 31 juillet 2020.

« Il a fait appel de sa détention provisoire et a obtenu gain de cause, donc il est ressorti libre sous contrôle judiciaire en attendant son procès », souligne notre interlocuteur. Pile quand le champ était libre…

10 août 2020 – fusillade de la Poste des Izards, un mort et deux blessés

« La nature a horreur du vide », soupirait à l’époque un enquêteur. Et ça n’a pas raté, car dix jours après, la première fusillade de l’été 2020 éclate chemin des Izards, près de la Poste. Yanis M. (l’un des jeunes jugés à partir du 23 mars) et d’autres membres de l’équipe Z. sont pris pour cibles. Yanis est touché à la jambe, un autre jeune est blessé et un dernier, âgé de 20 ans, meurt sur le coup.

« Pour nous, c’est l’équipe H. qui a tiré sur eux afin de récupérer le point de deal », indique la source proche de l’enquête. Attention, cependant : les auteurs de cette fusillade ont déjà été jugés en septembre 2025 ; sur les cinq accusés, trois ont été condamnés et deux autres, acquittés. Dont Aymen H. « Ensuite, selon nous, toutes les autres fusillades sont menées par l’équipe Z. pour tenter de reprendre le point de deal qui vient de leur être volé. »

14 et 22 août 2020 – fusillades rue des Chamois et rue Ernest-Renan, un blessé

La fusillade a eu lieu au niveau de la rue des Chamois, juste à côté de la station de métro Trois Cocus. (©Anaëlle Montagne / Actu Toulouse)

Quatre jours à peine après la mort du jeune homme devant la Poste des Izards, le 14 août, deux individus cagoulés débarquent sur un T-Max noir et tirent à plusieurs reprises sur un groupe rassemblé au niveau de la rue des Chamois. Intimidation ? Tentative de meurtre ratée ? Fort heureusement, personne ne sera blessé.

La troisième fusillade de l’été 2020 éclate le 22 août, rue Ernest Renan. Il est 21h30 en ce samedi soir quand un homme de 29 ans est ciblé par un tireur. La victime est stationnée sur un scooter et voit arriver un individu, pistolet à la main, qui ouvre le feu. Une balle lui traverse le tibia, puis l’auteur du coup de feu prend la fuite… sur le scooter de la victime.

24 août 2020 – fusillade et course-poursuite : un ado tué, deux suspects arrêtés

La fusillade du lundi 24 août 2020, tragique et pleine de rebondissements, participe à faire basculer l’affaire. Aux alentours de 22h45, toujours à proximité de la bouche de métro des Trois Cocus, un adolescent de 17 ans est grièvement blessé par arme à feu. Il mourra quelques heures plus tard des suites de ses blessures, à l’hôpital.

Quand la police débarque sur le lieu des tirs, une voiture signalée volée démarre en trombe. S’ensuit une course-poursuite jusque sur le périphérique, avant que les tireurs présumés n’abandonnent le véhicule à la Cépière, tentant de fuir à pied… Mais ils déclenchent l’alarme d’une concession BMW où ils essaient de se planquer, et se font localiser par la police. Le tireur présumé, âgé de 28 ans, est retrouvé porteur d’un gilet pare-balles et de gants. Le deuxième homme, âgé de 20 ans, pue l’essence : il a échoué à incendier la voiture qui a servi à commettre le meurtre. À l’intérieur sera retrouvé un véritable arsenal : une demi-douzaine d’armes à feu, parmi lesquelles un pistolet-mitrailleur, des fusils et des armes de poing.

On le sait, un troisième homme était à bord, soupçonné d’être Claudio S. M. (qui sera parmi les accusés lors du procès fin mars 2026). « Il est parti se mettre au vert en Espagne, mais on l’a interpellé quelques mois plus tard alors qu’il revenait », ajoute notre interlocuteur. C’est pour cette affaire que l’équipe de 11 membres de l’équipe Z. sera jugée, à partir du 23 mars 2026.

7 septembre 2020 – un mort et une blessée dans une voiture à Lalande

Trois exécutants sont donc hors de portée, mais les commanditaires eux, semblent toujours bien au chaud – et pas vraiment décidés à s’arrêter là. Le lundi 7 septembre 2020, c’est cette fois le quartier Lalande qui est le théâtre d’un nouvel épisode de représailles mortelles (à deux kilomètres des Trois Cocus).

Vers 6h30, les sapeurs-pompiers de Toulouse-Vion arrivent au 78 chemin de l’église de Lalande et découvrent un véhicule criblé de balles. À bord, un homme d’une vingtaine d’années est déjà mort. Sur le siège passager, une jeune femme du même âge est grièvement blessée par balle – elle survivra à ses blessures.


« C’est Aymen H. qui était visé ce jour-là », ajoute cette source à Actu Toulouse. « Il circulait habituellement dans cette voiture, qui avait été balisée par les voyous. Mais on venait de le faire remettre en prison, pour non-respect de son contrôle judiciaire… ce qui lui a sauvé la vie. »

16 septembre 2020 – un blessé échappe de justesse à la mort rue des Chamois

Une petite dizaine de jours après, le cinquième épisode des représailles sanglantes se tient, là aussi, au niveau de la rue des Chamois. Des témoins évoquent des tirs en rafale, entendus aux alentours de 23h30. Deux tireurs sont impliqués, équipés d’une arme automatique, et une vingtaine de douilles sont retrouvées sur les lieux. Un homme finit gravement blessé, mais échappe de justesse à la mort.

« Des Marseillais étaient impliqués dans cet épisode », se souvient ce même interlocuteur. « La victime était un ravitailleur, pas une des grosses têtes du quartier, mais elle faisait partie de l’entourage de l’équipe H. »

11 octobre 2020 – 6ème et dernier épisode : assassinat ciblé dans un ascenseur

Fait devenu sordidement inhabituel : après la fusillade du 16 septembre 2020, il se passe quasi un mois sans représailles sanglantes. Jusqu’au 11 octobre, que l’on peut considérer comme le dernier épisode de cette guerre des Izards.

Ce jour-là, un jeune de 18 ans, un enfant du quartier et qui se trouve dans l’immeuble où vit sa mère à Blagnac, est froidement assassiné dans la cage d’ascenseurs. « C’était un contrat, un assassinat ciblé », souligne notre source. Ensuite, plus rien. Les représailles cessent, mais l’enquête, elle, est bien lancée.

Des arrestations en série

Il faudra deux ans pour que les policiers de l’Ofast et de la BRI (la brigade de recherches et d’intervention de la police judiciaire) finissent par interpeller d’autres individus présumément impliqués dans les meurtres, le mardi 15 mars 2022.

« Quatre d’entre eux ont été arrêtés à leurs domiciles respectifs, deux autres étaient déjà détenus », précisait alors le procureur de la République, Samuel Vuelta-Simon. Des arrestations menées dans le cadre de trois instructions, ouvertes pour les deux homicides du 24 août et du 7 septembre, et pour blanchiment d’argent lié au trafic de stupéfiants.

SKYecc, un enjeu majeur du procès

Pour les interpeller, les enquêteurs ont pu s’appuyer sur un outil de taille : le décryptage de conversations sur la messagerie cryptée SKYecc, un réseau téléphonique international construit spécialement pour la criminalité organisée. « Ils y ont tout raconté comme dans un livre ouvert, parce qu’ils pensaient que ça ne serait jamais décrypté », souffle notre source.

Cette messagerie sera l’un des enjeux clés du procès  qui s’ouvre le 23 mars, pour l’épisode 2 des fusillades des Izards : il va falloir prouver – en s’appuyant sur les éléments réunis par les enquêteurs – que les accusés sont bien reliés aux identifiants qui pourraient démontrer leur culpabilité. Rendez-vous ce lundi 23 mars pour l’ouverture de l’audience, sous haute sécurité, vu le profil des accusés.

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