Ils sont une quinzaine d’agriculteurs, à avoir investi la salle du tribunal correctionnel de Fontainebleau (Seine-et-Marne), jeudi 23 avril. Ils ont pu mettre un visage sur celui qui, méthodiquement, a ruiné leur outil de travail occasionnant à chaque fois de lourdes pertes d’exploitation depuis mars… « En ce moment, on n’a vraiment pas besoin de çà ! », clament-ils en chœur, consternés. Depuis plus d’un mois, ils ne dorment, alors que sévit un mystérieux pilleur de réservoir de GNR (gazole non routier), le précieux carburant des tracteurs et des machines agricoles. La razzia a commencé début mars et a concerné une quinzaine de communes de Seine-et-Marne, d’Essonne et du Loiret…
Le voleur de GNR ciblait des exploitations agricoles de Seine-et-Marne, d’Essonne et du Loiret
Tousson, Gironville, Beaumont-du-Gâtinais, Château-Landon, Aufferville, Préfontaines, Saint-Loup-des-Vignes… La cible était toujours la même : des exploitations isolées… donc très vulnérables. « On ne peut pas mettre toutes nos machines sous clef », témoigne Jean, une des victimes, exploitant à Tousson. Après de longues heures d’attente, le prévenu fait enfin son entrée dans la salle d’audience en comparution immédiate, menotté et encadré par deux solides gendarmes. Un petit bonhomme, la tête rentrée dans les épaules qui peine à soutenir les regards qui le fixent : les regards de ses victimes.
La présentation est rapide : il a 25 ans, vit à Nemours et se présente comme un maçon sans boulot depuis qu’il souffre d’une double hernie discale. « Alors pourquoi ? », lui demande le président du tribunal. « Pour l’argent… », répond le prévenu dans un souffle de voix. « Pour manger, m’habiller, me laver… continuer à vivre… chercher du boulot ». Et il conclut la voix enrouée : « Je suis mort de honte du mal que j’ai causé à ces agriculteurs… je leur présente mes excuses ». Mais le président en énumérant la longue liste des exploitations ciblées s’étonne : « Ce n’était pas seulement pour remplir votre propre réservoir ? ».
« Non ! j’en revendais aussi… un euro le litre… à des entrepreneurs pour leur engin de chantier ». On comprend mieux alors sa voracité. Concernant l’enquête, les gendarmes de plusieurs brigades ont uni leurs efforts pour reconstituer son itinéraire incertain et nocturne ; jusqu’au moment où son véhicule a été filmé par la caméra de surveillance d’une exploitation, vidéo confirmée par celle d’un village voisin qui a livré en plus le numéro de plaque.
Les bornages téléphoniques ont fait le reste. Dans sa plaidoirie des parties civiles, Me Ahlem El Achhab pour sa quinzaine de clients, résume l’ampleur de l’affaire : 19 réservoirs et cuves percés pour 4 700 litres de GNR volés et un préjudice total de 30 000 € sans parler des pertes d’exploitation. Comme l’expliquent les victimes, les réservoirs sont en plastique et ne se réparent pas… il faut donc les changer pour un coût qui peut atteindre 5000 € l’unité, sans parler des délais de remplacement.
Un casier vierge…
Dans ses réquisitions la procureure a déploré des « faits graves » et rappelle qu’en outre, le prévenu se déplaçait sans permis (à la suite d’une suspension) dans un véhicule sans assurance. Elle réclame 9 mois de prison avec sursis probatoire. En défense, Me Lilas Moncel a insisté sur la grande précarité de vie de son client, son infirmité passagère qui le prive de travail et évoque « une délinquance de survie et de hasard, plus qu’une délinquance d’habitude ».
Il comparaissait pour la première fois et n’a aucun casier. Message entendu par le tribunal qui l’a finalement condamné à neuf mois avec sursis, à effectuer 105 heures de Travail d’intérêt général (TIG) et à indemniser les victimes (1 500 € de provisions chacune) en attendant l’audience des intérêts civils en septembre qui risque de peser très lourd sur un condamné jusqu’alors insolvable.
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