22 ans de réclusion pour avoir tué sa femme à coups de couteau

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Dans l’histoire de Jean-Luc et Marina Garnier, le couple qui demeurait aux Loges-Marchis, dans le sud de la Manche, non loin de Saint-Hilaire-du-Harcouët, deux événements ont eu de lourdes conséquences.

D’abord en 2015, le mari, fragile psychologiquement, avait tenté de mettre fin à ses jours en se jetant dans l’eau glacée d’une rivière. Depuis, il était en soins constants. C’est elle qui, par la force des choses, allait prendre les rênes du quotidien de la maison, de l’ascendant, son mari veillant à respecter ses décisions.

L’autre choc, c’est l’accident de voiture qui, en décembre 2022, l’a clouée un temps chez elle. Pour tromper l’ennui, elle s’était branchée sur un site de belote qui la mettait en lien avec des partenaires de jeu : une ouverture dans le monde étroit de son quotidien qui allait libérer son désir d’autre chose.

Pas bien dans son couple

Rapidement, ce jeu est devenu un exutoire à une vie de couple qui ne la satisfaisait plus. Elle allait s’investir dans ces relations bien au-delà du jeu. Elle avait décidé de rencontrer le premier de ces partenaires, qui était de l’Isère, et y avait entraîné son mari au prétexte d’une semaine de sports d’hiver qu’ils avaient l’habitude de passer ensemble. Elle était en lien avec cet homme, mais sur place, elle ne l’avait pas rencontré. Un échec ? Un espoir déçu ?

À son mari qui avait compris et qui souffrait en silence, elle avait assuré qu’il ne s’était rien passé, et qu’elle cessait tout lien avec lui.

Elle avait décidé de tout quitter

Mais il y eut un second homme, originaire du Pas-de-Calais, un homme marié, avec une position professionnelle importante dans les services départementaux. Et Marina, toujours en quête d’un ailleurs affectif, avait peu à peu tissé des échanges avec lui dans un jeu de séduction intense. L’homme avait cependant été clair avec elle : il n’avait pas l’intention de changer de vie, et il lui avait déconseillé de tomber amoureuse de lui.

Mais elle s’était enflammée. Les SMS échangés entre eux deux dans les heures qui ont précédé les faits du 6 février 2023, projetés sur les écrans de la salle d’audience des assises, montraient les cœurs et les baisers de lèvres rouges dont elle accompagnait ses petits mots.

Elle avait dit à sa mère qu’elle allait le rejoindre dans le nord, qu’elle l’emmènerait, elle, sa mère dont la fragilité excluait qu’elle la laisse derrière elle, et aussi le plus jeune de ses fils, 15 ans. L’envie de tout plaquer et de renaître.

L’aîné des garçons avait vu le changement d’attitude de leur mère, son détachement. Elle ne faisait plus rien à la maison, elle était toujours sur sa tablette ou sur son téléphone. Il avait aussi remarqué que son père n’allait pas bien, qu’il n’avait plus son entrain coutumier et qu’il avait perdu du poids.

Fin janvier, Jean-Luc Garnier avait annoncé à son aîné et à sa sœur la décision de leur mère de le quitter et d’emmener leur benjamin. Leur monde s’écroulait, la colère montait en eux contre leur mère.

Le matin du 6 février, Jean-Luc Garnier avait voulu sauver son couple en proposant à Marina une thérapie avec elle chez son psy. Elle avait refusé. Quand il était revenu, seul, il l’avait retrouvée souriante, son portable à la main.

Dans la partie avec l’homme virtuel, il avait compris qu’il avait « perdu la guerre ». Il était « ruiné », c’était son expression.

Le midi, à table, il dit qu’elle est allée jusqu’à lui montrer le portrait de l’homme avec lequel elle disait refaire sa vie.

Ça, si c’est vrai, et tout le reste, la souffrance de taiseux accumulée de n’avoir pu garder son épouse malgré leurs 20 ans de vie commune, l’ont conduit au pire.

La volonté de tuer

Un couteau était sur la table. Il s’en est saisi, il a pointé le cou de sa femme en lui tenant la tête, « pour lui faire peur ».

Puis, en deux scènes qui ont duré au total plus d’une demi-heure, il l’a laissée baigner dans son sang, l’a empêchée d’appeler les secours.

Puis, surpris qu’elle survive encore, il s’est déchaîné sur elle, il lui a percé le flanc d’une plaie à flot de sang, une artère tranchée. Il a barricadé la maison, entravant toute intervention extérieure, et il est allé vers Pontorson pour se réfugier à l’hôpital psychiatrique où les gendarmes ont mis fin à son aventure.

La violence inouïe de ses coups, les zones létales visées, les entraves qu’il a mises pour empêcher son épouse d’être sauvée, sont autant de certitudes matérielles pour Me Tannier, l’avocat de la mère, du frère et de la sœur de la victime, pour accuser Jean-Luc Garnier d’avoir voulu tuer sa femme (il avait dit qu’« elle n’était pas celle des autres ni un jouet ») et de s’en être donné les moyens.

Cette certitude était partagée par l’avocate générale qui allait requérir contre l’accusé une peine de 30 ans de réclusion criminelle dont 15 ans de peine de sûreté. Me Bonniec, l’avocat de Jean-Luc Garnier, aurait bien aimé qu’on considère que son client, bafoué, humilié, fragilisé psychologiquement, dans un état de détresse semblable à l’époque de sa tentative de suicide en 2015, ne soit pas reconnu pleinement responsable de ses actes mais que, dans ce drame dont il était l’acteur, son discernement était altéré.

Ça n’a pas été le sentiment des jurés qui ont rejeté cet argument et jugé l’homme pleinement coupable de meurtre. Ainsi, la cour d’assises a prononcé contre lui une peine de 22 ans de réclusion.

Les trois enfants du couple du drame étaient présents à ce procès : l’aîné, 25 ans, la cadette, 21 ans, en études à Caen, le benjamin, 18 ans, titulaire de son bac pro. En février 2023, ils ont vécu un effondrement total : leur mère tuée des mains de leur père, leur père en garde à vue puis emprisonné, leur maison interdite, envahie par les forces de l’ordre, les techniciens de crime, les experts…

Soudés, ils ont été courageux, actifs : la cadette, depuis Caen, avait tenté d’empêcher le pire, elle avait alerté les secours. L’aîné, qui avait reçu le message de son père : « J’ai tué ta mère », dominant sa douleur, est allé chercher le benjamin pour lui dire : « Il va falloir que tu sois fort. On n’a plus de mère, on n’a plus de père ».

Les enfants courage

« Ils avaient tout perdu, affectivement seuls, ils étaient démunis, sans autre ressource que le salaire de l’aîné, a souligné leur avocate, Me Claire Vacher, du barreau de Rouen, mais ils ont refusé que leur fratrie éclate, ils sont restés debout. »

Des enfants courage. Ils étaient proches de leur père, ils l’aimaient, un attachement qui les sépare aujourd’hui des membres de la famille de leur mère.

Mercredi 18 mars 2026, une fois le procès terminé, ils sont allés l’un après l’autre prendre leur père dans leurs bras, longuement.

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