"Supprimer soixante-deux classes dans le Gard ? C’est non !" : à Nîmes, parents et enseignants main dans la main face au projet de réforme de la carte scolaire

admin
Par
admin
5 min de lecture

Dans le Gard, les annonces informelles de suppressions de classes se succèdent, suscitant colère et inquiétude du côté des familles et enseignants. Ce jeudi, une délégation a été reçue par le Directeur des services de l’Éducation nationale dans le Département, Christophe Mauny.

Le 8 février 2024, elle s’en rappelle comme si c’était hier. Ce jour-là avec ses petits élèves de CP, Gaëlle Hinfray, enseignante à l’école Georges-Bruguier au Chemin-Bas s’était retrouvée confinée avec toute sa classe, alors accroupie dans un autocar durant d’interminables minutes pour échapper aux balles à l’issue d’une sortie scolaire.

« Ce jour-là, ça tirait dans tous les sens dans le quartier. Au-delà de s’inquiéter pour leur avenir, là, on avait vraiment eu peur… pour leur propre survie !« , se souvient la professeur des écoles qui, deux ans plus tard et en dépit du traumatisme, enseigne toujours à l’école Bruguier au cœur d’un quartier gangrené par la violence inhérente au trafic de drogue.

62 suppressions de classes envisagées dans le premier degré

Ce jeudi 9 avril, l’enseignante passionnée participait à une mobilisation devant les services de l’Éducation nationale du Gard, rue Rouget-de-l’Isle à Nîmes. Pour dénoncer les prévisions de suppressions de classes à la rentrée prochaine – 62 classes au total – rien que dans le premier degré à l’échelle de tout le département.

« Dans notre école, ce sera a priori une classe en moins à la rentrée prochaine ! Or, l’argument avancé à l’échelle nationale d’une baisse démographique ne tient pourtant pas au niveau de notre l’établissement : pour nous, les prévisions tablent sur près de 30 élèves supplémentaires à absorber d’ici la rentrée 2028 !« , fait savoir l’enseignante en colère qui craint, comme ses collègues et les familles présentes à la mobilisation, une dégradation des conditions d’enseignement pour les petits élèves. « La seule fenêtre d’ouverture vers le monde extérieur, et notamment vers la culture pour la plupart des enfants de notre quartier, c’est justement leur école !« , complète Sabrina, maman d’un petit garçon scolarisé en CE1 à Bruguier et soucieuse, elle aussi, de voir plutôt les pouvoirs publics préserver l’institution « École » au lieu de la sacrifier.

Logique comptable vs besoins pédagogiques

Venue de Beaucaire, d’Aimargues et essentiellement de nombreuses écoles publiques nîmoises, ces familles et professionnels de l’enseignement mobilisés main dans la main faisaient, en cet après-midi paisible, décidément un sacré vacarme rue Rouget-de-l’Isle. Exprimant leur colère au son de leurs casseroles frappées à coups de cuillères, ces adultes inquiets pour les générations futures recevaient devant les services de l’éducation nationale du Gard, des coups de klaxon solidaires de la part des automobilistes, pour la plupart riverains dans ce quartier comptant parmi les plus cossus de la ville.

À partir de 14 heures, une délégation intersyndicale d’élus du personnel de l’éducation nationale a été longuement reçue par le Dasen, Christophe Mauny, afin d’évoquer donc, au cas par cas, les projets de suppression de classes.  » On vient là bien évidemment pour les dénoncer. Tout comme cette logique comptable selon laquelle la baisse de la démographie justifierait à elle seule de fermer des classes… Un raisonnement quientre en opposition frontale avec les besoins pédagogiques qui, eux, augmentent considérablement« , faisait savoir un peu plus tôt dans l’après-midi Pascale Thoirey, cosecrétaire du syndicat enseignant FSU 30. La baisse du nombre d’élèves pourrait constituer une vraie opportunité pour notre territoire : celle d’y améliorer concrètement les conditions d’apprentissage. Et de développer une école plus inclusive, adaptée aux besoins éducatifs particuliers de certains élèves. Des élèves singuliers dont le nombre a véritablement explosé ces dernières années dans le département ».

Vers 18h30, à l’issue de cette rencontre entre services départementaux de l’éducation nationale et intersyndicale, trois projets de suppression de classes à Nîmes (dans les écoles Bruguier, Rangueil et Mont-Duplan) ont finalement été abandonnés, rapportent les syndicats. « Non, nous ne parlons pas de victoire », a, dans la foulée, commenté Pascale Thoirey, rappelant que 59 classes restent toujours menacées à l’échelle du département. « Le projet ayant dans son ensemble été rejeté, nous sommes reconvoqués pour de nouvelles négociations la semaine prochaine », précise la cosecrétaire de la FSU30, alors que la carte scolaire gardoise doit, elle, être définitivement adoptée le 17 avril par le conseil départemental de l’éducation nationale.

Source link

Partager cet article
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

parcontre.fr