En salle ce mercredi, "La poupée" est un conte très rigolo sur l’émancipation d’une femme-objet manufacturée

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Pour son premier long métrage en salle ce mercredi 22 avril, Sophie Beaulieu réussit une chouette comédie féministe à partir d’une idée aussi absurde que potentiellement scabreuse !

Comme objet, elle n’est pas gonflable ; comme sujet, elle aurait pu être gonflante, mais non, La poupée, le film, est juste gonflé ! Même si ça n’est pas la première fois que le cinéma s’empare, si l’on ose dire, des poupées en silicone hyper réalistes : en France, on pense par exemple à Monique avec Albert Dupontel, au Japon à Air Doll de Hirokazu Kore-eda et aux États-Unis, à Une fiancée pas comme les autres avec Ryan Gosling.

Comme dans ce dernier d’ailleurs, ladite femme-objet artificielle est moins un ustensile sexuel qu’une compagne pour son propriétaire solitaire, Rémi (Vincent Macaigne), un VRP en gazon synthétique dans le Jura qui ne s’est jamais remis de sa dernière relation (il y a très, très longtemps). Il parle d’elle tout le temps à ses collègues, Audrey qu’elle s’appelle, même que ce week-end ils ont fait du parapente ensemble, elle adore ça le parapente, Audrey… En clair, Rémi les baratine mais grâce à sa poupée, avec qui il « discute » tout le temps chez lui, il s’est trouvé un semblant d’équilibre… qui va voler en éclats à cause de deux nouveautés inattendues : pour la première fois, son nouveau collègue au boulot est… une femme nature et sensible (Cécile De France) qu’il trouve très, très sympa, et sa copine Audrey (Zoé Marchal), ce matin, en se réveillant, était vivante, non, mais, on veut dire, vraiment vivante !

À partir de cette amorce absurde au fort potentiel scabreux, d’autres auraient goupillé une fable, voire une farce, travaillée par une dialectique satirique entre la femme fantasmée et la femme réelle, mais Sophie Beaulieu, dont c’est le premier long métrage, est une cinéaste d’aujourd’hui : elle esquive la rivalité entre femmes pour un homme, ce poncif hors d’âge (et ordinairement masculin) pour s’intéresser à l’émanciper de son personnage féminin qui se déréifie, littéralement, qui passe de chose à être.

Une comédie humble et pétillante

Une fois vivante, Audrey se conforme d’abord à son programme commercial de femme parfaite, toujours partant pour les galipettes, et briquant son foyer. Mais, totalement ignorante mais absolument pas sotte, il ne faut pas long pour déceler l’aliénation de ce schéma, et la lourdeur des diktats qui pèsent sur les femmes et avoir envie d’expérimenter la liberté. Rémi, lui, est évidemment déstabilisé, lui qui de son côté, était déjà décalé, trop sensible pour vivre autrement que très moyennement les injonctions à la masculinité. Il peut toutefois compter sur Domi (Adèle Journeaux), sa frangine, une lesbienne cool, excentrique, très ouverte d’esprit.

Quelque part entre le cinéma de Bruno Podalydè (Les deux Alfred), du duo Kervern-Delepine (Effacer l’historique) et des frères Farelly (Mary à tout prix), le film de Sophie Beaulieu se révèle une comédie gentiment louftingue et tendrement féministe : qu’elle dénonce les stéréotypes de genres, moque les manières de la start-up nation ou bouscule les conventions bourgeoises, elle le fait toujours avec générosité et positivité car d’évidence, pour elle, au final, c’est toujours plus chouette d’accepter que de rejeter, et d’embrasser la vie, l’amour, l’autre, au sens premier du verbe embrasser : prendre dans ses bras, en somme inclure avec le sourire. Moralité : La poupée nous a regonflé !

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