Ne cherchez pas, le biopic musical à ne surtout pas louper en ce moment au cinéma, c’est "Vivaldi et moi" !

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Grand metteur en scène pour l’opéra, Damiano Michieletto signe avec Vivaldi et moi, sa première réalisation pour le cinéma : un formidable film historique autour d’une violoniste orpheline et du maestro du baroque italien, en salle à partir du mercredi 29 avril.

Les mélomanes cinéphiles (et inversement) sont gâtés ! Une semaine après le remarquable film documentaire Nous l’orchestre de Philippe Béziat qui les plaçaient au plus près des 120 musiciens de l’Orchestre de Paris et du jeune chef finlandais Klaus Mäkelä, voilà que sort en salle le film historique Vivaldi et moi qui les invite à découvrir l’aventure d’une jeune orpheline vénitienne qui fut le premier violon d’Antonio Vivaldi.

À la réalisation, un petit nouveau de 50 ans pour les cinéphiles mais une figure des mélomanes : Damiano Michieletto, un des plus grands metteurs en scène actuels du lyrique qui a œuvré (et œuvre toujours) pour les plus grandes maisons d’opéra en Italie comme la Fenice de Venise ou la Scala de Milan, ou en France comme l’Opéra de Paris. Pour sa première réalisation, il adapte le roman Stabat Mater de Tiziano Scarpa, publié en Italie en 2008 par Einaudi (la maison d’édition créée par le père du pianiste Ludovico Einaudi) et trois ans plus tard en France chez Christian Bourgois.

Comme l’indique le titre français du film (même si on peut lui préférer – comme souvent – le titre original, tellement plus inspirant quoique moins explicite : Primavera, « le printemps »), Vivaldi et moi n’est pas tant un biopic du maestro du baroque italien, auteur des immarcescibles Quatre Saisons, que le portrait de celle qui lui fait face : Cecilia (probablement inspirée de la véritable Anna Maria dal Violino), une violoniste prodige à peine 20 ans qui vit confinée, sinon cloîtrée, depuis sa naissance à l’Ospedale della Pietà, le plus prestigieux des quatre orphelinats de Venise.

Un fascinant monde caché

Au début du XVIIIe siècle, d’aucuns peuvent déposer anonymement dans cette institution religieuse, leur bébé fille avec la moitié d’une carte, l’autre partie conservée permettant d’attester de la parenté si jamais l’on vient à récupérer plus tard ladite progéniture. Dans tous les cas, l’orphelinat se charge d’éduquer les enfants, de les mettre au travail et pour les plus talentueuses d’entre elles, de les former à la musique. Elles composent alors un orchestre réputé, y compris pour son mystère, qui joue pour les aristocrates mécènes, à l’église de l’Ospedale della Pietà, à l’abri des regards, derrière une grille l’étage, ou à l’occasion de fêtes hors de l’orphelinat, dans des palais ou jardins, mais alors toutes masquées.

Seul un mariage (arrangé, et lucratif, pour l’orphelinat) peut leur permettre de quitter l’institution mais cela signifiera pour elles, la fin définitive de la musique… Alors qu’elle se morfond dans l’attente d’épousailles libératrices et qu’elle souffre toujours de l’absence de l’amour d’une mère à laquelle elle adresse des suppliques secrètes, Cecilia voit sa vie bouleversée par l’arrivée d’un nouveau maître de musique : Antonio Vivaldi, un prêtre souffreteux et impécunieux, mais un compositeur ô combien créatif et génial !

Une émancipation féministe

Fort d’une reconstitution éblouissante, tant dans le faste (un peu dégoûtant) de l’aristocratie emperruquée, emperlousée et surmaquillée que dans l’austérité (un peu glaçante) d’un orpelinat qui tient autant du refuge humaniste et du gynécée salvateur que du bagne et de l’élevage, Damiano Michieletto nous régale à mettre en scène la musique baroque, les répétitions et représentations qui rythment son métrage, s’avèrent remarquables de lisibilité et grisantes d’intensité. Mais sa musicalité déborde la composition pour imprégner toute la narration. Il ne s’agit pas seulement de donner à voir le concret de la musique mais d’exalter avec style et passion, ce qu’elle inspire d’abstrait, de sensible, de cérébral, de spirituel.

Entre le Prêtre roux empêché par sa santé très fragile (aujourd’hui, on parlerait d’un syndrome d’Eisenmenger, responsable d’une hypertension artérielle pulmonaire aux effets délétères) et l’orpheline manipulée et invisibilisée, une commune volonté (hors du commun) de transcender sa situation par l’art. Focalisé jusqu’au bout sur son sujet à la fois singulier et universel, autrement dit sur son héroïne en butte à une société phallocrate et misogyne, au-delà de Vivaldit, le film témoigne d’une émancipation féministe qui n’a pas besoin de sortir les violons pour nous bouleverser mais là, s’il y en a, notez bien, qu’on soit cinéphile ou mélomane, on ne dit jamais non, mais encore !

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