Accès, délais d’attente, coût… 76 % des habitants d’Occitanie ont renoncé à se soigner au cours des cinq dernières années

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Pour la Fédération hospitalière de France, qui a mené l’enquête sur l’accès aux soins pour la troisième année consécutive, "la situation est alarmante".

« Les difficultés d’accès aux soins s’installent durablement dans le quotidien des Français », alerte Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF).

C’est la principale conclusion d’une enquête sur le sujet mené par la FHF pour la troisième année consécutive, sur la base d’un sondage Ipsos/BVA, auprès de 2500 personnes en France, 200 en Occitanie. La publication, le 17 mars, n’est pas choisie au hasard : c’est la date anniversaire du premier jour du confinement en 2020.

« Les résultats sont aussi clairs que préoccupants. Le délai d’attente pour obtenir un rendez-vous médical continue à se dégrader », note la FHF. L’enquête montre des disparités territoriales : « On a des régions où la problématique est accentuée, en Centre-Val-de-Loire ou Franche-Comté par exemple. Et des régions plus épargnées comme Paca, Nouvelle Aquitaine. Ça va un peu mieux en Occitanie mais c’est une région où il y a des grandes disparités en fonction des territoires. Aucune région n’est épargnée », précise Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle société Ipsos.

Que dit l’enquête ? « S’il fallait ne retenir qu’un chiffre, ce sont ces 73 % de Français qui ont renoncé à un soin au cours de cinq dernières années, le délai d’obtention d’un rendez-vous médical se dégrade, c’est 10 points de plus en deux ans, 7 millions de personnes concernées en plus », résume Zaynab Riet, qui rappelle que dans ce contexte, « ils se tournent vers les urgences hospitalières ». Les moins de 35 ans sont en première ligne : 85 % ont renoncé aux soins, contre 58 % chez les plus âgés chez les 60 ans et plus.

Et si « 85 % des Français se disent révoltés par les inégalités territoriales qui persistent dans l’accès aux soins », ils « font la distinction entre un système qui se fragilise et des acteurs qui continuent de tenir ». 95 % expriment leur reconnaissance aux professionnels de santé.

Les délais s’améliorent en ophtalmologie

En Occitanie, 76 % de la population a renoncé à un acte de soins, c’est un peu au-dessus de la moyenne nationale.

L’état des lieux de la FHF. DR – FHF

En France, le temps moyen attente pour obtenir un rendez-vous santé, est, selon les personnes interrogées : de 12 jours pour un médecin généraliste, trois semaines et deux jours pour un pédiatre, deux mois chez le gynécologue et le psychiatre, deux mois et trois semaines chez l’ophtalmologiste, trois mois et deux jours pour un cardiologue, quatre mois et deux semaines pour un dermatologue.

Ces délais d’attente progressent. Par exemple, pour l’accès au généraliste, c’est + 2 jours par rapport à mars 2024, et + 8 jours par rapport à 2019. « C’est énorme », insiste Adélaïde Zulfikarpasic.

Pour un ORL, c’est + 1 mois, un cardiologue, + 3 semaines.

Seule, une spécialité est relativement épargnée : l’ophtalmologie. Il fallait 2 mois et 3 semaines pour obtenir un rendez-vous en mars 2024 contre 3 mois et une semaine en 2019.

En Occitanie, il faut 2 semaines pour voir un généraliste, 4 pour un pédiatre, 9 pour un psychiatre, 10 pour un gynécologue et un ORL, 12 pour l’ophtalmologiste, 14 pour le cardiologue, 22 pour le dermatologue.

Si les délais d’attente sont le principal motif de renoncement aux soins (59 % en France, 62 % en Occitanie), les raisons budgétaires (38 % en Occitanie), ou l’accessibilité (distance par rapport au domicile, 39 % en Occitanie) sont aussi évoqués.

Des gens « perdus » aux urgences

Cette situation a un impact direct sur la fréquentation des urgences hospitalières. 29 % des personnes y arrivent « parce qu’elles ne savaient pas à qui s’adresser », note la FHF, « parce qu’il a été impossible d’obtenir un rendez-vous pour 27 % d’entre eux ».

« Ce sont des gens un peu perdus », dit la FHF.

Les autres motifs de fréquentation des urgences pour une raison injustifiée, hors de l’urgence médicale, sont : pour réaliser examens complémentaires (27 %), par habitude (14 %), parce qu’un généraliste ou un spécialiste leur a refusé un rendez-vous (18 %), pour ne pas avancer les frais (10 %). « Il y a un travail de pédagogie à faire ».

En France, 53 % de la population (52 % en Occitanie) a déjà vécu un retard de soins à l’hôpital au cours des cinq dernières années. C’est 68 % chez les moins de 35 ans.

« Après la crise du Covid, nous nous étions dit « Plus jamais ça »« , rappelle pourtant Zaynab Riet. L’enquête est aussi en phase avec la situation politique, dans le contexte des municipales : « La question est profondément territoriale. Les élus locaux jouent un rôle central sur la question de l’accès aux soins sur leur territoire ». Et de la présidentielle à venir sera une autre échéance essentielle : « La question de la santé est quasiment une question d’aménagement de territoire. Des mesures ont été prises pour améliorer la situation, mais pour autant, l’accès aux soins continue de se dégrader ».

« La santé est la première préoccupation des Français »

Pour Adélaïde Zulfikarpasic, « il faut faire prendre conscience des enjeux » aux futurs candidats. « La santé est la préoccupation numéro un des Français, et la campagne de 2022 avait très peu abordé ces sujets ».

Avec quelles solutions. « La seule solution est de former plus de médecins en partant des besoins, de travailler au maillage du territoire pour mieux mailler l’accès aux soins », conclut la FHF, dans un contexte où « les besoins augmentent plus vite que le nombre de professionnels formés ».

Car l’hôpital ne pourra pas rester éternellement un recours : le nombre de séjours a progressé de + 5 % en 2025. Et même + 6 % en décembre, + 7 % dans les CHU. En 2024, 9 millions de personnes ont été prises en charge à l’hôpital public, dont la situation financière est fragile, rappelle la FHF qui estime à 2,7 milliards d’euros le déficit des établissements publics de santé en 2025.

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