Le rapport 2025 rendu public, ce mercredi matin, par le programme européen Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale illustre à nouveau que le continent européen est le hot spot du changement climatique. sécheresses, feux de forêts, fonte des neiges et des glaciers ont marqué l’année écoulée.
Plus 0,56° Celsius par décennie, en moyenne, sur les trente ans écoulés. Le chiffre ouvre le rapport sur l’état du climat en Europe (ESOTC) en 2025, révélé, mercredi à 4 h, par l’observatoire européen du climat, Copernicus, et l’Organisation météorologique mondiale et assorti de ce constat : « L’Europe se réchauffe plus de deux fois plus vite que la moyenne générale », celle du monde (+ 0,27°C par décade). Et 2025 en aura à nouveau porté témoignage.
« L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus rapidement et les conséquences sont déjà graves, observe Florian Pappenberger, le directeur général du CEPMMT, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui exploite les données Copernicus, en commentaire du document. Presque toute la région a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne. En 2025, la Norvège, la Suède et la Finlande subarctiques ont connu la pire vague de chaleur jamais enregistrée, avec vingt et un jours consécutifs, et des températures dépassant les 30° C à l’intérieur même du cercle polaire arctique », 34,9°C à Frosta, par 63° de latitude nord, au centre de la Norvège.
Ainsi, seule une infime part du continent, 5 %, est-elle demeurée à l’écart de températures annuelles moyennes supérieures à une normale… qui perd elle-même de son sens, quand 95 % les dépassaient. Les zones exposées aux températures ordinairement les plus froides reculent en termes de surfaces, les glaciers perdent de la masse, quelque 139 milliards de tonnes pour le seul inlandsis groenlandais, les couvertures neigeuses s’amincissent dans les massifs montagneux, participant ainsi à un réchauffement accéléré de ces territoires. En effet, glace et neige sont moins en mesure de réfléchir « la lumière du Soleil dans l’espace » et de ralentir le réchauffement.
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??Sea ice extent from 15 to 28 March remained at the lowest levels ever recorded for this time of year, according to data from Copernicus and @eumetsat , marking a sharp drop below the climatological average.
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Un million d’hectares détruits par le feu
En chiffre, mars 2025 a été marqué par une étendue neigeuse en régression de 31 % par rapport à la moyenne, 1,3 million de km². Et ce n’est pas le seul « record » effacé l’année dernière par l’évolution climatique.
« La température annuelle à la surface de la mer pour la région européenne a été la plus élevée jamais enregistrée, indique le rapport Copernicus. Et 86 % de la région a connu des vagues de chaleur marine » qualifiées de « fortes » a minima. S’agissant de la Méditerranée, il s’agit de la deuxième moyenne dans l’histoire des relevés, avec des répercussions inévitables sur les écosystèmes marins, quand les écosystèmes terrestres supportaient les effets des plus vastes feux jamais enregistrés.
Quand la France affrontait l’incendie hors norme des Corbières, l’Europe a vu se consumer 1,03 million d’hectares, une surface jamais atteinte, à la faveur des conditions chaudes et sèches qui ont régné partout. Notamment au Royaume-Uni (un record de 47 000 ha), aux Pays-Bas, deux pays en proie à des incendies majeurs qui leur étaient étrangers.
Pourquoi l’Europe est-elle en première ligne ?
L’Europe subit le changement climatique "depuis les années 1980", selon la centaine de scientifiques rédacteurs du rapport, qui citent quatre raisons. Le recul de la couverture neigeuse (l’effet albédo), d’abord. L’appartenance d’une part de l’Arctique au territoire européen, cette zone étant celle qui se réchauffe le plus vite (+ 0,75°C par décade). Troisième facteur, la modification de la circulation atmosphérique : elle accroît en nombre et intensité les vagues de chaleur.
Enfin, paradoxalement, nos efforts de réduction de la pollution atmosphérique sont un facteur aggravant : les aérosols réduisent en effet la quantité de rayonnement atteignant le sol et la diminution de la pollution diminue la couverture nuageuse…
Des preuves irréfutables
Le rapport de Copernicus liste ainsi les théâtres d’un désastre qui, faute de précipitations suffisantes, impacte l’humidité des sols – ils s’assèchent, fragilisant cultures et végétation – et les cours d’eau, dont 70 % d’entre eux ont enregistré des débits annuels inférieurs à la moyenne – contrariant la vie aquatique, les populations piscicoles ou d’invertébrés, notamment.
En revanche, le continent, l’année passée, a été moins exposé à des tempêtes et des inondations extrêmes (revenues frapper aux portes début 2026). L’occasion de rappeler que, plus que l’augmentation du nombre de phénomènes climatiques sévères, l’un des marqueurs du réchauffement climatique est leur virulence accrue. Pas plus fréquents, mais plus violents.
Les preuves sont sans équivoque, le changement climatique n’est pas une menace future, il est notre réalité
« L’ESOTC 2025 dresse un tableau sombre, analyse dans un communiqué la climatologue britannique Samantha Burgess, responsable stratégique du CEPMMT : le rythme du changement climatique exige une action plus urgente. Avec l’augmentation des températures, la généralisation des incendies et des sécheresses, les preuves sont sans équivoque, le changement climatique n’est pas une menace future, il est notre réalité. » Une réalité dont on peine toujours à prendre la mesure et que l’on ne veut pas voir.
« Nous devons maintenir et accélérer les efforts d’adaptation et d’atténuation », martèle Dušan Chrenek, conseiller à la Commission européenne, financeuse de Copernicus.


